Publié le 20 février 2019

ENTREPRISES RESPONSABLES

Les sénateurs qui veulent détricoter la Loi Pacte sont déconnectés de la réalité, selon des dirigeants d'entreprise

[Actualisation le 20 février à 17:30] Après la remise en cause de la partie concernant la transformation des entreprises de la loi Pacte par les sénateurs, une commission mixte paritaire réunissant des représentants des deux chambres législatives s'est réunit ce 20 février mais a échoué à trouver un compromis. Plusieurs entreprises ont décidé de donner de la voix pour défendre ces avancées actées par les députés. 

Pour de nombreux dirigeants, l'article 61 de la loi Pacte permettait de valoriser leur démarche RSE, source de performance.
@Sénat

"Non monsieur le sénateur, les dirigeants d’entreprise que réfléchissent à leur raison d’être ne sont pas dépressifs !". C’est le cri du cœur qu’a lancé l’association des jeunes dirigeants d’entreprise (CJD) le lendemain de l’adoption, par les sénateurs, de la loi Pacte, vidée de sa substance sur la partie RSE (Responsabilité sociétale des entreprises). Il faisait référence aux propos du sénateur Jean-Marc Gabouty (RDSE, Haute Vienne) pour défendre la suppression de l’article 61 de la loi. Celui-ci obligeait d’une part les entreprises à "prendre en considération" les aspects environnementaux et sociaux de leurs activités et, d’autre part à donner la possibilité aux entreprises d’inscrire leur raison d’être dans leurs statuts.

Un discours "irresponsable"

Selon ce sénateur - par ailleurs lui-même chef d’entreprise -, les sociétés ont comme seul objet de "produire des biens et des services, pas de faire de la philosophie". Selon lui, trop penser à la raison d’être de leur entreprise est "l’expression d’un état dépressif" du dirigeant…

Un discours "totalement irresponsable" selon le CJD. "Ce qui motive un entrepreneur, c’est le sens et la mission. Faire croire que son seul horizon est le profit est une insulte à lui-même, à ses collaborateurs, à ses clients et à ses actionnaires. L’article 61 donne justement les moyens aux entrepreneurs d’exprimer leur sens des responsabilités", souligne l'organisation dans un communiqué. Un argumentaire que porte aussi les dirigeants responsables de l’Ouest (DRO), qui regroupe une centaine d’entreprises en Bretagne et Pays-de-la-Loire.

La RSE, vecteur de performance

"Les positions des sénateurs sont totalement déconnectées de ce que l’on voit au quotidien, c’est-à-dire que la RSE est source de performance et de compétitivité pour nos entreprises, en termes d’innovation, d’attractivité des talents, de dialogue avec nos parties prenantes, notamment avec nos banques !", souligne Philippe Oléron, dirigeant d’une entreprise d’informatique et vice-président des DRO.

"Supprimer la possibilité pour les sociétés de se transformer en entreprise à mission, c’est un frein pour afficher et donc valoriser les engagements des entreprises volontaires. Je rappelle que c’est nous qui prenons le risque, pourquoi nous empêcher de le prendre si nous le souhaitons ?", s’interroge le dirigeant. 

Quant à la suppression de la première partie de l’article, concernant la modification du code civil pour obliger l’ensemble des entreprises à prendre en compte leur impact environnemental et social, elle pourrait aussi pénaliser les PME les plus vertueuses en la matière face à des entreprises moins-disantes, précisent les dirigeants.

L’enjeu : la pérennité des entreprises

Pour ces chefs d’entreprise, la pérennité de leurs activités et de l’ensemble de l’économie est en jeu. "On ne peut plus faire comme si les fractures sociales et l’urgence écologique n’existaient pas. Nous devons transformer en profondeur notre économie pour la mettre véritablement au service de l’Homme", souligne le CJD.

Le même discours se retrouve dans la bouche de nombreux dirigeants de grandes entreprises. Loi Pacte ou pas, la dynamique est enclenchée selon Karen Lellouche du cabinet de conseil Boston Consulting Group qui vient de mener une étude sur le sujet. "Beaucoup de dirigeants du CAC 40 qui nous consultent réfléchissent à leur raison d’être, assure-t-elle. Ce n’est pas seulement une question de loi, ni une question franco-française, c’est un besoin fondamental de s’inscrire dans une histoire, une stratégie des valeurs. C’est aussi remettre notamment la question de la RSE au centre de la stratégie". Boston Consulting Group d’ailleurs cette semaine à Paris, une entité, spécifiquement dédiée à accompagner les entreprises sur leur raison d’être…

Béatrice Héraud, @beatriceheraud 


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