Publié le 20 décembre 2013

SOCIAL

Dans le textile, Ekyog et Veja tracent toute la chaîne

Le drame du Rana Plaza a mis en lumière les lacunes en termes de maîtrise des chaînes de production du secteur textile. Mais fast-fashion et low-cost ne sont pas les seules voies possibles pour percer dans la mode. C'est ce que montre l'exemple de deux marques françaises, Ekyog et Veja, qui parient depuis leur création sur une traçabilité et une transparence totales.

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© Ekyog

Portées par les engagements éthiques et environnementaux de leurs fondateurs réciproques, deux marques de vêtement françaises : Veja et Ekyog, ont fait des notions de transparence et de traçabilité, leurs maîtres mots en matière de développement. Une voie suffisamment rare pour être soulignée.

Une chaîne de production courte et efficace

Pour ce faire, pas de secret : les deux marques ont dû prendre le temps, en amont de leur projet, de construire une chaîne de production courte et efficace, de manière à pouvoir la contrôle plus facilement. « Pour avoir ce type d'engagement, il faut être capable de maîtriser toute la chaîne. Chez Ekyog, nous savons précisément qui a fait quoi, depuis la production de la matière première jusqu'au produit fini. Mais pour cela, il faut des partenaires sur l'ensemble de la filière », explique Sabrina Cherubini, responsable marketing et communication d'Ekyog, marque de prêt-à-porter féminin. Pour parvenir à façonner leurs filières, les fondateurs d'Ekyog ont consacré pas moins de 5 années de travail simplement pour rechercher les bons partenaires à travers le monde, capables de signer la charte éthique d'Ekyog, qui contient de nombreux engagements, comme par exemple l'interdiction de substances toxiques, le versement de salaires décents, le respect de conditions d'hygiène et sécurité strictes...

Veja, spécialiste des baskets et sacs issus du commerce équitable, a fait le même pari : « Nous sommes partis des matières premières que sont le coton, le caoutchouc et le cuir, puis nous avons remonté toute la chaîne en prenant soin de la rendre la plus courte possible et la plus performante possible. Restreindre les intermédiaires permet de mieux les rémunérer, limiter les marges annexes et être plus efficace », explique Hugo Charbit, responsable marketing et communication de Veja. Là encore, il a fallu trois années de travail à l'entreprise pour remonter les filières, mettre en place et consolider les partenariats.

Audits et certifications

Pour répondre à leurs exigences éthiques, Ekyog et Veja multiplient les contrôles. Ekyog fait ainsi certifier son coton biologique, fabriqué en Inde, par un organisme qui vérifie toute la filière d'approvisionnement. L'enseigne fait également appel à une auditrice indépendante qui se rend sur place (Inde, Chine, Afrique du Sud, Mali...) pour vérifier que les engagements pris par Ekyog et ses prestataires sont bien mis en place. La marque procède aussi à des audits internes menés par la responsable du développement durable de la marque. « La sous-traitance est interdite chez nous. Nous travaillons uniquement avec une vingtaine de partenaires identifiés. Mais nous pouvons le faire parce que, avec environ 250 références, nous n'avons pas les volumes qu'un H&M par exemple », note Sabrina Cherubini. Lorsque la marque juge que les contrôles ne peuvent pas être optimaux, elle s'abstient, comme c'est le cas pour le Bangladesh.

Transparence

Face aux dérives observées dans la « fastfashion », le modèle de production responsable est devenu un élément fort de différenciation porté à la connaissance des clients. Cette transparence constitue un argument de vente efficace pour les consommateurs qui cherchent à acheter autrement. Ekyog, par exemple, invite chaque client à découvrir l'histoire du produit qu'il achète. « L'idée est de montrer que, derrière le choix d'un vêtement, il peut y avoir un achat utile et durable. Nous dévoilons le produit, la manière dont il a été fait, la manière dont Ekyog s'assure qu'aucune substance n'est dangereuse »... Même logique chez Veja, qui détaille toute la chaîne de fabrication sur son site Internet : « L'Industrie de demain sera transparente. Les entreprises devront montrer la traçabilité, sans tomber dans l'excèsni noyer les consommateurs dans trop d'informations », estime Hugo Charbit.

Un engagement qui a un prix

Les audits, la sélection et le contrôle des partenaires, ou le versement de salaires décents ont bien évidemment un prix. Ce coût est en partie payé par les clients, qui acceptent de payer plus cher en échange des garanties sociales et environnementales. « Notre prix de revient est 40 à 60 % plus cher à cause de notre engagement. Nous rognons sur les marges, mais nous préférons que cet argent aille dans des salaires décents ou l'approvisionnement en teintures non nocives, plutôt qu'en publicité », précise Sabrina Cherubini.

Reste à savoir si ces politiques de fabrication atypiques peuvent se développer à grande échelle pour rendre les chaînes de la sous-traitance plus respectueuses des travailleurs et des matières premières. Hugo Charbit est optimiste : « Les morts du Rana Plaza ont secoué les marques. Un mouvement a déjà démarré, avec des entreprises qui se demandent désormais comment elles vont pouvoir retravailler leurs chaînes de fabrication. »

Céline Oziel
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