Publié le 24 mai 2018

ENTREPRISES RESPONSABLES

Loi Alimentation : "Nous sommes arrivés au bout d’un système", Arnaud de Belloy, PDG de Herta

Herta, filiale du groupe Nestlé, est une des marques préférées des Français. Elle est présente dans 8 réfrigérateurs sur 10. Aussi, ses enjeux en termes de responsabilité sont forts : sécurité alimentaire, répartition de la valeur, détournement des consommateurs de la viande… À l’heure de l’examen de la loi sur l’Alimentation, entretien avec son PDG, Arnaud de Belloy.

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Herta est la marque la plus présente dans les réfrigérateurs des Français
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Novethic : La loi sur l’alimentation est actuellement en discussion au Parlement. Qu’en attendez-vous ?

Arnaud de Belloy : Pas grand-chose. J’ai un vrai doute sur les changements que cette loi peut apporter dans la pratique. Nous sommes arrivés au bout d’un système mis en place par la loi Galland (Loi sur la loyauté et l'équilibre des relations commerciales, votée 1996, ndr). Le marché français est actuellement tenu en écrasante majorité par quatre centrales d’achat seulement avec le renforcement très fort de l’une d’entre elles. C’est la méthode dure qui est pratiquée, les rapports ne sont pas équilibrés.

Mais Herta a du poids quand même...

Oui. Nous résistons, mais le rapport de force n’est pas si simple. Nous avons pu subir des réductions de place dans les rayons de 25 %. C’est un coup dur pour nous, sans que le distributeur, lui, ne souffre…

Herta est la marque alimentaire la plus choisie par les Français, quelle responsabilité cela vous donne-t-il ?

Notre responsabilité est effectivement très forte, car notre marque est présente dans 8 réfrigérateurs sur 10. Notre qualité doit donc être irréprochable. En tant que leaders, nos mesures sont également très regardées par les autres acteurs du marché. Nous avons travaillé très tôt sur la question des emballages et nous avons été pionniers sur les questions de nutrition en nous engeant dans le PNNS (Plan National santé nutrition, NDLR), en abaissant la teneur en sel de nos produits… Et nous avons été suivis, notamment par les marques distributeurs. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas.

L’alimentation est devenue un sujet de préoccupation très fort pour les consommateurs. Vous êtes donc aussi très regardés, et parfois décriés par les ONG …

Oui, certains nous considèrent même comme des empoisonneurs ! Cette perception repose sur 80 % d’assertions fausses. Mais qu’importe, nous devons tenir compte de cette perception et y répondre. D’autant plus qu’elles sont fortement et rapidement véhiculées par le biais des réseaux sociaux. Il y a un certain business de la peur…

Vous avez été pointé du doigt par l’émission Cash Investigation sur la question enjambons industriels aux nitrites…

Nous avons été pris pour cible, avec d’autres marques, par cette émission. Ce sont les industriels qui ont été visés. Or, il faut bien comprendre que nous utilisons cette technique pour éviter le botulisme. Une dizaine de cas ont été recensés encore dans les deux dernières années par l’Institut Pasteur, essentiellement dû à des produits artisanaux. Cela ne nous empêche cependant pas de travailler à des alternatives et nous n’avions pas attendu le Cash Investigation pour le faire. Quand l’émission a été diffusée, cela faisait déjà cinq ans que nous travaillions sur le lancement d’une gamme sans nitrite.

Comme vos concurrents, vous proposez également de plus en plus de gammes végétales. Y voyez-vous un relai de croissance pour l’avenir ?  

Oui, le marché est là et nous le faisons croître : nous voit une explosion des pratiques flexitariennes, c’est-à-dire des personnes qui réduisent leur consommation de viande. C’est à eux que nous nous adressons, plus qu’aux végétariens qui consomment rarement dans les supermarchés classiques. Les barrières que nous pouvions observer il y a quelques années tombent petit à petit. Et en neuf mois de présence sur le marché, nous sommes déjà devenus leaders du "traiteur végétal" avec 27 % de parts de marché.

En revanche, vous mettez peu en avant vos gammes bio. Pourquoi ?

Nous sommes sur le bio, mais nous communiquons peu. Parmi les freins, il y a le manque d’une filière porcine française bio et aussi le prix, qui peut doubler. Or, nos clients cherchent des produits de qualité, mais qui restent accessibles. Nous misons donc plutôt sur notre filière porcine "préférence" que nous avons créée en 2013. Celle-ci nous permet de nouer des relations privilégiées avec les éleveurs. Ceux-ci s’engagent notamment sur l'approvisionnement en céréales françaises et locales, sur le bien-être animal et l'amélioration de leurs pratiques environnementales.

Propos recueillis par Béatrice Héraud @beatriceheraud


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