RSE : "Les choses sont en train de changer dans le monde arabe"

C'est une femme qui a créé et qui anime " Arabia CSR Network " depuis 2004. Basé à Dubaï, ce réseau a pour ambition de fédérer les initiatives de promotion du développement durable dans le monde arabe. Habiba Al Marashi nous en dresse le portrait. 

 

 

Pourquoi avez-vous fondé le réseau Arabia CSR ?

J'ai créé l'ONG environnementale Emirates Environmental Group à Dubaï pour agir en faveur de la protection de l'environnement et du traitement des déchets à travers l'éducation. Cet engagement sur le développement durable m'a conduit à lancer ce réseau en 2004. C'est une plate-forme d'échanges entre parties prenantes qui associe petites et grandes entreprises mais aussi les institutions gouvernementales qui toutes s'efforcent de respecter les dix principes du Global Compact. "Bâtir des partenariats pour un avenir durable ", notre slogan, résume notre ambition. Nous croyons vraiment que les entreprises qui ont des stratégies RSE honnêtes et passionnées peuvent transformer la société pour qu'elle soit plus respectueuse de l'environnement.

 

A quels pays étendez-vous votre action ?

Le réseau s'efforce d'encourager les organisations au Proche et au Moyen-Orient mais aussi en Afrique du Nord à aller au-delà d'une simple approche de principes pour intégrer en profondeur les dimensions sociales et environnementales dans leurs stratégies et leurs modes de production. Arabia CSR Network veut porter la voix du monde arabe dans le concert international de la RSE où on l'entend très peu. A ce titre, j'ai participé en novembre dernier au World Forum de Lille où j'y ai présenté, pour la première fois, notre organisation.

 

Quels sont vos principaux modes d'action ?

En partant des Emirats Arabes Unis où nous sommes installés, le réseau souhaite conduire  le monde arabe vers l'excellence en termes de RSE. Nous nous appuyons pour cela sur des actions de promotion et de formation. Nous organisons par exemple pour la cinquième fois en avril les Arabia CSR Awards. Ces trophées sont devenus l'évènement le plus prestigieux du monde arabe sur la RSE. Ils contribuent à mettre en avant des leaders mais ont un impact plus large. En 2013, nous avons enregistré près de 400 candidatures de 13 pays différents. Nous réalisons pour chacune des entreprises candidates de véritables audits de leurs démarches RSE et les lauréats gagnent des sessions de formation. Cette opération nous permet de disposer d'une véritable base de données des bonnes pratiques RSE déployées par plusieurs centaines d'entreprises dans le monde arabe. Nous les diffusons par divers canaux pour encourager d'autres entreprises à faire de même.

Par ailleurs, nous publions des études de cas et organisons des sessions de formation sur les lignes directrices de reporting de la GRI (Global Reporting Initiative, ndlr).Tout cela nous permet de proposer une offre de certification des rapports annuels de développement durable par un tiers expert.

Quelle vision de la RSE semble partager par le monde arabe ?

Si le terme RSE est utilisé dans tous les pays, l'accent peut être mis sur des dimensions différentes d'un pays à l'autre. Dans certains cas le développement durable fait partie de la conduite des affaires, dans d'autres c'est plutôt des raisons d'ordre moral et éthique. On peut trouver des racines à la RSE dans la tradition philanthropique de l'islam mais il est clair que la piètre gouvernance de certains pays arabes oblige les entreprises à diminuer les tensions sociales pour créer un environnement plus stable pour l'économie. Les choses sont en train de changer et il y a un basculement vers de nouvelles régulations sur le travail et l'environnement qui ont pour objectif d'aligner les pays arabes sur les standards internationaux dans ce domaine.

 

Existe-t-il dans le monde arabe des pays leaders ?


A l'heure actuelle, les pays arabes qui inscrivent la RSE dans la tradition philanthropique sont les plus nombreux mais ils sont tous différents. Certains sont plus ouverts que d'autres. Les Emirats arabes unis, la Jordanie et progressivement Oman sont considérés comme ceux qui agissent le plus pour mettre leurs entreprises en conformité avec la RSE. D'autres comme le Koweit ou Barein se concentrent sur les besoins sociaux et la philanthropie. Mais il y a des changements incroyables en cours dans le monde arabe. Nous avons la chance que nos organisations puissent à la fois s'inspirer des meilleures pratiques mais aussi des échecs du monde développé pour ne pas réinventer la roue mais adapter la RSE à nos spécificités environnementales, sociales et culturelles. Ceci dit si nous avons déjà de véritables leaders arabes de la RSE même si la grande majorité voit toujours cela plutôt comme un outil marketing qu'une voie vers le développement durable.

 

Selon vous, quels sont les principales incitations au développement de la RSE dans le monde arabe ?

Certainement le besoin d'améliorer la gouvernance et la stabilité de la région pour faciliter le développement économique.  Il y a aussi la nécessité de pouvoir affronter la concurrence mondiale en étant au niveau des standards internationaux de pratiques et de reporting. Enfin notre développement même suppose que nous puissions nous adapter aux demandes des clients des pays développés.

 

Propos recueillis par Anne-Catherine Husson Traore

Article initialement dans Repères RSE N°101 - avril/mai/juin 2013

Bio express

Habiba Al Marashi est la cofondatrice et la présidente de l'Emirates Environmental group, une association multipartite dédiée à la protection de l'environnement à travers des programmes d'éducation créée en 1993. Cette association est soutenue par des organismes des Nations Unies comme le PNUE (programme pour l'environnement) et fait partie de l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). En 2004, Habiba Al Marashi fonde l'Arabia CSR Network, le premier réseau RSE des Emirats arabes unis. Elle est aussi fondatrice de la branche Emirats du Green Business council (GBC) et est également membre du board du Pacte Mondial de l'ONU depuis 2006. Par ailleurs, elle a été élue représentante des organisations de la société civile pour le conseil parties prenantes de la GRI. Elle a reçu plusieurs prix pour sa contribution et ses réalisations dans le travail environnemental et social.

Page réalisée en mai 2017

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