Publié le 07 janvier 2013

SOCIAL

Le coworking doit-il s'intéresser aux risques psychosociaux ?

Conçus pour rompre avec l'isolement du travail indépendant, les espaces de coworking font du « bureau » un lieu où l'on se sent bien au dire des utilisateurs. Pourtant la question des risques psycho-sociaux y est quasiement éludée.

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60 lieux en France

Selon le magazine en ligne spécialisé Deskmag, l'ouverture des espaces de travail collaboratif a décollé à partir de 2010 en France, en retard sur la plupart des autres pays d'Europe (l'Allemagne est leader) qui avaient rapidement emboîté le pas de la Silicon valley, qui a inventé en 2005 ces lieux où des freelance du secteur des nouvelles technologies partageaient un espace de travail conçu selon leurs critères et propices aux rencontres professionnelles. Une soixantaine de lieux étaient dénombrés en France mi 2012, mais leur croissance est rapide. Chaque lieu cultive son identité et l'espace de coworking attire autant pour ses fonctionnalités que pour le plaisir de se retrouver dans l'ambiance d'une communauté d'entrepreneurs.

Une table ronde sur « le paysage du coworking » lors de la seconde édition de la Conférence Coworking Europe se déroulait à Paris du 8 au 10 novembre. On y a parlé en anglais et c'était le premier événement de taille organisé en France autour du coworking, signe que le concept a pris aussi dans l'hexagone (cf. encadré). Identifié aux nouvelles technologies, le profil des coworkers s'est diversifié vers des métiers du tertiaire plus traditionnels : consultants, journalistes, artistes, médiateur familial... mais aussi parfois des artisans, des coiffeurs à domicile. Le coworking n'est donc plus tout à fait l'affaire d'une caste travaillant sur le web mais participe aux mutations en cours de notre rapport au travail : plus indépendants et moins salariés. Selon Joel Dullroy, journaliste et coworker à Berlin, 23 millions d'européens travaillent en freelance, 45 millions aux Etats-Unis et la tendance va vers une parité salariés/travailleurs indépendants avant 2020 dans le monde.

Choisir son voisin de bureau

La vocation des espaces de coworking est de rompre avec l'isolement de l'entrepreneur indépendant tout en choisissant son lieu de travail selon ses goûts et ses affinités professionnelles. « Beaucoup disent « je vais beaucoup mieux, car je ne suis plus seul chez moi » », relate Marie-Hélène Féron de La Fonderie*, l'agence numérique d'Ile-de-France qui organise les trois jours de conférence. Pour autant le sujet de la prévention des risques psycho-sociaux comme la gestion du stress ou encore l'inconfort relatif d'un bureau nomade sont absents des débats. « Ce qui prime c'est la connotation hyper positive que véhicule le coworking, constate Marie Hélène Féron. Nous observons depuis un an ce qui se passe en France et à aucun moment, le sujet des risques psycho-sociaux n'est apparu, bien que la question nous semble pertinente. »

Car suffit-il d'avoir le choix de son voisin de bureau pour être bien au travail ? A L'Usine, espace de coworking à Belfort, la question s'est posée dès le départ. Installés sur la nouvelle zone d'activités Tech-Hom mêlant entreprises et universités, les fondateurs de L'Usine ont bénéficié des conseils du laboratoire de recherche en ergonomie de l'école d'ingénieur voisine : « il fallait respecter la flexibilité de l'espace. Nous avons trouvé du mobilier qui permettait de transformer l'organisation en un quart d'heure sans avoir à soulever des charges. Le coût est élevé, mais nous avons trouvé », explique Emilie Castellano, l'une des fondatrices. Au-delà du confort, L'Usine souhaite faire profiter sa communauté de coworkers d'une sensibilisation autour des questions du travail. Le mois de mai 2011, par exemple, y fut consacré au travers de conférences, de séances d'échange entre adhérents, psychanalystes, consultants, artistes, ainsi que des structures d'accompagnement comme les Boutiques de gestion ou encore des coopératives d'activité et d'emploi. Sur le plan juridique, rien n'y oblige L'Usine : les coworkers sont des clients qui louent de l'espace de travail sans aucun lien de subordination. Mais pour Emilie Castellano « Si L'Usine est accessible 24/24 heures, nous avons toujours eu à cœur, avec les ergonomes qui nous suivent, d'être vigilants sur les rythmes de travail, même si cela prend surtout la forme de discussions informelles ».

Coworkers de tous les pays...

Lors de la Conférence européenne, Joel Dullroy a annoncé l'émergence d'un mouvement international des freelancer , Independant unite ! chargé de défendre les droits de cette catégorie de travailleurs. Selon lui les espaces de coworking sont l'un des vecteurs essentiel d'une telle mobilisation car ils compensent « l'individualisme par la création de solutions collectives ». Toutefois, seule l'association allemande existe pour le moment.


*Lancée il y a un an, cette agence rattachée au Conseil régional d'Ile de France joue un rôle d'interface entre la collectivité publique et les acteurs du numérique autant pour valoriser les politiques publiques auprès des usagers que pour faire remonter les tendances du secteur vers le politique. Site : www.lafonderie-idf.org

Philippe Chibani-Jacquot
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