Publié le 04 septembre 2020

ÉCONOMIE

[Édito] Verdir ou transformer un modèle économique, deux options très différentes

Le plan de relance, annoncé par le gouvernement, a permis de montrer l’importance de la transition écologique puisqu’un tiers des 100 milliards d’euros lui sont consacrés. Ce message fort peut pourtant très vite trouver ses limites. Si les sommes allouées sont distribuées sans être accompagnées d’un projet de transformation du modèle actuel, les financements ne trouveront pas les projets nécessaires pour construire une autre économie, résiliente et durable.

Plan de relance OlivierSimpson
Illustration du gouvernement sur le plan de relance.
@OlivierSimpson

Depuis 2015, des centaines de milliards d’euros sont mobilisés sur l’économie verte. Le groupe Caisse des dépôts par exemple a consacré 20 milliards d’euros à des financements verts sur la période 2018-2020. De leur côté les six plus grandes banques françaises ont consacré 35, 8 milliards d’euros aux énergies renouvelables en 2018 et 15 milliards à des "travaux d’économie d’énergie dans les bâtiments anciens". Le mouvement est international puisque la banque américaine Goldman Sachs a, par exemple, annoncé fin 2019 vouloir "injecter 750 milliards de dollars dans la transition vers une économie bas carbone d’ici 2030 dans neuf secteurs".

Si l’argent est bien le nerf de la guerre, la question fondamentale est plutôt au service de quelle guerre l’oriente-t-on ? La crise du COVID 19 met au pied du mur gouvernements et dirigeants économiques et financiers sur la nature du modèle qu’ils veulent sauver. Les études montrent que les crises environnementales, sanitaires, sociales et économiques sont d’une ampleur sans précédent et combinent leurs effets. Alors est-il possible de préserver l’emploi et d’éviter les faillites en donnant une forte couleur verte au programme France relance.

Des engagements aux moyens

Oui pour Emmanuel Macron qui introduit le plan ainsi "Il doit servir à construire la France de 2030 qui devra être plus verte et plus respectueuse du climat". L’engagement est là mais les moyens mis en œuvre restent faibles quand on compare les chiffres donnés aux réalités auxquelles ils s’appliquent. 1,2 milliard d’euros est consacré à la "décarbonation de l’industrie pour financer l’investissement dans des procédés industriels moins polluants".

À titre indicatif, la modernisation d’une seule cimenterie du groupe Lafarge pour améliorer ses performances environnementales, celle de Martres-Tolosane en Haute-Garonne, a couté 100 millions d’euros en 2017. Le groupe en a en a six autres en France. La moitié de l’enveloppe nationale suffirait juste à "décarboner" six sites très polluants d’un seul groupe. 1,2 milliard d’euros c’est aussi le montant alloué aux "mobilités du quotidien" (vélo et transports en commun). Bordeaux étudie la faisabilité d’un métro pour désengorger ses lignes de tramways surchargées. Le coût est estimé à 2,7 milliards d’euros pour deux lignes dans une seule communauté urbaine !

Des entreprises exsangues

Que les moyens alloués au plan de relance ne semblent pas à la hauteur des défis est une chose mais la mécanique même de ce programme est aussi préoccupante. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, compte sur les entreprises pour "jouer le jeu de la relance", mais elles sont nombreuses au bord du gouffre, fragilisées par un endettement qui explose. Il semble difficile de les imaginer pouvoir investir massivement dans une transition à peine esquissée grâce aux seuls allègements d’impôts !

A minima, il faudra fixer un cap et une définition de la transition vers un modèle économique dynamique, aligné sur des objectifs environnementaux et sociaux. Cela suppose une révolution de schémas et d’indicateurs de mesure de la performance économique qui semble encore loin. Dans ce but, le mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves) propose de généraliser l’utilisation de son Impact score pour les entreprises. Son coprésident Jean Moreau : "Ne pas retenir les leçons que cette crise nous donne pour relancer notre économie comme avant rendrait notre pays fragile, et nous manquerions une occasion unique. Nous mesurons le défi de concevoir une relance transformatrice, permettant de sauver l’économie d’aujourd’hui tout en préparant demain". En résumé, pour changer d’échelle, il faut changer de logiciel !

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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