Publié le 11 février 2015

ISR / RSE

Investisseurs et climat : le vent tourne

Le fonds norvégien qui exclut plusieurs dizaines d’entreprises en raison de leurs nuisances environnementales, les actionnaires de BP et Shell qui vont débattre en assemblée générale (AG) de l’évolution du modèle pétrolier... Le risque carbone est devenu une réalité pour bon nombre d’investisseurs dans le monde. Le centre de recherche de Novethic consacre une étude au phénomène.

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À ce jour, plus de 500 investisseurs ont pris des engagements de nature variée concernant le climat. Une et publiée ce 11 février analyse les caractéristiques de ce mouvement qui s’est développé très rapidement pour des raisons à la fois financières et éthiques.

La typologie que nous avons adoptée permet de mieux comprendre leurs pratiques. On peut classer en deux grands groupes les 550 investisseurs identifiés par le centre de recherche de Novethic.

 

Les investisseurs qui pratiquent l'exclusion

 

La première catégorie regroupe les investisseurs qui excluent les entreprises les plus émettrices de carbone. Il s’agit d’investisseurs éthiques, comme des congrégations religieuses ou des fondations, qui ont l’habitude de refuser d’investir dans des activités qu’ils estiment nuisibles.

Ces fonds ont peu d’encours (moins de 200 milliards de dollars pour plus d’une centaine d’investisseurs), mais des convictions fortes. Leurs troupes s’étoffent progressivement grâce aux campagnes d’activistes sur le désinvestissement des énergies fossiles. Leur pression a par exemple déjà conduit une quinzaine d’universités américaines à exclure, soit les 200 entreprises ciblées par la campagne "go fossil free", soit certains secteurs comme le charbon.

Le mouvement gagne progressivement les universités européennes. Il a aussi pris de l’ampleur avec l’arrivée d’investisseurs de long terme qui avaient déjà des politiques d’investissement responsable. Ces fonds de pension et assureurs utilisent leur poids financier (plus de 4 500 milliards de dollars pour une centaine d’investisseurs) afin d'encourager l’engagement actionnarial auprès des compagnies pétrolières pour qu’elles fassent évoluer leurs modèles.

 

Des indices boursiers sans énergies fossiles

 

L’étude montre que l’accélération de l’engagement des investisseurs sur le climat s’explique par la montée du risque carbone. Les investisseurs sont de plus en plus nombreux à prendre au sérieux l’idée que le modèle économique des industries productrices d’énergies fossiles est menacé.

C’est pourquoi ils tentent de mesurer l’empreinte carbone de leurs portefeuilles et les émissions financées par leurs placements. Ils y sont encouragés par plusieurs initiatives lancées à l’automne 2014 (Montreal Pledge, Portfolio Dacarbonization Coalition). Ces considérations conduisent un tiers d’entre eux à un engagement actionnarial ciblant les énergies fossiles : 35% d’entre eux vont jusqu'à désinvestir les entreprises les plus émettrices de carbone.

La présence des grandes compagnies extractives dans les indices boursiers les amène aussi progressivement à chercher des indices boursiers bas carbone ou sans énergies fossiles.

Seuls 5 investisseurs du panel réuni par Novethic utilisent d’ores et déjà ce type d’indices pour leur gestion financière. Mais le mouvement est lancé et l’étude de Novethic permet d'avoir la liste des indices bas carbone disponibles.

 

Le développement du financement de l'économie verte

 

Cette remise en cause financière de la domination des énergies fossiles entraîne une autre tendance forte, le développement du financement de l’économie verte.

Près de la moitié des investisseurs recensés par cette étude financent des actifs verts. Energies renouvelables, infrastructures vertes ou green bonds, les moyens sont variés mais le gisement de financements pour la transition énergétique est là. Enfin, en termes géographiques, le mouvement de mobilisation est emmené par des investisseurs américains. Ils sont 266. On trouve ensuite, par ordre décroissant, le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, les Pays-Bas, la France et la Suède.

Les 24 investisseurs français identifiés par le centre de recherche sont très actifs dans le champ de l’investissement responsable, mais restent isolés dans un pays où les acteurs financiers sont très majoritairement silencieux sur le sujet. La création d’une obligation d’information sur l’intégration de critères environnementaux et sociaux dans la gestion pour les investisseurs institutionnels français, établie le 10 février 2015 par la loi Macron, pourrait les amener à changer de stratégie.

Anne-Catherine Husson-Traore
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