Publié le 28 octobre 2011

SOCIAL

Deutsche Telekom veut prévenir les risques psychosociaux

Les suicides chez France Télécom ont fait réagir l'opérateur allemand Deutsche Telekom. L'entreprise a mis en place un vaste dispositif de prévention et de suivi médical de ses salariés. Une politique encore très rare en Allemagne.

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L'annonce des séries de suicides dans les grandes entreprises françaises ne laisse pas de marbre outre-Rhin, et certainement pas l'opérateur allemand Deutsche Telekom. Suivant de près la situation chez son concurrent français France Télécom, Thomas Sattelberger, directeur des ressources humaines chez Deutsche Telekom, a voulu savoir ce qu'il en était au sein de son groupe. Une enquête détaillée a alors été conduite en automne dernier auprès des salariés, enquête où plus de la moitié des questions relevaient de la santé psychique et physique. « Elle a montré un bon état de santé général des salariés, ainsi qu'un satisfecit en matière de management et de cohabitation sur les lieux de travail », relève une porte-parole de l'opérateur allemand. Mais au-delà de la photographie globale du groupe, l'enquête a également permis d'identifier les équipes où cela n'allait pas si bien : « Dans les équipes aux résultats clairement en-dessous de la moyenne du groupe, la médecine du travail intervient de manière précise et individuelle », précise la porte-parole. Et la direction n'est pas en reste : une des premières mesures prises après l'enquête a été l' interdiction des smartphone. Il n'est désormais plus nécessaire de répondre aux e-mails ou appels téléphoniques après les heures de travail ou pendant le week-end. Aucun salarié ne doit craindre de représailles s'il se tient à ce code édicté par la direction.

Responsabilité des managers

A l'instar de son concurrent français, Deutsche Telekom est passé du statut d'entreprise publique à celui d'un groupe international de télécommunication, coté en bourse, avec ce que cela signifie de restructurations, filialisations, réorganisations - et de conséquences sur la santé médicale des salariés. Or, suite à l'enquête et compte tenu du récent passé tumultueux du groupe, les questions de santé font désormais parti des priorités chez Deutsche telekom. « Nous prenons l'état de santé de nos salariés très au sérieux », explique la porte-parole du groupe. « La prévention se situe au coeur de notre dispositif de santé. Les cellules médicales sont là pour informer, conseiller et conduire des examens médicaux, le cas échéant pendant le temps de travail ». La direction des ressources humaines opère un suivi régulier des efforts faits en matière de santé des salarié, permettant de confronter les dirigeants aux équipes affichant une piètre « performance santé ». « La gestion de la santé médicale des salariés est considérée chez Deutsche Telekom comme faisant partie des devoirs des dirigeants. Il est attendu de tous les dirigeants qu'ils parviennent à créer une atmosphère de travail positive, de tenir une charge de travail raisonnable, et d'accompagner leurs salariés de manière active lorsque des changements ont lieu », souligne la porte-parole. Ainsi, Thomas Sattelberger est intervenu auprès de la direction lorsque celle-ci avait formulé des objectifs affectant 20,000 salariés du service technique. Il estimait ces objectifs à atteindre «exagérés» et a obtenu de les réduire.

Une politique différente pour la filiale américaine

La démarche de Deutsche telekom en matière de politique de santé reste exceptionnelle en Allemagne, tout comme sa décision d'introduire, volontairement, un quota de femmes dans les instances de direction de son groupe (voir article lié). Alors le géant allemand de la télécommunication serait-il un patron exemplaire ? Le syndicat allemand Verdi répond par non. Verdi et «The Communication Workers of America», syndicat américain, ont porté plainte auprès de l'OCDE contre T-Mobile USA, filiale américaine de Deutsche Telekom. Les deux syndicats reprochent en effet à la direction de T-Mobile une politique anti-syndicale. « Alors qu'en Allemagne, Deutsche Telekom vante sa longue tradition de responsabilité sociale d'entreprise, chez T-Mobile des mesures strictes et sévères ont été prises afin d'empêcher les salariés d'exercer leur droit de créer un syndicat », peut-on lire dans le document rédigé par les syndicats et adressé à l'OCDE. « Il s'agit ici clairement d'un cas de double-morale ainsi que d'un manquement aux principes (de l'OCDE) ». Au siège de Deutsche telekom, à Bonn, la porte-parole réplique que T-Mobile USA ne fait que respecter la législation américaine du travail. « Tous les salariés de T-Mobile USA ont le droit de créer ou d'entrer dans un syndicat. Tout comme ils ont également le droit de ne pas le faire. Jusqu'à présent, les salariés de T-Mobile USA se sont prononcés contre une représentation syndicale. Ils préfèrent un dialogue direct avec leurs dirigeants, c'est ce qu'ils exprimé plusieurs fois devant la CWA ». Deutsche Telekom devrait céder T-Mobile USA à son concurrent américain AT&T, une décision toutefois récemment bloquée par la justice américaine craignant une situation de monopole. Une situation qui devrait fragiliser les salariés de T-Mobile, syndiqués ou non.

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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