Publié le 16 mai 2013

SOCIAL

Mobilisation sur les chaines de sous-traitance après le drame du Bangladesh

Cas d'école tragique, l'effondrement du Rana Plaza au Bangladesh symbolise à lui seul la question de la responsabilité des donneurs d'ordre sur leur chaine de sous-traitance. Etats, ONG, investisseurs engagés se mobilisent tandis que 31 grandes marques ont signé un accord sur la sécurité dans les usines.

139754_GF.jpg

« Des ouvrières ont été tuées à cause de nos modes de consommation ». Ce raccourci entendu dans un débat décrit l'onde de choc qu'entraine la mort de plus de 1000 personnes dans l'effondrement du Rana Plaza au Bengladesh, où travaillaient des fournisseurs de grandes marques textiles occidentales. Ce drame met en lumière l'indécence des conditions de travail dans les usines du monde. Il y a une vingtaine d'années le mouvement américain de dénonciation des « sweatshops » avait entrainé la mise en place de codes de conduite et d'audits sociaux par les grands groupes textiles désireux d'éviter d'être associés à ce type de drame. Ils voulaient ainsi prévenir les risques d'atteinte à leur réputation et donc de désaffection des consommateurs. Les circonstances aggravantes qui entourent l'effondrement de « l'immeuble usine » au Bengladesh en font probablement la catastrophe de trop. En montrant les limites des démarches déployées volontairement par les entreprises dans le cadre des normes internationales comme les Principes directeurs de l'OCDE, elle oblige les acteurs à repenser leurs stratégies pour parvenir à faire réellement la promotion de modèles économiques plus responsables .

31 marques se sont engagées

Iftekhar Zaman, le président exécutif de Transparency International Bangladesh, vient de lancer un appel : «Ce drame ne doit pas éloigner les entreprises et les investisseurs du Bengladesh mais au contraire les conduire à mettre en place des pratiques responsables et intègres. Les entreprises occidentales ne sont pas démunies face à leurs partenaires locaux. Elles peuvent imposer dans leurs contrats un strict respect des standards internationaux de sécurité et de droit du travail. Cette tragédie montre que le prix à payer pour avoir facilité des conditions de travail déplorables peut être très élevé. Les donneurs d'ordre et les Etats occidentaux doivent accorder leurs discours sur les droits des travailleurs à leurs pratiques ! »
La force de la pression née de ce scandale planétaire pousse les grandes entreprises textiles à signer l'accord sur les conditions de sécurité dans les bâtiments au Bangladesh porté par des syndicats et des ONG. Il prévoit des rapports sur la sécurité, des inspections indépendantes des moyens accordés à ces contrôles et à d'éventuelles réparations. Un ultimatum pour le signer avait été fixé au15 mai, plusieurs grandes marques ont obtempéré comme H&M, C&A, Inditex mais elles représenteraient finalement moins d'un quart des usines du pays.

« Il y a deux jours, c'est H&M ouvrait le bal en annonçant sa décision de signer, et nous sommes heureux d'annoncer qu'à minuit le 15 mai, elle avait été suivie par les principales marques internationales d'habillement: Inditex (Zara), C&A, PVH (Calvin Klein et Tommy Hilfiger), Tchibo, Tesco, Marks & Spencer, Primark, El Corte Inglés, Hess Natur, jbc, Mango, Carrefour, KiK, Helly Hansen, G-Star, Aldi, New Look, Next, Mothercare, Loblaws, Sainsbury's, Benetton, N Brown Group, Stockmann, WE Group, Esprit, Rewe, Lidl, Switcher et Abercrombie&Fitch », a annoncé le Collectif Ethique sur l'étiquette jeudi 16 mai.

Rôle des investisseurs responsables

La mobilisation concerne aussi le monde de l'investissement responsable. La chaine de sous-traitance est un des sujets important de la notation extra-financière. Elle expose les donneurs d'ordre à des risques de réputation, des risques opérationnels et des risques règlementaires. Certaines agences spécialisées ont diffusé des alertes sur le sujet auprès de leurs clients. C'est le cas de Sustainalytics qui a revu sa notation du secteur textile à l'aune du drame du Bangladesh. L'agence internationale rappelle que les investisseurs responsables ont un rôle clef à jouer pour faire changer les pratiques. Antonio Celeste , managing director du bureau parisien, précise : « Ils peuvent demander aux donneurs d'ordre de justifier les conditions d'exécution de leurs codes de conduite par leurs sous-traitants, leur demander aussi de publier la liste de ces fournisseurs et leur localisation géographique ainsi que des informations sur les conditions de travail locales. Bref, adopter une politique de tolérance zéro sur les politiques de dumping social semble utopique mais, en revanche, adopter les lignes directrices et verifier qu'elles sont mises en oeuvre est une vraie possibilité. »

Interpellés, les investisseurs responsables sont encore rares à avoir pris des positions publiques. Les sociétés de gestion concernées sont en train d'évaluer leur exposition à ces risques. Un investisseur institutionnel engagé comme l'ERAFP, fonds de pension de la fonction publique, est en alerte. « Nous sommes en train de réaliser un audit de nos portefeuilles pour voir où nous sommes actionnaires d'entreprises exposées. » explique Eric Loiselet, le président du comité de placement. «Nous vérifierons ensuite si elles ont signé ou non l'accord sur les conditions de sécurité proposé par les syndicats internationaux. Si elles ne l'ont pas fait, nous examinerons la décision à prendre. Nous pourrions du coup nous désengager. »
Cette stratégie devrait être relayée dans d'autres institutions financières puisque le Réseau des Administrateurs pour l'Investissement Responsable (RAIR) qui réunit des administrateurs d'institutions financières représentant le monde syndical va porter des démarches similaires.

L'électrochoc sera-t-il suffisant pour espérer qu'il n'y ait plus de Rana Plaza ? Il faudrait qu'aucun des acteurs ne baisse les bras une fois le soufflé médiatique dégonflé. Cela suppose que les opinions publiques restent mobilisées et que les consommateurs se détournent des marques qui ne prennent pas d'engagements forts.

A.C Husson-Traore
© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

SOCIAL

Sous-traitance

La chaîne de sous-traitance s’est considérablement étendue et complexifiée. Les conditions de travail dans les usines du monde en contradiction avec les codes de bonne conduite affichés par les grandes marques de distribution donneuses d’ordre, sont dénoncées par les ONG.

Factures paiement retard pixabay

Retards de paiement des entreprises : 17,2 millions d'euros d'amendes infligés en France en 2018

Quelque 263 entreprises ont été sanctionnées en 2018 pour un montant de 17,2 millions d'euros pour des retards de paiement de leurs fournisseurs et sous-traitants, a annoncé dans un communiqué la secrétaire d'Etat à l'Économie Agnès Pannier-Runacher.

Muscle plan de vigilance ismagilov

Entreprises, en 2019, musclez votre plan de vigilance !

En 2018, les grandes entreprises ont dû répondre à la loi sur le devoir de vigilance, que beaucoup d’entre elles avaient vivement combattu, en publiant leur plan d’action. En 2019, elles vont devoir mettre les bouchées doubles tant les premiers documents sont scrutés par les parties prenantes. ONG,...

Tesla risque financier fournisseurs

Tesla en crise : les fournisseurs s’inquiètent de ne pas être payés

Tesla ne sort pas la tête de l'eau. Alors que son action a chuté de 20 % en Bourse après un tweet du patron Elon Musk, les fournisseurs s'inquiètent. Selon une enquête du Wall Street journal, Tesla a demandé à plusieurs d'entre eux de baisser drastiquement leur prix et tarde à les payer. Travailler...

Provenance blockchain tracabilite

[Ces Startups qui changent le monde] Provenance met la blockchain au service de la traçabilité alimentaire

Elles sont jeunes et elles veulent changer le monde. Chaque jour, de nouvelles startup voient le jour en espérant améliorer notre façon de produire ou de consommer, en améliorant la traçabilité des matières premières utilisées, en misant sur l’éco-conception ou l’innovation sociale. Chaque semaine,...