Publié le 02 mars 2007

SOCIAL

Stratégie hollandaise inédite pour lutter contre l'exploitation des enfants

Pour lutter contre l'exploitation des enfants dans les cacaoyères de Cotes d'Ivoire, un journaliste néerlandais demande sa propre incarcération. Il s'appuie sur un article du code pénal pour faire reconnaître sa complicité avec l'esclavage en tant que consommateur. Sa stratégie a pour but d'interpeller l'industrie du chocolat et d'appeler au boycott de ses produits.

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L'affaire commence en 2004, quand le journaliste de télévision Teun Van de Keuken se présente devant la justice néerlandaise et demande à être condamné pour consommation de chocolat ! L'affaire pourrait prêter à sourire si cette étrange initiative ne recouvrait une très sérieuse tentative pour dénoncer la situation d'exploitation des personnes, et en particuliers des enfants, qui travaillent dans l'exploitation de la fève de cacao, notamment en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial ( 43 % de la production mondiale). Le journaliste se dit par ailleurs être parfaitement informé de la situation d'esclavage qui sévit dans la filière du cacao en Afrique de l'Ouest.

En effet, en 2001 déjà, the U.S. State Department, the International Labor Organization (confédération internationale des syndicats) et d'autres organisations dénoncent l'esclavage des enfants dans de nombreuses fermes de Côte d'Ivoire. En 2002, the International Institute of Tropical Agriculture révèle que quelque 284 000 enfants âgés de 9 à 12 ans travaillent dans des conditions effroyables dans la filière de cacao d'Afrique de l'Ouest. Parmi eux, 12 000 proviendraient du trafic d'enfants. Le phénomène n'est pas nouveau. En 1998, l'UNICEF avait publié un rapport révélant la résurgence du travail des enfants en Afrique de l'Ouest, retirés de l'école ou même enlevés par les producteurs. Mise sur la sellette par les médias et l'opinion publique, l'industrie du chocolat a alors décidé de signer en 2001 le protocole « Harking-Engel », garantissant aux consommateurs, par un système de certificats, un cacao qui ne proviendrait plus du travail abusif des personnes d'ici à juillet 2005. Pourtant, à ce jour, l'industrie du chocolat n'aurait toujours pas respecté cet accord, selon Teun van de Keuken.

Pour appuyer sa démarche, le journaliste (qui anime l'émission télévisée d'information du consommateur Keuringsdienst van Waarde ) et son avocat Michiel Pestman, déclarent devant la justice néerlandaise que selon l'article 417 du code pénal, le fait de consommer un produit issu d'une activité criminelle est un délit passible d'une peine d'emprisonnement de quatre ans. Or, l'esclavage des enfants est une activité criminelle. En consommant du chocolat issu de cette activité en toute connaissance de cause, le journaliste se rend donc coupable de complicité d'esclavage.
En 2004, le tribunal rejette sa demande arguant qu'il ne relève pas de sa compétence. Une décision qui ne décourage pas Teun Van de Keuken. Le 9 février 2007, il décide en effet de faire appel devant la cour suprême d'Amsterdam. Cette fois, il veut faire témoigner contre lui deux enfants provenant du Burkina Faso et qui auraient été utilisés comme esclaves dans les plantations cacaoyères de Côte d'Ivoire. Le tribunal devrait rendre son jugement dans quelques semaines.
Son objectif est clair : alors que les Pays-Bas sont un des plus grands importateurs de fèves de cacao au monde, le journaliste veut mettre l'industrie du chocolat en difficulté en incitant le consommateur au boycottage de ses produits : "Si je suis jugé coupable de ce crime, tout consommateur de chocolat pourra ensuite être poursuivi. J'espère que les gens arrêteront alors d'acheter du chocolat, ce qui affectera les ventes des grandes entreprises et les obligera à faire quelque chose à propos de ce problème", a déclaré Van de Keuken.

Du côté des accusés, David Zimmer, de l'association européenne des industries du cacao (Coabisco) estime qu'une chute des ventes pénaliserait d'abord les paysans d'Afrique de l'Ouest, tandis que Robert Zehnder, secrétaire général de l'Association européenne du cacao se défend : "Je ne peux nier qu'il existe des problèmes liés au travail des enfants mais il est absolument faux de parler d'esclavage. Nous travaillons sur ce problème avec les gouvernements et les ONG".
En attendant, Teun van de Keuken s'est associé avec Max Havelaar pour commercialiser, sous la marque «Tony's chocolonely», du chocolat garantit «slave free» (sans esclave). Il explique sur son site Internet les différentes étapes de cette initiative qui a rencontré un succès spectaculaire puisque, d'après lui, les 500 premières tablettes auraient été vendues dès la première journée!

Sandrine Dumont à Rotterdam (Pays-Bas)
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