Publié le 28 septembre 2020

FINANCE DURABLE

Nikola Motor, "l’autre Tesla", s’effondre en Bourse sur fond de promesses technologiques douteuses

Le cours de Bourse de Nikola Motor est descendu aussi vite qu’il était monté. La startup américaine cotée au Nasdaq depuis juin a fait l’objet d’un rapport à charge d’un investisseur. Celui-ci démonte toutes les promesses sur la technologie et sur l’existence même de prototypes du fondateur de la jeune pousse, qui a fini par démissionner de son pote de président exécutif.

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Nikola Motor ambitionne de construire des poids lourds fonctionnant à l'hydrogène.
@NikolaMotor

Trevor Milton, le fondateur de Nikola Motor, vient de démissionner de son poste de président de la société, sous la pression des investisseurs. Le constructeur de poids-lourds électrique, dont le nom est emprunté à Nikola Tesla, claire référence à sa rivale Tesla  fondée par Elon Musk, se retrouve sous le feu des critiques depuis la parution d’un rapport dénonçant "un océan de mensonges" de la part du fondateur. L'information vient du cabinet de recherche financière et de vente à découvert Hindenburg Research.

L’histoire était pourtant belle. Nikola Motor, jeune société américaine créée en 2014 à Phoenix (Arizona), ambitionne de développer des camions à motorisation hydrogène permettant de réduire les émissions du transport routier. Le 4 juin 2020, l’entreprise est introduite en Bourse. C'est le bon moment : Nikola Motor a mis au point un premier véhicule, un pick-up hybride avec batterie électrique et pile à combustible. Les promesses d'achat de la part de clients potentiels se sont multipliées. L'introduction en Bourse est un succès, Nikola connaît immédiatement un parcours financier spectaculaire.

L’action grimpe à grande vitesse, jusqu’à atteindre une capitalisation boursière dépassant celle de nombreux constructeurs automobiles traditionnels comme Ford ou Fiat Chrysler. Le tout, sans avoir jamais vendu un seul véhicule !  Ni même présenté de véhicules en essai à des personnes extérieures à l’entreprise, et sans avoir encore d’usine en état de fonctionnement. La promesse d’un poids-lourd fonctionnant à l’hydrogène, dans un marché en quête de pépites capables de rivaliser avec le succès de Tesla, suffisait pour les investisseurs.

Une coquille vide

Début septembre, alors que le cours de Bourse était un peu redescendu pendant l'été, Trevor Milton annonce justement un partenariat avec General Motors, un constructeur plus que centenaire, qui va l’aider à produire le pick-up Badger. Enfin un premier véhicule badgé Nikola Motor ! Le cours de Bourse repart de plus belle.

C'est alors que tombe le rapport de Hindenburg, publié le 10 septembre. La société spécialisée dans la vente à découvert, cette technique financière qui vise à parier sur la baisse d’un titre, affirme que Nikola Motor aurait menti sur des essais d’un poids-lourd à hydrogène. Le rapport accuse le constructeur de n’être en fait qu’une coquille vide : il ne possède pas la technologie qu’il veut vendre, n’est pas capable de réduire le coût de la propulsion à hydrogène, n’a pas de prototype en fonctionnement... Aussitôt, le cours de Bourse dégringole.

Nikola s’est aussitôt défendue par voie de communiqué de presse, qualifiant le rapport d’opportuniste pour faire chuter le cours de l’action et remplir les poches de l'investisseur "short-seller". La défense de la startup n’a toutefois pas suffi à empêcher la SEC, le gendarme boursier américain, de lancer une enquête. Dan la foulée, le fondateur a démissionner de son poste de président exécutif. "Nikola et vraiment dans mon sang et le sera toujours, et l’accent doit être mis sur l’entreprise et sa mission de changer le monde, pas sur moi", a déclaré Trevor Milton. Il a été remplacé par Stephen Girsky, associé dans un cabinet de conseil sur la mobilité durable et ancien vice-président de General Motors. Il aura pour mission de livrer des preuves concrètes de l'histoire de Nikola Motor : des camions à hydrogène.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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