Publié le 19 mars 2015

ISR / RSE

La fondation Gates sous pression pour exclure les énergies fossiles de ses investissements

Le quotidien britannique The Guardian fait campagne pour convaincre la fondation Gates d’exclure les énergies fossiles de ses investissements. En quelques jours seulement, sa pétition a recueilli près de 100 000 signatures. Le message est simple : à quoi bon vacciner des enfants et financer le développement si vous financez les entreprises qui ruinent l’avenir de la planète ? Une contradiction assumée jusque-là par la Fondation.

Bill gates, le fondateur et ancien patron de Microsoft, photographié en 2009 à Londres.
© Shaun Curry / AFP

Avec sa campagne intitulée "Laissez-le dans le sol", le quotidien britannique The Guardian se lance dans un journalisme citoyen. Il appelle à signer une pétition pour demander aux deux plus grandes fondations mondiales de cesser d’investir dans les énergies fossiles.

Alan Rusbridger, rédacteur en chef du journal, s’en explique : "Nous ne pouvons pas brûler le pétrole encore sous terre sous peine de voir le réchauffement climatique s’aggraver de façon irréversible. Nous faisons cette campagne parce que nous avons la ferme conviction que cela va aider à mettre le sujet à l’agenda des conseils d’administration et des mécènes qui ont des dizaines de milliards à leur disposition pour changer les choses."

 

Pointer les incohérences des fondations

 

En quelques jours seulement, la pétition a rassemblé près de 100 000 signatures et témoigne de la rapidité de propagation du mouvement de désinvestissement. Le message adressé à ces fondations philanthropiques est clair : "Vous avez contribué à de remarquables progrès humains dans les domaines de la science et du développement mais vos investissements dans les énergies fossiles font peser un grand risque sur ces progrès puisqu’ils minent vos objectifs  à long terme par la menace qu’ils constituent pour la planète."

Les cibles de la campagne sont la fondation britannique Wellcome Trust et celle, américaine, de Bill et Melinda Gates, respectivement dotées de 25 et 22,5 milliards d’euros. Ce n’est pas la première fois que la fondation Gates est interpelée sur les contradictions entre son objectif de développement pour les populations plus pauvres en Afrique et en Asie, qu’elle soigne, et ses choix de placements.

En 2007, un article très documenté du LA Times avait créé la polémique. Il racontait comment les enfants vaccinés par la Fondation Gates au Nigeria avaient en réalité une espérance de vie de 14 ans à cause des torchages au gaz pratiqués par les compagnies pétrolières, et dont la fondation détenait des actions. L’enquête avait pour but de mettre l’organisation philanthropique devant ses contradictions. À l’époque, celle-ci avait fait le choix de les assumer.

 

La fondation Gates assume

 

La directrice exécutive de la fondation à cette période,  Patty Stonesifer, avait alors déclaré : "Il serait naïf de considérer que le changement de stratégie d’investissement de la fondation puisse faire cesser les souffrances humaines causées par les pratiques controversées des compagnies dans lesquelles elle investit".

Depuis, Patty Stonesifer a été remplacée, mais la philosophie de la fondation reste la même : les profits réalisés servent à augmenter la capacité d’action sur le développement humain. Celle-ci rend compte de façon transparente de l’usage des fonds, et exclut deux types d’entreprises dans sa politique d’investissement : celles qui travaillent dans le secteur du tabac, et celles qui opèrent au Soudan.

Au-delà des impacts sur le changement climatique, les conditions déplorables d’exploitation du pétrole au Nigeria et ses conséquences sur la santé de ses habitants, régulièrement dénoncées par les ONG, devraient venir renforcer l’impact de la campagne "Laissez-le dans le sol" sur la fondation. Pour l’instant cependant, cette dernière n’a pas réagi.

Anne-Catherine Husson-Traore
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