Publié le 22 juillet 2020

ENTREPRISES RESPONSABLES

Les grands patrons encore hermétiques au modèle durable, selon le Pacte Mondial

Encore trop peu d’entreprises prennent en compte les Objectifs de développement durable, selon le Pacte Mondial des Nations-Unies. La raison en est simple, cela ne fait pas partie de leur fiche de poste, une expérience en développement durable n’étant requise que pour 4 % des recrutements de grands dirigeants. Face à ce constat, le Pacte Mondial énonce les atouts nécessaires pour être un manager durable.

Equipe dirigeante CCO
Seuls 21 % des dirigeants des grandes groupes pensent que leur entreprises a un rôle à jouer dans l'atteinte des ODD.
@CCO

Les grandes entreprises parlent beaucoup de développement durable et de responsabilité sociétale, mais bien peu mettent ces discours au cœur de leur stratégie. C’est ce que révèle une étude du Pacte Mondial des Nations-Unies et du cabinet de conseil Russell Reynolds, qui a d’abord analysé les comportements des grands groupes, puis enquêté sur le profil de 55 dirigeants ayant conduit une stratégie d’intégration de principes durables dans leur business.

Au global, les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance semblent très détachés du quotidien des leaders des grands groupes. Si 92 % d’entre eux affirment croire dur comme fer que l’intégration des enjeux durables est cruciale pour la réussite de leurs affaires, ils ne sont plus que 48 % à effectivement les intégrer dans leurs opérations. Et ils ne sont plus que 21 % à penser que les entreprises ont un rôle à jouer dans l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD).

Des hauts dirigeants peu formés au développement durable

Or si pratiquement toutes les grandes entreprises disposent de direction du développement durable ou de la RSE, cela ne suffit pas à conduire le changement. "C’est plus qu’une question de stratégie, de réglementation et de process – c’est fondamentalement une question de leadership et de personnes", estiment de concert Lise Kingo, directrice générale du Pacte Mondial, et Clarke Murphy, directeur général de Russell Reynolds Associates. Le cabinet de conseil en stratégie Russell Reynolds a analysé plus de 4000 fiches de poste pour le recrutement de nouveaux hauts dirigeants dans le monde. Le résultat est frappant : dans seulement 4 % des cas, une expérience ou un goût pour le développement durable étaient requis.

Des PDG sortent néanmoins du lot. Le Pacte Mondial et Russell Reynolds en ont interrogé 55, issus d’entreprises du Fortune 500 comme Unilever, Solvay, L'Oréal, Schneider Electric, Microsoft, Eli Lilly, Henkel, etc., pour tenter de déterminer ce qu’ils avaient en plus. Une première différence tient à leur parcours international, 45 % des dirigeants pionniers en matière de durabilité ont travaillé sur deux continents ou plus, contre 16 % pour les dirigeants standards.

Des pionniers convaincus par le modèle durable

L’autre différence est que ces pionniers sont convaincus par le modèle durable ce qui, combiné à leurs compétences globales, leur permet de transformer leur entreprise. "Les dirigeants sont concentrés sur l’objectif à atteindre et c’est cet objectif qui donne de l’énergie et du courage. Vous avez de plus grandes chances de réussite et de déployer votre potentiel complet si les valeurs de l’entreprises et vos valeurs sont alignées", confie Paul Polman, ancien dirigeant d’Unilever et vice-président du Global Compact.

L’étude révèle enfin quatre compétences communes à ces dirigeants pionniers en matière de développement durable. En premier lieu, ils sont curieux de tout et capables de connecter plusieurs niveaux d’information issues de tout l’écosystème de leur entreprise. Ils savent ensuite inclure les parties prenantes dans la mise en œuvre de leur stratégie, sans se contenter de simplement les "gérer". Ils comprennent les multiples points de vue des clients, employés, communautés locales, pour orienter leurs décisions et accroître la création de valeur.

Ces pionniers de la durabilité sont également des innovateurs, pour lesquels la transformation de l’entreprise passe par la disruption de son modèle. Enfin, ils ont la capacité d’avoir une vision à long terme, qui leur permet de ne pas passer à côté des opportunités liées à de nouvelles technologies, de nouveaux marchés, etc.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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