Publié le 11 décembre 2014

ISR / RSE

Risque carbone: le fonds norvégien doit-il exclure ou non les compagnies pétrolières?

Pour lutter contre le changement climatique, le fonds le plus riche du monde (870 milliards de dollars d’actifs) nourri par l’exploitation pétrolière devrait-il refuser d’acheter les actions des compagnies pétrolières ou de producteurs de charbon ? Le débat, ouvert en Norvège au début de l’année, a pris des proportions internationales avec la publication d’un rapport d’experts en décembre. Les auteurs reconnaissent que le changement climatique pose des problèmes éthiques et financiers au fonds norvégien, mais que cela ne lui impose pas d’éliminer tous les producteurs de charbon et de pétrole de ses investissements. Réponse du fonds en mars, quand il présentera son rapport d'activités au Parlement.

Yngve Slyngstad, le directeur général du fonds norvégien, va devoir se positionner sur l’exclusion ou non des énergies fossiles dans son portefeuille.
© AFP/ SCANPIX NORWAY/ Solum, Stian Lysberg

Chef de file de l’investissement responsable dans le monde, le fonds norvégien a été un pionnier exemplaire dont les choix éthiques sont répliqués par de très nombreux investisseurs. Rattrapé par le débat sur le risque carbone, le voilà désormais confronté à de nouveaux choix énergétiques. Le rapport d’experts publié le 3 décembre et réalisé par un groupe de six personnalités dirigées par Martin Skancke, l’ancien gestionnaire du fonds et actuel président des Principes pour l’investissement responsable, est brandi par les investisseurs responsables comme la doctrine à suivre.

Le message de ce document de 70 pages? D’abord, ʺle changement climatique pose des questions éthiques et financières auxquelles le fonds norvégien doit apporter des réponses". Les experts recommandent donc au fonds norvégien "d’intégrer sa contribution à la lutte contre ce phénomène dans ses lignes directrices d’investissement éthique et de mettre en place un mécanisme lui permettant d’exclure, au cas par cas, les compagnies les plus émettrices de gaz à effet de serre.ʺ

Ils encouragent ensuite le fonds à utiliser son pouvoir d’actionnaire pour pousser les entreprises à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais ils réfutent l’exclusion systématique des producteurs de charbon et de pétrole: ʺutiliser le fonds norvégien comme un instrument de politique climatique n’est ni adapté ni efficace. Le concept de risque carbone ne peut être le guide de sa stratégie d’investissementʺ.

 

Décarbonisation versus désinvestissement

 

Il n’a fallu que quelques jours pour que le rapport fasse référence dans le débat très animé autour du rôle des investisseurs dans la lutte contre le changement climatique. On y trouve d’un côté les tenants d’une décarbonisation des portefeuilles par l’élimination des entreprises les plus émettrices de carbone sans exclusion a priori du pétrole et du charbon. Ceux-ci se voient plutôt confortés par le rapport des experts du fonds norvégien. De l’autre côté, on trouve les militants du désinvestissement qui veulent lutter contre le changement climatique en asséchant les sources de financement de l’industrie pétrolière par une exclusion systématique de la part des grands investisseurs. Ceux-là auraient aimé que le fonds étende ses exclusions éthiques aux secteurs producteurs d’énergies fossiles.

ʺLe risque carbone commence à exister dans le débat politique norvégien qui a toujours privilégié l’exclusion des secteurs controversésʺ, explique Christine Tørklep-Meisingseit, responsable de la recherche ESG (environnement, social et gouvernance) du grand assureur norvégien Storebrand. ʺ Mais je ne suis pas surprise que le fonds ne souhaite pas aller aussi loin que nous. Storebrand exclut les producteurs de charbon en raison du risque carbone. C’est pour nous une réalité impérative. Mais nous sommes plutôt isolés aujourd’hui

 

Cap sur les technologies vertes

 

Pour Idar Kreuzer, de Finance Norway, le rapport des experts a cependant une autre vertu: ʺce rapport très crédible montre que le fonds est aujourd’hui conscient qu’il doit réparer les dommages environnementaux pour continuer à avoir de la croissance.ʺ Il y a peu, le directeur général du fonds norvégien annonçait d’ailleurs que les investissements dans les technologies vertes allaient être accélérés à partir du 1er janvier 2015 pour près de 3 milliards de dollars (soit environ 1% de ses encours)."Peu importe que vous pensiez qu'il s'agisse d'un bon investissement ou pas, c'est très simple: nous allons investir dans ce domaine. (...)Nous sommes convaincus que nous trouverons des opportunités d'investissement rentables et nous sommes convaincus que cette partie de notre portefeuille sera très performante sur le long terme", a ainsi déclaré Yngve Slyngstad.

La prochaine étape du débat se déroulera en mars devant le Parlement norvégien, où le fonds présentera comme chaque année son rapport d’activités. Il devrait à cette occasion lever le voile sur sa stratégie de lutte contre le changement climatique. Les Norvégiens et les investisseurs responsables sauront à ce moment-là si le fonds a décidé de suivre ou non les recommandations des experts. Ils pourront alors s’appuyer sur une doctrine qui devrait faire jurisprudence pour de nombreux investisseurs responsables.

Anne-Catherine Husson-Traore
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