Publié le 11 avril 2014

SOCIAL

Agriculture durable : quand des multinationales et de petits producteurs s'associent

Unilever vient de signer un accord avec le Fonds international pour le développement agricole (Fida). Un partenariat public-privé qui peut paraître surprenant mais qui est présenté comme gagnant-gagnant, et pour le business et pour le développement. Explication.

multinationales et petits producteurs s associent pour assurer leur avenir
Champ de thé d'Unilever
© Oxfam

Le mariage peut paraître incongru. Il y a un mois, le quatrième acteur mondial sur le marché de l'agroalimentaire, Unilever, et le Fonds international pour le développement agricole (Fida) ont signé un accord de partenariat. Contre nature ? Pas tant que cela. Selon plusieurs associations ou institutions de développement comme le Fida, la FAO ou encore Oxfam, l’amélioration du sort des petits paysans doit passer par leur accès au marché. La contractualisation directe entre paysans et industries agroalimentaires est un des moyens le plus sûr d'y parvenir. C'est pourquoi le Fida entend aujourd'hui aider Unilever à s'approvisionner directement auprès des petits producteurs.

Le Fida et Unilever affirment être « guidés » par le même objectif « d'améliorer les conditions de vie des petits exploitants à travers le monde ». Le partenariat sera-t-il gagnant-gagnant ?

La contractualisation avec les petits producteurs permet généralement à l'industriel d'avoir accès à la terre et à la main d'œuvre, dans des pays où les droits fonciers ne sont pas toujours favorables aux entreprises étrangères. Un argument de poids auprès des multinationales dans une période ou l'accaparement des terres est presque systématiquement dénoncé, tant par les organisations non gouvernementales que par les médias. « favoriser les producteurs locaux est une carte politique importante pour éviter les oppositions locales », souligne Jean-Philippe Colin, spécialiste de l’agriculture contractuelle et directeur de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD). L'image d'acteur responsable en Asie ou en Afrique est cruciale pour Unilever qui affiche dans ces régions des croissances de ventes de 2 à 5 fois plus élevées qu'en Europe ou en Amérique. Autre enjeu, diminuer les coûts en réduisant le nombre d’intermédiaires entre la multinationales et les petits producteurs.

Un rapport de force qui reste inégal

Pour Unilever, cet accord sur cinq ans s’inscrit dans le prolongement logique d’une stratégie mise en place en 2010 et baptisée « Plan pour un mode de vie durable ». Paul Polman, son directeur général, clame haut et fort qu'intégrer les petits producteurs dans la chaîne d'approvisionnement permettra au groupe de garantir des matières premières agricoles issues de l'agriculture durable d'ici 2020. Pour cela, la multinationale anglo-néerlandaise encadre les pratiques des paysans pour qu'ils répondent à son cahier des charges. A la clé : formation, crédit pour l'achat d'intrants (produits nécessaires aux fonctionnements d’une exploitation agricole) mais aussi choix imposé des variétés pour les petits producteurs. (voir Le « sourcing responsable » des tomates d'Unilever). Depuis 2010, ce sont 450 000 agriculteurs qui ont été formés à des pratiques de développement durable.

Quant aux paysans, « si la contractualisation garantit des débouchés aux producteurs, elle n'améliore pas nécessairement leur revenu », estime Jean-Pierre Colin. Le rapport de force n'est pas favorable aux paysans, mais le Fida doit jouer un rôle en appuyant l'organisation des producteurs. « Il ne faut pas se leurrer », estime cependant Christian Castellanet, agronome et docteur en écologie au GRET, une organisation non gouvernementale qui lutte contre les inégalités et la pauvreté: « seul les producteurs les plus performants pourront répondre au cahier des charges de l'industriel ».

Magali Reinert
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