Publié le 25 septembre 2019

FINANCE DURABLE

Faillite de Thomas Cook, une nouvelle dérive de la finance

Englué dans une dette trop lourde et concurrencé par les sites de réservation sur Internet, le voyagiste anglais fait également les frais d’investisseurs, loin d'être responsables, qui ont préféré parier sur sa chute que sur son redressement. La faillite de Thomas Cook risque de laisser 21 000 salariés dans le monde sur le carreau, dont une grande partie au Royaume-Uni. Le gouvernement britannique a pourtant préféré laisser faire.

Voyage thomascook
Les 21 000 salariés dans 16 pays de Thomas Cook risque de perdre leur emploi.
@ThomasCook

Thomas Cook est un symbole. Le symbole des entreprises qui peinent à se transformer et qui, prises dans une course folle à la taille, s’endettent jusqu’à plus soif, aidées par l’univers de taux bas sur les marchés. Le voyagiste n’était pas loin de faire partie de ces entreprises zombies, ces sociétés surendettées représentant 6 % des entreprises cotées selon la Banque des règlements internationaux. Mais c’est aussi le symbole d’une financiarisation trop forte de l’économie, dont les outils décorrélés de l’économie réelle ont poussé une entreprise de 21 000 salariés à la faillite.

Le voyagiste plus que centenaire n’a pas su contrer la concurrence des nouveaux modes de réservation en ligne. Son modèle économique était à la peine, avec une dette de 1,7 milliard de livres (environ 1,9 milliard d’euros) et des pertes de 1,4 milliard de livres (près de 1,6 milliard d’euros) enregistrées au premier semestre 2019.

Les dirigeants de Thomas Cook avaient toutefois entrepris un programme de restructuration de la dette, qui avait abouti cet été à un accord de recapitalisation de 900 millions de livres avec les principaux créanciers et avec le Chinois Fosun, l’actionnaire principal. Fosun prévoyait d’injecter 450 millions de livres en capital et de prendre la majorité des activités de tour operator. Les créanciers, apportant également 450 millions de livres, convertissant leur dette en capital de la compagnie aérienne et d’une partie de l’activité de tour operator.

Un pari sur la faillite

C’était compter sans une poignée de fonds détenteurs de "credit default swap" (CDS) sur Thomas Cook. Ces produits dérivés sont des contrats d’assurance permettant à un prêteur de s’assurer contre le défaut de l’emprunteur. Ces produits dérivés peuvent s’échanger sur les marchés et être détenus par des fonds qui ne sont plus liés à la dette de l’entreprise. Ces fonds ont donc, en quelque sorte, parié sur la faillite de Thomas Cook pour toucher l’argent de ces assurances.

En l’occurrence, les fonds détenteurs des credit default swap de Thomas Cook se sont opposé au plan de restructuration en demandant, le 20 septembre de constituer, en plus de l’injection de capital de 900 millions de livres, une enveloppe supplémentaire de 200 millions de livres. "Alors qu’un accord avait été largement approuvé, une demande de fonds supplémentaire dans les derniers jours de négociation a présenté un défi qui s’est au final révélé insurmontable", déplore Peter Fankhauser, le directeur général de Thomas Cook dans le communiqué déclarant la faillite.

Ces produits dérivés décorrélés de l’économie réelle, pourtant largement pointés du doigt lors de la crise financière de 2008, montrent donc de nouveau leurs effets dévastateurs. Ultime revers pour le voyagiste, le gouvernement de Boris Johnson a refusé de mettre la main à la poche pour combler le plan de restructuration, préférant laisser s’enfoncer cette entreprise de 21 000 employés, présente dans 16 pays, avec plus de 200 hôtels et 105 avions.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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