Publié le 30 juillet 2019

FINANCE DURABLE

La Banque européenne d’investissement tourne le dos aux énergies fossiles

La Commission européenne a déjà publié une stratégie climat ambitieuse. La Banque européenne d’investissement, son outil financier de mise en œuvre de sa politique, s’y met à son tour en décidant de ne plus financer les projets liés aux énergies fossiles. Une petite révolution pour la BEI, souvent pointée du doigt par les ONG. Sa nouvelle stratégie doit cependant encore être validée par les États membres, à partir de septembre.

Banque européenne d'investissement @EIB
La Banque Européenne d'Investissement, basée à Luxembourg, veut arrêter d'octroyer des prêts au secteur des énergies fossiles.
@EIB

C’est un changement d’ampleur qu’envisage la Banque européenne d’investissement (BEI). Elle souhaite aligner l’octroi de ses prêts avec les objectifs de l’accord de Paris. Pour cela, dans sa nouvelle stratégie pour l’énergie publiée le 26 juillet, la BEI déclare vouloir arrêter tous les financements aux énergies fossiles d’ici fin 2020. Une annonce qui s'inscrit dans l'engagement climatique européen avec le plan finance durable de mars 2018, la stratégie climat début 2019, et la publication d’une classification des activités favorables à la transition écologique en juin dernier. 

La décision est le fruit d'un processus de concertation auprès des parties prenantes de la BEI (ONG, citoyens, entreprises, etc.) mis en place depuis le mois de janvier. Ce sont eux qui ont fait remonter la nécessité de mieux prendre en compte le réchauffement climatique dans son activité. Début juillet, les Amis de la Terre dénonçaient les 7,9 milliards d’euros les prêts octroyés entre 2015 et 2018 au secteur des énergies fossiles, soit 21 % du total des prêts de la banque.

Prise de conscience de la BEI

Les dirigeants de l’institution luxembourgeoise semblent donc avoir pris en compte ces critiques. "Bien qu’elle comprenne totalement le rôle que les énergies fossiles continueront de jouer dans les systèmes énergétiques européens pour au moins la prochaine décennie, la banque fournit une plus grande additionnalité* en se concentrant sur les défis et les besoins d’investissement de plus long terme du secteur de l’énergie", écrivent-ils dans leur rapport.

La BEI prévoit d’agir dans quatre directions pour lutter contre le réchauffement climatique : l’efficacité énergétique, notamment dans le secteur de l’immobilier résidentiel ; le renforcement des énergies renouvelables pour atteindre l’objectif de 2030 (27 % de renouvelable dans la consommation) ; l’investissement dans les nouvelles technologies bas carbone ; et le développement des infrastructures énergétiques. Pour parer aux critiques des États fortement dépendants des énergies fossiles, les dirigeants de la BEI veulent également mettre en place un programme d’aide à la transition ("Energy Transition Package").

Cette nouvelle stratégie a été bien accueillie par les ONG, qui attendent depuis longtemps que l’organe de financement européen aligne sa stratégie de prêt à l’économie sur un objectif de 1,5 degré. Elles restent toutefois en alerte. Le document publié par la BEI doit encore être validé par les États membre de l’Union européenne, tous actionnaires de la banque. Ils se réunissent pour en discuter à partir du 10 septembre prochain.

Les ONG aux aguets

Tout se jouera à ce moment-là et les ONG commencent déjà à mettre la pression sur les États. Notamment sur la France, l’un des principaux actionnaires. L’idée de transformer la BEI en une banque européenne du climat, reprise en partie par Ursula von der Leyen, la prochaine présidente de la Commission européenne, est portée en effet par Emmanuel Macron. 

Les Amis de la Terre se tiennent aux aguets pour vérifier si les positions pro-climat de la France sont bien sincères. "Si oui, le gouvernement doit soutenir publiquement la fin du soutien aux énergies fossiles de la banque publique, assure Cécile Marchand, chargée de campagne climat et acteurs publics des Amis de la Terre. Ce sera le crash test. Nous attendons des réponses claires de la part de Bruno Le Maire (ministre des Finances et membre du Conseil des gouverneurs de la BEI) sur cette question."

Arnaud Dumas @ADumas5

*L'additionnalité est la valeur additionnelle apportée par l'investissement public aux financements privés. 


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