Publié le 24 décembre 2021

ÉCONOMIE

L’Europe mise 300 milliards d’euros pour renforcer son influence dans les pays émergents

Le projet Global Gateway doit mobiliser 300 milliards d’euros de financements publics et privés partout dans le monde pour développer des infrastructures. Climat, santé, numérique... plusieurs secteurs sont visés, avec pour ambition de respecter des normes sociales et de transparence élevées. Sans le dire directement, cette stratégie sert à renforcer l’influence européenne et à concurrencer l’initiative chinoise similaire sur les nouvelles routes de la soie.

Global Gateway Commission europeenne Ursula von der Leyen UE
Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a présenté la stratégie Global Gateway pour financer des infrastructures dans les pays émergents.
@UnionEuropéenne

L’Union européenne a lancé un vaste plan pour financer de nouvelles infrastructures notamment dans les pays émergents. Cette stratégie intitulée "Global Gateway" vise à mobiliser 300 milliards d’euros entre 2021 et 2027, issus à la fois des fonds européens, des États membres et de fonds privés, dans des secteurs clés de l’économie. Cinq secteurs principaux ont été ciblés par l’Europe : le numérique, le climat et l’énergie, les transports, la santé, l’éducation et la recherche.

Tous les pays du monde sont potentiellement concernés par la stratégie Global Gateway. Celle-ci constitue cependant une réponse sans le dire à la "Belt and road initiative" chinoise, ces nouvelles routes de la soie avec lesquelles Pékin inonde de financements les pays émergents pour construire de nouvelles infrastructures. Elle est en général vivement critiquée dans les pays occidentaux en raison de l’opacité des méthodes utilisées par les instances chinoises, de son impact climatique et pour l’influence grandissante que la Chine gagne sur les économies émergentes au travers de cette initiative.

L'initiative européenne s'inscrit dans le cadre international "Build Back Better World"

La Chine part cependant avec une bonne longueur d’avance. La Belt and Road Initiative a été lancée dès 2013 et a déjà mobilisé près de 130 milliards de dollars par an. Le Vieux Continent n’est cependant pas tout seul pour lui faire concurrence. La stratégie Global Gateway s’inscrit dans le cadre de l’initiative internationale pilotée par les États-Unis et intitulée "Build Back Better World".

Lancée en juin dernier et renouvelée pendant la COP26 de Glasgow, elle regroupe tous les pays du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) et ambitionne de combler le retard d’investissement dans les infrastructures des pays émergents, estimé à près de 40 000 milliards de dollars. Et pour bien se démarquer des méthodes de la Belt and Road Initiative, le plan Build Back Better World insiste sur sa volonté de financer des infrastructures vertes, tout en respectant des standards importants aussi bien en termes de niveau d’endettement qu’en termes de durabilité.

Avec son plan Global Gateway, l’Union européenne décline en quelque sorte l’initiative du G7. Elle inscrit sa stratégie dans la continuité des Objectifs de développement durables et de l’Accord de Paris. "Nous soutiendrons les investissements intelligents dans des infrastructures de qualité, qui respectent les normes sociales et environnementales les plus élevées, conformément aux valeurs et aux normes de l’Union européenne", explique ainsi Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne.

Normes sociales et environnementales élevées

La mise en œuvre des projets financés sera réalisée à la fois par les agences de développement des États membres, et par les institutions financières européennes, comme la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et la Banque européenne d’investissement (BEI). Et l’Union européenne veut que le montage de ces projets se fasse en respectant des normes environnementales et sociales élevées.

Global Gateway liste ainsi six principes représentant les valeurs européennes que chaque projet devra suivre. Valeurs démocratiques, bonne gouvernance et transparence, partenariats égaux, sécurité ou encore respect de l’environnement sont au programme. Pour Jutta Urpilainen, la commissaire européenne en charge des partenariats internationaux, cette stratégie doit permettre de "construire un partenariat d’égal à égal" avec les pays cibles, et "non des relations de dépendance". Deux critiques régulièrement adressées à l’initiative chinoise.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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