Publié le 02 septembre 2022

ÉCONOMIE

"Tournant" environnemental chez Radio France : "nous vivons notre deuxième révolution"

Radio France engage un "Tournant" environnemental. "Beaucoup a été fait pour parler des enjeux environnementaux sur nos antennes", souligne ainsi la radio publique à l'occasion de sa rentrée "pourtant, face à l’ampleur de l’urgence climatique, nous sommes résolus à aller plus loin", annonce-t-elle. Pour atteindre cet objectif, le groupe revoit sa pub, baisse son bilan carbone et "lance le plus grand plan de formation de son histoire" sur les questions climatiques et scientifiques. Précisions avec Vincent Giret, directeur de l'information et des sports de Radio France.

Maison de Radio France Christophe AbramowitzRadio France
Maison de Radio France.
@Radio France / Christophe Abramowitz

Vous avez annoncé un plan de formation de l’ensemble des journalistes aux enjeux climatiques sur les trois prochaines années. Pourquoi avoir pris cette décision ? 

Le Covid a joué un rôle d'accélérateur. Après la crise sanitaire, nous avons fait un bilan critique de nos méthodes. Les services sciences et environnement furent très présents sur les antennes et auprès des autres journalistes. Ils ont aidé à mieux comprendre des notions scientifiques, identifier des sources fiables, cibler des interlocuteurs, sensibiliser aux méthodes scientifiques... Ce fut un formidable accélérateur de formation pour les rédactions mais cela a aussi mis le doigt sur certaines de nos limites. Nous avons réalisé que nous ne pouvions plus nous appuyer seulement sur de petites équipes dédiées pour infuser toutes les bonnes pratiques scientifiques auprès de l’ensemble de nos journalistes. Nous nous sommes demandé comment être meilleurs, comment rester exigeants, comment continuer à sélectionner les intervenants les plus pointus sur les thématiques dédiées.

La question se pose de la même manière avec la crise climatique où la résonance scientifique est tout aussi centrale. Nous sommes confrontés aux mêmes limites : les journalistes sont peu nombreux à être dotés d’une formation initiale scientifique. Et on ne peut plus fonctionner sur l’ancien modèle où l’on se forme en marchant. Il nous faut changer d’échelle et accélérer. Nous nous sommes donc lancés dans une bataille de la connaissance pour gagner en pertinence éditoriale. Nous vivons une deuxième révolution, après celle du numérique qui a changé notre métier.

Des scientifiques préconisent des formations d’au moins 20 heures pour comprendre ces enjeux, envisagez-vous de tels parcours ?

Oui, il faut que l’on invente quelque chose de très puissant ! Les formations sont conçues avec les responsables des services "Sciences, environnement", notre centre de formation en interne ainsi que des personnalités scientifiques, souvent auteurs du Giec. Nous travaillons aussi avec des organismes de formation. Le plan va s’étaler sur trois ans et il sera décliné en cinq cycles autour de l’urgence climatique, l'énergie, la biodiversité, l’agriculture et l’alimentation notamment. On s’engage sur une démarche au long cours qui s’adresse à tous ceux qui ont un lien avec l'éditorial : journalistes, chargés de programme, animateurs, producteurs… On veut aussi développer des partenariats avec des scientifiques et des organismes reconnus comme le CNRS. On envisage par exemple de les inviter à passer du temps dans nos rédactions pour qu’ils saisissent aussi nos méthodes de travail et affinent nos dispositifs de formation.

Quels sont les objectifs ?

Nous ne voulons plus laisser de place aux approximations et contre-vérités. L’objectif est aussi de gagner en réactivité lors d’interviews, avec des politiques par exemple, pour ne pas laisser passer de contre-vérités, d’approximations ou d’erreurs factuelles. Nous devons engager la bataille de la connaissance et nous appuyer sur la science pour identifier les conséquences de l’inaction climatique. Il s'agit aussi de faire évoluer nos réflexes éditoriaux en accordant plus de place aux sujets liés à l’environnement et en les mettant davantage en avant. Nous voulons changer notre traitement de l’information en valorisant aussi les solutions. L’idée n’est toutefois pas de diffuser la bonne parole mais de remplir notre mission de service public : de permettre aux citoyens de s’informer au plus juste pour qu’ils se forgent leur opinion.

Propos recueillis par Mathilde Golla @Mathgolla


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