Publié le 15 décembre 2017

ISR / RSE

[Décryptage] Le One Planet Summit a-t-il changé les mentalités ?

Les lignes ont bougé pendant le One Planet Summit, la semaine sur la finance climat à Paris. Les questions de reporting climat ont été au cœur des discussions. De grands investisseurs et entreprises s’y sont engagés. Reste qu’il faut encore surmonter l’incommensurable force d’inertie du scénario "business as usual" que dénoncent les ONG.

Emmanuel Macron a réuni 50 chefs d'État et 5000 VIP lors du One Plant Summit le 12 décembre.
AFP

Le message du Président Emmanuel Macron était clair en ouverture de ce One Planet Summit du 12 décembre auquel il avait invité près de 4 000 VIP sur fond de planète bleue. "Nous allons dans la mauvaise direction et bientôt certains États insulaires représentés ici auront disparu à cause du changement climatique".

Tout au long des interventions, le message martelé était tout aussi clair : "Pour atteindre l’objectif de l’Accord de Paris et limiter le réchauffement à 2 degrés, il faut changer de modèle économique et abandonner les énergies fossiles qui appartiennent au passé", a asséné à plusieurs reprises Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et de la solidarité.

Avec son vibrant plaidoyer pour "une finance qui sera verte ou ne sera pas", Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a lui aussi été très clair dans le cadre du Climate Finance Day puis du One Planet Summit. : "Il faut verdir l’épargne des Français, totalement en ce qui concerne le Livret Développement Durable et Solidaire, en partie à travers l’assurance vie puisqu’on doit proposer aux Français des placements portant un label climat".

20 % de l’économie mondiale engagée

Ces messages ont-ils été entendus au-delà de la communauté des engagés par les acteurs économiques et politiques, les entreprises et les financiers qui devraient revoir entièrement leurs modèles et leurs stratégies pour les aligner sur une trajectoire 2°C ?

Il y a des raisons d’espérer. Quand, parmi les centaines d’annonces, la Banque Mondiale s’engage à ne plus financer, à partir de 2019, des projets liés au pétrole et au gaz, elle assèche le financement des énergies fossiles Quand plus de 200 entreprises annoncent qu’elles vont suivre les recommandations de la Task Force on Climate Disclosure (TCFD) pour expliquer comment elles gèrent leurs risques climatiques, elles contribuent à faire émerger un standard mondial.

Même principe pour les 648 multinationales qui ont pris l’un des 1 000 engagements de la coalition We mean business sur l’adoption de budget carbone pour limiter les émissions. Leurs capitalisations cumulées représentent 20 % de l’économie mondiale, Danone fait partie des rares entreprises françaises engagées dans cette logique !

Il y a aussi des raisons de désespérer parce que cela ne va pas assez vite et que la transition reste limitée à quelques acteurs emblématiques sans être un phénomène de basculement global. L’idée que les reporting, financiers et non financiers, des entreprises doivent suivre une logique de trajectoire 2°C et de scenarios de transition, fait l’objet d’une résistance phénoménale… même si les lignes bougent.

C’est en tous cas le message qu’a fait passer Laurent Burelle, président de l’AFEP et de Plastic Omnium, au One Planet Summit, en mettant en avant l’engagement d’une centaine d’entreprises françaises à faire du reporting climat, dont Total, Engie et EDF. Ces trois entreprises figurent parmi la liste des 100 entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre ciblée par la coalition sur le climat 100+. Son objectif est d’inciter ces grands émetteurs à réduire drastiquement et rapidement leurs émissions. On en revient au changement de modèle.

Ne plus financer du brun

La crispation des entreprises sur l'idée de devoir présenter à leurs actionnaires des scénarios menaçant leur existence même semble assez naturelle. C’est pourquoi la coalition 100+ est une des initiatives déterminantes annoncées au One Planet Summit pour changer en profondeur la nature de la discussion entre les compagnies et leurs pourvoyeurs de capital.

Or il suppose de surmonter l’incommensurable force d’inertie du scénario "business as usual" sur laquelle butent tous les appels à l'action. C’est pourquoi les ONG ont donné de la voix pendant toute cette semaine, multipliant les rapports pour dénoncer les contradictions des financeurs de projet toujours impliqués dans des projets fossiles controversés et soulignant qu’"investir vert"  ne veut pas encore dire "ne plus financer du brun".

Le message des ONG a un poids médiatique fort. Celui du One Planet Summit est plus complexe même s’il a de belles têtes d’affiches : Bill Gates, Arnold Schwarzenegger ou Marion Cotillard. Mais combien d’Irma, d’Harvey, d'incendies en Californie et de canicules estivales faudra-t-il pour qu’il gagne la partie ?

Faisons un vœu pour 2018 : que les entreprises fassent leur transition, que les investisseurs la financent, que les medias l’expliquent pour que les citoyens y participent et que les ONG en critiquent les dérives.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT_, Directrice générale de Novethic


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