Publié le 02 mars 2021

ÉCONOMIE

Les entreprises du CAC40 ne respectent pas les objectifs de l'Accord de Paris, selon un rapport d'Oxfam

L'ONG Oxfam a publié le 2 mars un rapport sur les trajectoires climatiques de 35 entreprises du CAC 40 et tire la sonnette d'alarme. Si elles ne changent rien, leurs activités conduiraient à un réchauffement de la planète de +3,5°C d'ici 2100, loin des objectifs de l'Accord de Paris. Oxfam pointe du doigt un manque d'encadrement et de suivi de la part des autorités publiques.

CAC40 impact iStock Fokusiert
Le rapport a analysé les trajectoires climat de 35 des entreprises du CAC40.
Fockusiert / Istock

Quelques jours avant l'examen du projet de loi Climat et résilience à l'Assemblée Nationale, l'ONG Oxfam publie ce 2 mars un rapport sur les trajectoires climatiques des entreprises du CAC 40. Les conclusions sont alarmantes : si toutes les entreprises suivent les mêmes comportements que celles des grandes entreprises françaises, le réchauffement climatique atteindra 3,5°C d’ici 2100. Soit 2°C de plus que les préconisations des scientifiques.

Selon les calculs de l'ONG, l'empreinte carbone moyenne annuelle des entreprises du CAC 40 atteint 125 millions de tonnes de CO2, soit un quart des émissions françaises. Plus encore, quatre entreprises, Total, BNP Paribas, la Société Générale et le Crédit Agricole, émettent chacune plus de CO2 que la France entière. Les statistiques complètes ont été fournies par Carbone 4, cabinet de conseil sur la stratégie carbone, qui s'est concentré sur 35 entreprises du CAC 40 issues des secteurs d’activité jugés à "fort enjeu" pour la transition écologique, comme le transport ou l'énergie.

Carbone 4 a comptabilisé les émissions directes et indirectes (des émissions sur le site de l'entreprise jusqu'aux émissions relatives à l'utilisation du produit) et pris en compte les plans de réduction des émissions lorsqu'ils existaient. À partir de l'empreinte carbone de chaque entreprise, la trajectoire de réchauffement a été déduite. Seules trois d'entres elles (EDF, Schneider, Legrand) tendent vers le respect de l'Accord de Paris.

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(Source : Oxfam / Carbone 4)

Aujourd'hui, "si 30 entreprises (sur les 35 de notre échantillon) se sont explicitement engagées à se mettre en cohérence avec l’objectif de l’Accord de Paris, elles mettent rarement les moyens pour arriver aux objectifs qu’elles se sont fixées", souligne Oxfam. Seulement huit d'entres elles, dont Michelin, Schneider Electric, EDF, Engie et Suez, se sont dotées d’un plan de réduction de leurs émissions sur l’ensemble de leur périmètre d’activité. Aucune des 35 entreprises ne révèle le montant et le détail de ses investissements dans la transition écologique.

Des ambitions sans moyens

Le rapport pointe du doigt un manque d'encadrement et d'accompagnement des entreprises dans la transition. D'abord, celles-ci ne sont pas contraintes de publier un bilan exhaustif de leur empreinte carbone. La loi de 2010 portant sur l'Engagement National pour l’Environnement oblige les entreprises de plus de 500 salariés à déclarer seulement les émissions directes (au sein de l’entreprise) et celles associées à la consommation d'électricité sur leurs sites. En revanche, la loi ne fait qu'encourager la publication des émissions indirectes liées à l’utilisation du produit par le consommateur. Une vingtaine d'entreprises du CAC 40 ne fournit pas de bilan complet de leur empreinte carbone.

L’ONG préconise d'abord de contraindre les entreprises à mesurer et publier leurs émissions directes et indirectes. Elle conseille ensuite d’intégrer au sein du projet de loi Climat et Résilience une obligation de publication de la trajectoire de réduction de l'empreinte carbone, accompagnée d’un plan d’investissement. L'ONG soutient la mise en place de mesures contraignantes et de sanctions financières.

Au sujet du financement, Oxfam recommande de limiter le montant des dividendes versés aux actionnaires pour permettre d'investir vers la transition écologique. Selon une étude réalisée par l’ONG, "98 % des besoins en investissements dans la transition du CAC 40 pour 2018 auraient pu être financés par un encadrement à 30 % de la part des bénéfices reversés aux actionnaires cette année-là".

Pauline Fricot, @PaulineFricot

 

 


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