Au Brésil, les entreprises intègrent progressivement la RSE

Depuis sa création en 1998, l’Institut Ethos a poussé entreprises et gouvernement à aller de l’avant, en promouvant volontariat et politiques publiques contraignantes. Aujourd’hui, la RSE est donc "bien intégrée" au Brésil, assure Jorge Abrahão, directeur-président de l’institut depuis trois ans.

 

 

Quand la RSE est-elle apparue au Brésil ?

C’est l’institut Ethos qui a lancé le mouvement. Quand nous nous sommes créés en 1998 avec onze entreprises brésiliennes, c’était une nouveauté, il n’y avait rien d’existant pour stimuler les entreprises à aller dans cette voie. Nous avons maintenant près de 700 adhérents, brésiliens et multinationaux, et avons déjà mobilisé 7 000 entreprises au Brésil.


Pourtant le Brésil avait accueilli le Sommet de la Terre de Rio, en 1992. Comment se fait-il qu’il ait fallu encore 6 ans pour lancer le mouvement ?

Le pays ne s’est ouvert politiquement qu’à partir de 1984-1985. Avant, les entreprises ne pensaient pas à leur rôle social dans la société. Et le contexte brésilien n’était pas favorable à l’émergence de ce genre de sujet.

 

Aujourd’hui, la RSE est-elle bien intégrée dans le pays ?

Elle l’est désormais. Vous avez bien sûr des différences entre les entreprises. Mais toutes les lois récentes que le Brésil a adoptées montrent que la question progresse. Une loi anti-corruption a vu le jour début janvier, une autre contre l’esclavage moderne a été votée…

Une résolution de 2012 votée par la Banque centrale du Brésil demande notamment aux institutions financières brésiliennes de prendre en compte plusieurs critères environnementaux dans leur analyse de concession de crédit. Entrent en ligne de compte : la qualité de la gestion socio-environnementale du client, la qualité des garanties laissées par le client pour obtenir le crédit (bien immobilier en terrain pollué ou non par exemple) ou encore politique de réduction du risque environnemental. Ethos a beaucoup poussé en ce sens. 

 

Le Brésil fait tout de même face à de nombreux problèmes environnementaux et sociaux où les entreprises sont en première ligne…

Trop d’entreprises en effet ont encore beaucoup de problèmes par rapport à cette question, et se limitent à suivre la loi. Nous essayons de faire en sorte qu’elles aillent au-delà. Mais peu d’entreprises nous sollicitent à cause de l’impact et du rôle qu’elles ont sur un territoire.

 

La corruption reste un problème très fort au Brésil. Qu'est-il fait pour lutter contre ce fléau ?
 
300 entreprises sont réunies au sein d’un "pacte d’entreprises pour l’intégrité et contre la corruption". Ce groupe de travail a fortement contribué à une loi contre la corruption dans les entreprises. Ce type de loi n’existait pas jusqu’ici au Brésil. Elle est entrée en vigueur le 29 janvier dernier. Elle punit d’un montant d’amende représentant jusqu’à 20% du chiffre d’affaires une entreprise soupçonnée de corruption, mais réduit le montant de l’amende si les entreprises s’impliquaient avant la condamnation en menant une politique de lutte contre la corruption. Cela stimule les entreprises en faveur de la transparence.

Nous avons conscience que le changement individuel des entreprises n’est pas à la hauteur des attentes de la société. Des centaines d’entreprises nous ont contacté pour savoir comment respecter ce dispositif, car elles ne s’y étaient jamais intéressées de manière volontaire.

(NB: cette interview a été réalisée avant le scandale sur la corruption impliquant Pétrobras, des entreprises du BTP et des personnalités politiques de premier plan)


Disposez-vous d’un appui politique suffisant ?

Nous avons un bon dialogue avec le gouvernement. Mais ses actions ne sont pas à la hauteur des besoins de la société en la matière. Il continue de ne réaliser ses actions que dans l’objectif de faire croître le PIB. Or, le Brésil est l’un des seuls pays au monde qui aurait l’opportunité d’être vraiment durable, que ce soit par rapport à son bouquet énergétique (notamment grâce à la biomasse qui compte pour 27% du mix énergétique ou à l’hydroélectricité qui compte pour 14% en 2012, ndlr) ou à ses ressources naturelles (forêt, biodiversité, eau, etc., ndlr).

 

Propos recueillis par Victor Roux-Goeken, à Rio de Janeiro

Article initialement paru dans Repères RSE N°106 juillet/août/septembre 2014

L'impact de l'Institut Ethos

Créé en 1998, Ethos compte aujourd’hui cinq partenaires principaux : l’entreprise américaine d’aluminium Alcoa, le groupe pauliste de production et distribution d’électricité CPFL Energia (Companhia paulista de força e luz), le leader brésilien des cosmétiques Natura, l’entreprise minière Vale, ainsi que Walmart Brésil. Les 675 entreprises adhérentes génèrent 35% du PIB brésilien et emploient deux millions de personnes. 39,56% des adhérentes sont de grandes entreprises. Ethos entend stimuler l’action directe des entreprises mais aussi les politiques publiques.

Pour cela, l’institut formule des pactes et des engagements, en matière de droits humains, déchets, biodiversité, urbanisme et auxquels peuvent adhérer les organisations qui le souhaitent... Par exemple, avant la conférence de Copenhague de décembre 2009, Ethos avait créé un forum climat et favoriser l’adhésion  des entreprises à un pacte pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. A l’époque, le Brésil n’avait pas la moindre politique climatique. Les entreprises ont donc invité le gouvernement à adopter une politique avant la conférence, ce qu’il a fait. C’est ainsi que le Brésil s’est fixé un objectif de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 36 à 38% d’ici 2020 et qu’il a mis au point une politique nationale sur le climat .

Page réalisée en mai 2017

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