Publié le 19 décembre 2019

ENTREPRISES RESPONSABLES

Face aux scandales à répétitions, Uber doit muscler sa RSE pour éviter la sortie de route

Agressions sexuelles et usurpation d’identité de la part des chauffeurs, contribution à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre ou manque de responsabilité sociale et fiscale… Les casseroles liées à la responsabilité sociétale de l'entreprise (RSE) s’accumulent pour Uber et pourraient menacer la viabilité de son modèle économique qui repose sur la confiance des consommateurs.

Face aux différents scandales touchant à sa responsabilité sociétale d'entreprise, Uber peut-il continuer à séduire utilisateurs et investisseurs?
@CCO

L’entreprise a donné son nom à un mouvement de transformation de l’économie, l'ubérisation, d’une ampleur insoupçonnée. Mais Uber va-t-elle survivre à son propre modèle ? Dix ans après sa création, la rentabilité n'est pas là et la confiance en la marque s'émousse en raison de multiples scandales. 

Mauvaises conditions de travail des chauffeurs, impôts, hausse des émissions de gaz à effet de serre dans les villes, viols de passagères... Fin novembre, l’autorité des transports londonienne a ainsi décidé - une nouvelle fois - de lui retirer sa licence en raison d’une défaillance de contrôle d’identité des chauffeurs. La société de VTC pourrait se voir priver de son plus gros marché européen si son recours n’est pas accepté.

Une note RSE médiocre

Ces graves affaires, et plus particulièrement celles qui touchent à la sécurité des passagers, pourraient finir par détourner une partie significative des utilisateurs des services d’Uber. Le scandale sur les agressions sexuelles a relancé les appels au boycott, incarné sur les réseaux sociaux français par le hashtag #ubercestover. "On commence à voir un rejet", confirme Rafi Haladjian, cofondateur de Moralscore, un système de rating basé sur les questions sociales, environnementales et fiscales. 

Aujourd’hui, Uber pointe à 40/100 et sa note devrait être significativement dégradée dans les prochains jours (1), à la suite du scandale des agressions sexuelles, affirme Rafi Haladjian. Mais cela n’amènera pas forcément les 300 000 utilisateurs de Moralscore à boycotter Uber. "Selon une enquête réalisée cet été, 80% de nos utilisateurs interrogés déclarent tenir compte totalement, ponctuellement ou partiellement de nos avis. Mais il faut bien être conscients que d’autres critères comme le prix, le temps d’attente et la possibilité de meilleures alternatives restent très importants pour le consommateur", souligne-t-il. De fait, la réputation de la marque en France reste plutôt bonne pour un secteur plutôt mal noté, précise de son côté Mike Ostrowski, directeur du Reputation Institute France.

Moralscore Uber La notation Moralscore d'Uber

Des investisseurs peu regardants

Quand bien même les utilisateurs feraient payer à Uber le prix de son insuffisante vigilance (le groupe s’étant engagé à renforcer les contrôles), cela pourrait d'ailleurs ne pas peser tant que cela sur le modèle. Car "lorsque vous commandez un Uber, celui qui paie vraiment pour votre course c'est Goldman Sachs ou le fonds souverain saoudien", souligne Frédéric Fréry, professeur de stratégie à l’ESCP Europe.

Or ceux-ci restent fidèles à Uber malgré les pertes qui s’accumulent et se chiffrent en milliards de dollars du fait de dépenses en innovation (voitures autonomes) ou de subventions aux chauffeurs pour s'assurer des parts de marché dans les nouveaux pays. Avec un chiffre d’affaires en hausse et des activités qui se diversifient, les investisseurs espèrent une plus-value sur le long terme.  

La montée des risques ESG (environnement, social et gouvernance) commence pourtant à se matérialiser via leurs impacts réglementaires, judiciaires ou réputationnels. "Les investisseurs responsables se sont exclus d’eux-mêmes. Ceux qui ont investi malgré tout sont certainement les moins sensibles à ce type d’arguments, avance Frédéric Fréry. La question selon moi est jusqu’où accepteront-ils ce non-sens économique ?"

Béatrice Héraud @beatriceheraud

(1) en janvier 2020, la note d'Uber est passée à 35/100

 

 

 


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

"Désormais, nous faisons ce qui est bien", assure le nouveau patron d’Uber

L'américain Uber a détaillé mardi sa nouvelle "culture" d'entreprise, censée être plus apaisée, dernière tentative en date de la nouvelle direction pour améliorer l'image sulfureuse du groupe de réservation de voitures avec chauffeur.

L'interdiction d'Uber à Londres prouve que la RSE devient la nouvelle "licence to operate"

Fin septembre, Uber se faisait retirer sa licence d’exploitation par l’autorité de transports de Londres. Une décision motivée par un manque de responsabilité sociale de l'entreprise (RSE). Une première qui pourrait bien faire école.

La RSE, un atout face à l’ubérisation, selon AccorHotels

Face à l’arrivée des plateformes de location de logements par des particuliers comme Airbnb, les hôteliers ont dû s’adapter. Selon Sven Boinet, directeur général délégué d'Accorhotels (premier opérateur français et sixième mondial du secteur), et Arnaud Herrmann, directeur du développement...

Au Royaume-Uni, Uber contraint de salarier ses chauffeurs

Nouveau revers pour Uber au Royaume-Uni. Le tribunal de Londres a estimé que la plateforme devait salarier ses chauffeurs, alors qu'ils sont aujourd'hui indépendants. L'entreprise californienne a décidé de déposer un ultime recours mais ce cas pourrait bien faire jurisprudence et mettre à...

ENTREPRISES RESPONSABLES

Entreprise responsable

Actualité nationale, européenne et mondiale quotidienne de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

Cannes Lion 2022 ban fossil fuel ads

Poussé par des agitateurs internes, le secteur de la publicité doit se réinventer

Encore une cérémonie bousculée ! Un ancien lauréat du Cannes Lion, grande fête de la publicité, a rendu son trophée pour dénoncer le soutien du festival aux "compagnies fossiles". Sous haute pression concurrentielle, parfois qualifié de verrouillé, le secteur de la publicité doit pourtant réinventer...

Arctic LNG 2 total energies russie novatek ru

Pourquoi TotalEnergies, de plus en plus isolée, s’accroche à la Russie

TotalEnergies est de plus en plus prise à partie pour sa présence en Russie. Des militants ont perturbé une table-ronde à laquelle participait son PDG tandis que deux ONG ont mis en demeure le groupe de cesser ses activités sur place, en s'appuyant sur son devoir de vigilance et le risque de...

Societes a mission CCO

La création du statut d’entreprise à impact, une "bascule" vers un nouveau modèle de capitalisme

Les patrons engagés signataires du "Manifeste pour l'économie de demain", dont la Maif, le groupe Le Bon Coin ou encore La Ruche qui dit oui, militent pour la création d'un statut à impact, à la fois plus contraignant mais aussi doté de contreparties comme des allégements de charges, des accès...

C I O

RSE : Pourquoi les "Chief Impact Officers" sont une bonne nouvelle pour réduire l'empreinte environnementale des entreprises

De plus en plus d’entreprises nomment des "Chief Impact Officers" au sein de leur comité exécutif. Si leurs missions s’apparentent à celle du "directeur développement durable" ou "de la RSE", elles permettent d'aller plus loin en amenant les entreprises à mesurer leurs progrès concrets en matière...