Publié le 05 mai 2017

Présidentielle 2017

Présidentielle 2017 : Emmanuel Macron et Marine Le Pen proposent deux énergies différentes pour la France

Lors de la campagne 2012, la transition énergétique avait été au cœur des débats. Une alliance entre le PS et EELV avait même mis la question du nucléaire sur la table entraînant un débat très clivant entre les candidats. Pour le second tour de cette élection 2017, ces sujets ne sont pas la première préoccupation des deux finalistes. L’absence de cette thématique lors du débat d’entre deux tours, le mercredi 3 mai, a été cruellement remarquée. Pourtant, en matière d’énergie, un vrai choix est à faire. A savoir, continuer avec la loi de transition énergétique signée en 2015 ou tout remettre en cause.

Edf centrale nucelaire
Marine Le Pen veut maintenir le parc nucléaire, tandis qu'Emmanuel Macron veut réduire sa part à 50 % dans le mix électrique.
EDF

Nucléaire : continuer son développement ou en abaisser la part dans le mix

 

Les deux candidats veulent préserver l’outil nucléaire français, à l’inverse de certains candidats du premier tour, comme Benoît Hamon (PS) ou Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise), qui souhaitaient en sortir. Toutefois, la vision à long terme des deux candidats n’est pas la même. La représentante frontiste veut "maintenir, moderniser et sécuriser la filière nucléaire française". Elle prévoit aussi d’"engager le grand carénage (ndr : programme de prolongation de la durée de vie des réacteurs d’EDF)". Exit donc la loi sur la transition énergétique qui prévoit une baisse de la part du nucléaire dans le mix électrique de 75 à 50 % en 2025. La candidate s’oppose également à la fermeture de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), engagée pourtant in extremis sous le quinquennat de François Hollande.

De son côté, Emmanuel Macron n’affiche aucune hostilité au nucléaire, une filière qu’il a beaucoup soutenu comme ministre de l’Économie. Mais il confirme l’objectif de ramener la part de l’atome à 50 % en 2025. Cependant, il n’annonce pas de fermetures de réacteurs, ni ne s’engage sur la prolongation de leur durée de vie. Il assure pour cela vouloir attendre l’avis de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), "parce que nous savons aujourd’hui ne pas disposer de tous les éléments de connaissance nécessaires", explique-t-il dans son programme. Il réaffirme cependant la mise à l’arrêt de la centrale de Fessenheim en la conditionnant au démarrage du réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville, fin 2018 ou début 2019.

 
Energies renouvelables : patriotisme industriel ou plan d’investissement de 30 milliards d’euros

 

En matière d’énergies renouvelables, Marine Le Pen veut "Développer massivement les filières françaises des énergies renouvelables (solaire, biogaz, bois…) grâce à un protectionnisme intelligent, au patriotisme économique". L’idée est d’arrêter de s’approvisionner en équipements venus de l’étranger, en particulier de Chine. Le problème est qu’il n’existe plus, ou presque plus, de fabrication française en matière d’éolien et de solaire. Pour l’éolien offshore par exemple, les activités d’Alstom sont parties entre les mains de l’américain GE en 2014. Quant à celles d’Areva, elles appartiennent désormais à l’Espagnol Gamesa et à l’Allemand Siemens. Par ailleurs, la candidate frontiste souhaite "Décréter un moratoire immédiat sur l’éolien", une énergie qu’elle dénonce comme "une vraie pollution visuelle" et dont elle soupçonne d’avoir des effets sur la santé des riverains.

Emmanuel Macron vise également un déploiement massif des énergies renouvelables mais sans discrimination entre ces dernières. Le candidat d’En Marche avance des chiffres précis. "Nous financerons le développement des énergies renouvelables : d’ici à 2022, nous avons pour objectif de doubler la capacité en éolien et en solaire photovoltaïque (…) L’Etat devra encourager l’investissement privé pour mobiliser 30 milliards d’euros d’investissements", explique-t-il. Là encore, il s’aligne avec la loi de transition énergétique afin d’atteindre 32 % de renouvelables dans le mix électrique français en 2030.

 

Energies fossiles : réduire la consommation et renforcer la taxe carbone

 

La question des énergies fossiles est plus consensuelle entre les deux candidats à l’Elysée. Marine Le Pen veut "Réduire la consommation d'énergies fossiles (en organisant) une transition énergétique à la française", explique-t-elle. De même, Emmanuel Macron veut "Sortir la France des énergies fossiles", c’est même le premier point de la partie environnementale de son programme. Là encore, le candidat d’En Marche donne plus de détails sur sa façon de faire. Il annonce la fermeture "des centrales à charbon restantes en 5 ans". Et il veut s’appuyer sur un outil puissant qu’est la taxe carbone : "Nous intégrerons le coût écologique dans le prix du carbone, en faisant monter en puissance la taxe carbone pour atteindre 100 euros par tonne de CO2 en 2030".

Les deux candidats s’accordent sur un point : le gaz de schiste. Marine Le Pen veut "Interdire l’exploitation du gaz de schiste, tant que des conditions satisfaisantes en matière d’environnement, de sécurité et de santé ne seront pas réunies". Emmanuel Macron va même plus loin en assurant qu’"En cohérence avec l’Accord de Paris, nous interdirons l’exploration des gaz de schiste et ne délivrerons aucun nouveau permis d’exploration d’hydrocarbures".

 

Mobilité : créer une puissante filière hydrogène ou lutter contre le diesel

 

En matière de mobilité, Emmanuel Macron s’aligne clairement sur le travail de l’ex-ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, devenue l’un de ses fervents soutiens. Ainsi, il axe sa politique avant tout sur la lutte contre le diesel (quand bien même il a défendu cette filière lors de son passage à Bercy) et le déploiement des véhicules électriques. Ainsi, il veut aligner la fiscalité du diesel sur l’essence, déployer 7 millions de bornes électriques et maintenir le bonus pour l’achat de véhicules électriques.

Marine Le Pen a, sur ce sujet, une vision très disruptive puisqu’elle appelle à "Soutenir une filière française de l’hydrogène (énergie propre), par un appui de l’État en matière de recherche et développement, afin de réduire notre dépendance au pétrole".

Ludovic Dupin
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