Publié le 23 novembre 2020

SOCIAL

Covid-19 : la troisième vague de la santé mentale, ce frein invisible à la reprise

C'est une crise qui a grandi dans l'ombre de la pandémie et de la récession économique. La santé mentale des Français, jusqu'ici peu prise en compte, s'est considérablement dégradée ces derniers mois. Le nombre de personnes en états dépressifs a augmenté, tout comme les arrêts maladie longue durée. Cette "troisième vague de la santé mentale" pourrait pourtant freiner la reprise économique et sociale. Le gouvernement assure travailler à des mesures pour l'endiguer.

Castex Veran LUDOVIC MARIN AFP POOL
Jean Castex et Olivier Véran ont chargé le porte-parole Gabriel Attal de trouver des mesures pour endiguer la "troisième vague de santé mentale".
@LudovicMarin/AFP/POOL

Pour la sixième journée consécutive, le dimanche 22 novembre, la France a enregistré une baisse des patients actuellement en réanimation en raison du Covid-19. "Le pic épidémique de la seconde vague a été franchi", a assuré Santé publique France. Si le gouvernement appelle à ne pas relâcher les efforts, le reconfinement semble avoir porté ses fruits. Mais à quel prix ? Les derniers chiffres publiés par Santé publique France sont alarmants. La santé mentale s’est considérablement dégradée en France avec le Covid-19.

"Cette épidémie est stressante, anxiogène et peut générer une souffrance psychologique pour nombre d’entre nous", a expliqué le Directeur général de la santé Jérôme Salomon. "On observe une augmentation importante des états dépressifs. Le nombre de personnes concernées a doublé entre fin septembre et début novembre", a-t-il souligné. Si tous les profils "sociodémographiques" sont touchés certaines parties de la population le sont plus que d’autres. C’est le cas notamment des jeunes mais aussi des "personnes déclarant une situation financière difficile".

Détresse psychologie et financière

La France compte aujourd’hui près de 10 millions de personnes pauvres, selon le Secours Catholique. Et la pandémie n’a rien arrangé, les associations d’aide aux plus démunis notent une augmentation significative des bénéficiaires de distribution alimentaire. D’après le dernier baromètre du Secours populaire, près de la moitié des Français craignent, avec la crise sanitaire et économique, de basculer dans la pauvreté. Chômage partiel, licenciement massif, faillite d’entreprises, perte de petits boulots étudiants… Les indicateurs sont au rouge et plongent une partie des Français dans l’incertitude quant à leur fin de mois.

"On sent une morosité, des difficultés. On a touché des personnes qui n’avaient aucun antécédent psychiatrique mais qui étaient dans une détresse importante", témoigne sur France 3 le Dr Nathalie Salomé, psychiatre dans un centre hospitalier. Cette "troisième vague" de la "santé mentale", comme l’a baptisée le ministre de la Santé Olivier Véran semble avoir grandi dans l’ombre de la crise économique et sanitaire. Son impact pourrait être majeur dans la reprise. "Il n’y a pas d’économie prospère dans une situation sanitaire dégradée", disait Emmanuel Macron le 28 octobre dernier.

Arrêts longue durée et difficultés des entreprises

Selon une enquête Ifop pour Malakoff Humanis, les arrêts maladie longue durée ont augmenté de 33 % dans le secteur privé en un an. Si certains étaient liés à la garde d’enfants du premier confinement, le taux de salariés arrêtés pour troubles psychologiques "est passé de 9 % début 2020 à 14 % pendant le confinement puis à 18 % lors du déconfinement". Des arrêts qui entraînent des "difficultés de réorganisation" pour plus de la moitié des entreprises, expliquent les auteurs du sondage. Un autre baromètre, d’Opinionway, confirme cette tendance et fait état d’une dégradation de la santé mentale des salariés dont 44 % se trouvent même en détresse psychologique. 

Le gouvernement, accusé par certains de n’avoir pas pris la mesure de la situation, assure, par la voix d’Olivier Véran n’avoir jamais "négligé cette dimension de la crise sanitaire". Selon les informations de BFMTV, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, est désormais chargé, à la demande du Premier ministre Jean Castex et avec l’accord d’Olivier Véran, de faire des propositions sur le sujet de la santé mentale. Celui-ci s'est déjà rendu, mi-novembre, auprès d'associations pour constater les travaux faits en matière d'aide à la santé mentale. 

Marina Fabre, @fabre_marina

 

 


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