Publié le 16 novembre 2018

FINANCE DURABLE

La France est à l’avant-garde de la finance durable et porte une voix forte en Europe, selon Philippe Zaouati

Fin novembre, la France accueille le Climate Finance Day et des événements associés sur la finance climat. Pour Philippe Zaouati, directeur général de Mirova et Président de Finance for Tomorrow, c’est l’occasion d’accentuer le leadership de la France sur ces enjeux. Pour lui, les réglementations mises en place par Paris donnent désormais même un avantage compétitif aux acteurs financiers français.

PIF 2018 Zaouati
Philippe Zaouati, à droite sur la photo, est intervenu lors du Positive Investors Forum 2018. Il est Président de Finance for Tomorrow.
@LudovicDupin

À la fin du mois sont organisés trois jours d'événements de haut niveau dédiés à la finance climat. Est-ce un signal fort du rayonnement français sur le sujet ?

Incontestablement. Nous accueillons à Paris la conférence de l’UNEP Finance pendant deux jours, puis nous organisons le quatrième Climate Finance Day, qui est devenu, depuis sa création l’année de l’Accord de Paris, un événement de référence de la finance verte et durable. Ce sera l’occasion de faire un état des lieux précis des avancées au niveau international. Or, cette année a été riche : publication du rapport d’experts européen, plan d’action de la commission européenne, création du réseau mondial des initiatives de finance verte, point étape du One Planet Summit, développement du réseau des banques centrales… 

La France exerce une forme de leadership en particulier grâce aux régulations mises en place depuis près de 20 ans. Qu'est ce qui caractérise ce leadership et comment peut-elle le garder ?

Les régulations en termes de reporting des entreprises, puis la création des labels d’investissement responsable et enfin les obligations de reporting climat des acteurs financiers ont clairement placé la France à l’avant-garde. Ces réglementations ont été conçues en concertation avec les acteurs privés. Loin d’être uniquement des contraintes, elles ont souvent aidé à construire un avantage compétitif pour les acteurs de la finance. C’est clairement le cas du fameux article 173 de la Loi sur la transition énergétique.

Cette avant-garde française a aussi permis de porter une voix forte et singulière en Europe. Le plan d’action de la Commission s’inspire largement des avancées françaises, par exemple avec le projet de création d’un éco label européen. Garder ce leadership est essentiel au moment où se fabriquent progressivement les normes de la finance verte. Il faut donc à la fois soutenir les évolutions européennes, et continuer à montrer la voie, notamment dans le domaine de l’épargne des ménages.

Seulement 0,3 % de l'épargne des Francais en assurance-vie est investi dans des fonds bénéficiant d'au moins un des deux labels publics (ISR ou TEEC). Que faudrait-il mettre en place pour doper ce mouvement ?

Nous sommes face à ce que l’on appelle une faille de marché. Toutes les études montrent que les épargnants souhaitent une prise en compte plus forte des impacts environnementaux et sociaux dans leur épargne. Or, l’offre de produits verts et durables reste faible et les encours ne représentent que 2 à 3 % du marché. Il est donc légitime que l’état intervienne pour corriger cette faille de marché.

C’est l’idée de "l’obligation d’offre" qui a été adoptée en première lecture au sein de la Loi Pacte : tout contrat d’assurance-vie devra inclure au moins un fonds labellisé ISR d’ici 2020, et TEEC ou solidaire d’ici 2022. La France sera de nouveau le premier pays à mettre en place une telle obligation. C’est une avancée importante. Il faut désormais s’assurer que son impact soit significatif.

Pour cela, il faut exiger une réelle mise en avant de ces produits par les assureurs et les distributeurs et introduire un questionnement des épargnants sur leurs préférences en matière environnementale et sociale. Il est nécessaire de donner plus de moyens pour la promotion des labels ISR et TEEC. Il faut enfin avoir le courage de se fixer des objectifs sur la cible de part de marché des produits verts et durables. Tout ne passera pas forcément par la loi, mais nous avons besoin d’un plan d’action cohérent. Le marché et les acteurs sont mûrs pour cela.

Propos recueillis par Anne-Catherine Husson Traore


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