Publié le 15 juillet 2021

INFOGRAPHIES & VIDÉOS

[La vidéo des solutions] Sur l’île Saint-Denis, une ancienne friche industrielle polluée devient une ferme florale d'ampleur

Dépolluer les sols, faire revenir la biodiversité, créer des emplois porteurs de sens... L'association Fleurs d'Halage s'est lancé le défi de transformer une ancienne friche industrielle de 3,6 hectares polluée aux métaux lourds en ferme florale. Malgré les obstacles, l'association va produire 100 000 fleurs cette année et devenir ainsi le plus grand producteur horticole du Grand Paris. Un succès qui fait des émules. 

Fleurs d halage Florine Morestin
L'association veut "réhabiliter les humains en réhabilitant les friches" en employant des personnes en insertion.
Florine Morestin

Des coquelicots sauvages, une serre géante, des chemins boisés et quelques jardiniers arrosant leur semis sous un soleil de plomb. Difficile d’imaginer que ce cadre champêtre est situé sur l'île Saint-Denis, à deux pas d’Épinay sur Seine et des barres d’immeubles. C’est pourtant ici que l’association Fleurs d’Halage a décidé de se lancer dans un projet écologique et social : transformer une ancienne friche industrielle en ferme florale. Et le défi n’est pas facile. Car l’île Saint-Denis possède un lourd héritage environnemental. 

"On a exporté pendant des décennies les terres polluées de la capitale ici. À cela s’est ajoutée une forte activité industrielle qui a largué du goudron, du béton… Le résultat c’est que par exemple, dans cette friche industrielle où des matériaux de voirie ont été entreposés, le sol est pollué aux métaux lourds", explique Stéphane Berdoulet, directeur de l’association. "On avait le choix entre deux solutions : exporter à notre tour des terres polluées vers l’extérieur, déportant ainsi le problème vers un autre territoire marginalisé ou chercher des solutions alternatives qui redonnent leur place à la nature et à sa capacité de résilience", ajoute le directeur.

Des fleurs locales, de saison, sans pesticide

C’est à ce moment-là que l’idée de créer une filière horticole locale est née. Impossible, avec le niveau de pollution, de se lancer dans la production de produits alimentaires. L'option d'une culture ornementale est venue naturellement. D’autant qu’elle répond à une vraie problématique : aujourd’hui 85 % des fleurs vendues en France ont été importées, venant du Kenya ou des Pays-Bas particulièrement. es dernières sont produites dans des conditions environnementales très discutables. On trouve en moyenne dans un bouque entre 4 et 25 pesticides, dont certains sont interdits en France. 

Fleurs d’Halage, qui est devenu le plus grand producteur du Grand Paris avec l’objectif de vendre 100 000 fleurs d’ici la fin de l’année 2021, s’est lancée dans la culture de fleurs locales, de saison et non pesticidées. Dans la serre de 1200m2, c’est un régal pour les amoureux des plantes. Du haut de leurs tiges, les tournesols lèvent leurs têtes. À l'extérieur, Hanane, salarié en insertion, arrose patiemment les semis plantés plus tôt afin qu’ils résistent à la chaleur. Le thermomètre affiche déjà 30°C en cette matinée de juin.

250 000 fleurs en 2022

L’association qui veut "réhabiliter les humains en réhabilitant les friches" s’appuie sur des salariés éloignés de l’emploi dans un territoire à fort taux de pauvreté urbaine. Hanane est arrivé il y a sept mois dans l’association. "J’aime beaucoup ce métier et j’aimerais travailler le sol pour le reste de ma vie. C’est la nature : si on travaille bien on aura de beaux fruits", explique le jardinier qui a exercé le métier de cuisinier pour les hôpitaux de Paris pendant une dizaine d’années. "J’avais déjà appris à faire des semis dans mon pays, en Afghanistan, mais ici on apprend tout de A à Z, même la vente. Et j’ai également réalisé des bouquets", explique-t-il.

Les fleurs cultivés par l’association sont revendus chez des fleuristes partenaires comme le Ritz ou le château de Versailles mais aussi à des AMAP locales. L’ambition est de produire 200 000 à 250 000 fleurs d’ici 2022. La prochaine étape sera d’ouvrir de nouveaux espaces similaires en Île-de-France pour implanter un nouveau site de production. "Cela va nous permettre d’augmenter le volume mais aussi de passer des accords avec la filière cosmétique, avec qui on est en discussion, pour produire des principes actifs pour la cosmétique bio", raconte Stéphane Berdoulet. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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