Publié le 17 janvier 2014

SOCIAL

Scandale de la viande de cheval: un an après, la transparence fait encore défaut

Il y a un an éclatait le scandale de la viande de cheval dans les plats cuisinés. Une fois de plus, le système déficient de la chaîne de la sous-traitance a mis à mal plusieurs noms de la grande distribution. Pourtant, depuis la révélation de ce scandale et les déclarations de bonnes intentions, rien n'a changé à l'exception de quelques avancées volontaires d'industriels. Alors que le scandale s'était étendu à toute l'Europe, même l'Union hésite à imposer la transparence sur l'étiquette.

142049_GF.jpg

© Interbev

L'exemple de Findus

Face à l'hésitation européenne, certaines marques ont choisi d'avancer sur la voie de la traçabilité. C'est le cas de Findus, qui était en première ligne du scandale de la viande de cheval puisque c'est elle qui a découvert le pot aux roses lors d'un test ADN. Depuis cette date, l'entreprise s'est attelée à revoir toute sa politique d'approvisionnement afin qu'un tel épisode ne se reproduise pas. Pour cela, Findus s'est tourné vers le label VBF (Viande bovine française), désormais apposé sur tous ses emballages. « Nous avons voulu contrôler toute la chaîne de la viande de bœuf. Nous avons visité plusieurs abattoirs et en avons sélectionné un. Et nous avons imposé à notre partenaire industriel Celtigel de procéder à des tests ADN sur la totalité de nos lots », explique Caroline Nobilé, directrice marketing de Findus. Dans un souci de transparence, la marque propose également à ses consommateurs de vérifier, sur un site web dédié, que les produits qu'ils ont achetés ont été testés : en saisissant le numéro de lot et le code-barres présents sur l'emballage, le client accède au certificat associé. « C'est le rôle de la marque de prendre ses responsabilités, ajoute Caroline Nobilé. Mais attention à ne pas tomber dans la psychose : si l'on devait spécifier l'origine de tous les ingrédients d'un produit, il faudrait un dictionnaire attaché à chaque paquet. »

En janvier 2013, les consommateurs français apprenaient avec stupeur que la viande de bœuf qu'ils pensaient consommer dans certains plats préparés était en fait de la viande de cheval. Douze mois après cette affaire qui a secoué l'industrie alimentaire, qu'en est-il des progrès réalisés pour prévenir les risques d'une récidive ?

Sur le plan juridique, d'abord. Dans sa Loi sur la consommation, adoptée en seconde lecture par l'Assemblée nationale le 16 décembre 2013, le gouvernement aborde la question de l'indication du pays d'origine pour toutes les viandes. Le texte précise en effet : « L'indication du pays d'origine est obligatoire pour toutes les viandes, et tous les produits à base de viande ou contenant de la viande, à l'état brut ou transformé ». Sur le principe, la traçabilité et la transparence sont donc garanties. Sauf que, dans les faits, cette mesure ne peut être appliquée que si « la Commission européenne a déclaré compatible avec le droit de l'Union européenne l'obligation prévue par le présent article ». Et là, l'affaire en loin d'être gagnée.

Une mesure jugée trop coûteuse par Bruxelles

Au niveau Européen, le sujet ne fait pas l'unanimité. La France, qui milite en faveur d'une réglementation qui contraigne les industriels à la transparence sur l'étiquette, est isolée. En face, la Commission européenne brandit la menace de l'inflation pour expliquer son scepticisme. Dans un rapport publié le 17 décembre 2013, elle s'est penchée sur l'indication obligatoire du pays d'origine ou du lieu de provenance pour la viande utilisée comme ingrédient. Elle met en garde contre les conséquences économiques : pour elle, l'indication obligatoire de l'origine mentionnant l'Etat membre ou le pays tiers « se traduirait probablement par des coûts supplémentaires pour les exploitants du secteur alimentaire, qui induiraient des augmentations de prix en fonction de la nature des ingrédients carnés concernés et des produits finaux, lesquelles pourraient avoir des répercussions sur la consommation. Dans ce scénario, les coûts d'exploitation supplémentaires des exploitants du secteur alimentaire pourraient se situer dans une fourchette allant de 15 % ou 20 % à 50 %. »

Mais pour l'UFC Que Choisir, ces estimations sont très largement surévaluées. L'association s'est intéressée au sujet à travers une étude publiée en décembre 2013. Sur la question de la hausse des prix, elle indique : « Entre décembre 2012 et décembre 2013, les produits portant l'origine de la viande de bœuf ont augmenté en moyenne de 0,68 % alors que la hausse des prix des autres rayons s'est élevée à 0,01 % ». « L'impact sur le prix de l'étiquetage est donc minime », conclut le rapport. Même constat chez Dominique Langlois, président de l'association interprofessionnelle du bétail et des viandes, Interbev : « Nous ne comprenons pas la position de la Commission européenne. L'indication du pays d'origine n'augmente que le prix que de la viande contenue dans le produit, c'est-à-dire un faible pourcentage des plats préparés. La hausse ne serait que de quelques centimes.... »

Peu d'avancées sur les étiquettes

En marge des tergiversations de Bruxelles sur ces questions, certaines entreprises ont tiré les leçons du scandale et ont engagé une démarche volontaire. Dans son étude, l'UFC-Que Choisir cite par exemple les enseignes Picard et Auchan comme celles qui indiquent le plus l'origine de la viande dans leurs produits, ou encore Panzani, Marie, Fleury Michon ou Findus (voir encadré) pour les marques nationales. En revanche, l'association montre du doigt Charal, Maggi, Zapetti, Barilla ou William Saurin qui n'indiquent aucune information de la sorte sur leurs packagings. Malgré ces quelques initiatives volontaires, Interbev réaffirme la nécessité d'étendre l'obligation de transparence à l'ensemble des produits transformés à base de bœuf. Et entend tout faire pour rallier Bruxelles à sa cause. « Nous sommes persuadés que le bon sens va l'emporter et, pour cela, nous comptons beaucoup sur les parlementaires qui relaient le message. Aujourd'hui, il n'existe aucune raison technique ni financière de s'opposer à la démarche », souligne Dominique Langlois. Qui tient à préciser : « Il ne s'agit pas de protectionnisme, il s'agit de donner le choix aux consommateurs ».

Céline Oziel
© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

SOCIAL

Sous-traitance

La chaîne de sous-traitance s’est considérablement étendue et complexifiée. Les conditions de travail dans les usines du monde en contradiction avec les codes de bonne conduite affichés par les grandes marques de distribution donneuses d’ordre, sont dénoncées par les ONG.

Relocalisation sante sanofi macron Laurent Cipriani POOL AFP

Automatisation, repli, coût... l'appel à la relocalisation confronté à d'importantes limites

Le Covid-19 a mis un coup de projecteur sur les défaillances des chaînes d'approvisionnement mondialisées dans des secteurs essentiels comme la santé. Emmanuel Macron a appelé à "rebâtir une souveraineté stratégique" en relocalisant certaines activités. Mais cet appel se heurte à de multiples freins...

Cenre d appel Teleperformance Medellin Colombie capture d ecran Vimeo

Téléperformance entre au CAC40 mais reste controversé sur le devoir de vigilance

Ce 19 juin, Téléperformance va intégrer le cercle fermé du CAC40 à la place de Sodexo. Si l’arrivée du géant français des centres d’appel n’est pas une surprise. Cette entreprise relativement discrète va maintenant être scrutée de près. Alors qu'elle a été mise en demeure l’an dernier sur son devoir...

Coronavirus Venis Italie AndreaPattaro AFP

Le Coronavirus se répand au Moyen-Orient, en Asie du sud-est et en Europe

Malgré les mesures de confinement prises en Chine suite à l’épidémie de Coronavirus, les malades se multiplient à travers le monde. Désormais, on trouve des sources significatives de contagion au Moyen-Orient, dans le sud est asiatique et en Europe. Sur ce dernier continent, c'est l'Italie qui est...

Container port marchandise Chine Shangai iStock pat138241

Impact économique du Coronavirus : Bercy annonce des mesures pour aider les entreprises

À ce stade de l’épidémie, le Coronavirus pourrait coûter 0,1 point de croissance à l’économie française en 2020, estime Bercy. Pour aider les secteurs en premières lignes (automobile, luxe, tourisme, vin), le ministère de l’Economie a annoncé plusieurs mesures, ce 21 février, sur les charges...