Publié le 07 septembre 2011

SOCIAL

Comment concevoir des bureaux où il fait bon travailler?

A l'heure où les budgets et les mètres carrés se réduisent, les open space demeurent une panacée aux yeux des employeurs. Souvent mal conçus, ces espaces peuvent causer des effets négatifs sur la santé physique et mentale, et affectent les capacités intellectuelles. Des alternatives existent.

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L'environnement de travail, son aménagement et l'espace accordé aux salariés influent considérablement sur leur santé physique et psychique. Jacques Boulet, architecte D.P.L.G (diplômé par le gouvernement) et animateur du pôle formation continue de l'Ordre des Architectes d'Ile-de-France, le constate quotidiennement sur le terrain. Sensation de fatigue, voire d'épuisement causé par le bruit, interruptions permanentes... Tous ces facteurs altèrent considérablement le moral et la performance individuelle. Dans un open space les voix, les visages, les interruptions incessantes, les allers et venues permanentes et le bruit ambiant constituent le quotidien des salariés, ce qui retentit sur leur concentration, mais aussi plus largement, sur leur état de fatigue, voire leur équilibre. Le neurochirurgien Patrick Georges estime que ces lieux de travail sont des amplificateurs de stress qui affectent l'intelligence. Il l'a prouvé dans des études quantitatives : les perturbations liées aux open space peuvent diminuer de 50% les performances intellectuelles, de 37% la qualité du travail et augmenter de 13% le stress. Motif ? Lorsqu'ils sont saturés d'informations visuelles et sonores, certains lobes du cerveau, les lobes frontaux, siège du cerveau rationnel, ne font plus leur travail, ce qui empêche de rester performant.

Concevoir des bureaux antistress

« Ces perturbations sont des facteurs aggravants de stress, d'absentéisme et de risques psychosociaux », assure Jacques Boulet. D'où l'initiative de ce professeur à l'Ecole supérieure d'architecture de Paris-La-Villette, associé au cabinet Technologia, de lancer la première formation continue destinée à former les acteurs du bien-être au travail au lien existant entre espaces de travail et prévention des risques psychosociaux. Opérationnel au second semestre 2011, ce cursus prendra la forme d'un Diplôme Universitaire (DU) enseigné à l'Université de Paris-Est Marne-La-Vallée (UMLV), puis d'un master. Au programme : l'architecture des lieux de travail, les aspects physiques de l'environnement de travail (acoustique, thermique...), la prévention des risques professionnels etc. Soit une dizaine de modules réunissant universitaires, architectes et experts - consultants ou conseillers - tel que Hervé Lanouzière, conseiller technique au Ministère du Travail. « Ce type d'enseignement est utile, car cela permet de penser le milieu de travail dès sa conception, mais à condition qu'en aval, tous les salariés soient ensuite associés à l'aménagement de leur lieu de travail, et pas uniquement un petit groupe d'experts, estime Pierre Mathevon, médecin du travail à EDF et spécialiste en prévention des risques psychosociaux. En effet, l'aménagement des lieux de travail ne doit pas être qu'une affaire d'experts et de normes, il faut que les entreprises misent sur l'ergonomie participative permettant aux uns et aux autres d'exprimer leurs propositions dans un véritable débat contradictoire », estime-t-il.

Critères minimums de bien-être

Il n'empêche qu'au moment de leur conception, les espaces de travail doivent respecter certains critères. D'abord, en ce qui concerne la surface minimum par poste de travail. A ce titre, la norme Afnor NF X35-102 « conception ergonomique des espaces de travail en bureaux » recommande aux employeurs de respecter un minimum de 10m2, rangements inclus et de 15 m2 dans le cas d'une activité téléphonique intense. Par ailleurs, la norme conseille aux entreprises de veiller aux ambiances physiques (thermiques, acoustiques, lumineuses). Dans les faits, cette recommandation n'est pas toujours suivie ! "La surface minimale n'est pas le seul paramètre à prendre en compte. Dans l'open space idéal, le bien-être des salariés n'est pas forcément lié à l'espace mais à un bon espacement entre les postes de travail », souligne Jacques Boulet, architecte D.P.L.G. Cet expert préconise deux règles d'or : éviter les face-à-face, source de perturbation visuelle et, autant que possible, fragmenter les espaces de travail. Par exemple, en prévoyant des cloisons à mi-hauteur ou en regroupant les salariés qui partagent une activité similaire. Autre paramètre à prendre en compte dans l'aménagement d'un open space : les espaces de retrait et de convivialité.

Jacques Boulet précise que deux espaces de retrait de 3 mètres carrés peuvent suffire pour un espace de travail de 60 personnes. Certaines entreprises ont déjà intégré ces petits plus qui font progresser la qualité de vie au travail. Le siège de Sodexo, à Issy-Les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine, a par exemple prévu de petits espaces de réunion et de convivialité, avec des cafeteria. D'autres commencent à mettre en place des espaces de détente et de repos, à côté des traditionnelles salles de sport... Autant de lieux pas forcément onéreux à mettre en place et qui constituent un bénéfice non négligeable en termes d'efficacité collective.

M. J. Gava
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