Publié le 08 mars 2017

SOCIAL

Qualité de vie au travail : l’économie sociale et solidaire exemplaire ?

La grande majorité des salariés et des dirigeants de l’économie sociale et solidaire (ESS) se déclarent satisfaits de leurs conditions de travail. Pourtant, le nouveau baromètre Chorum note une dégradation de la qualité de vie au travail dans le secteur. En cause : des changements d’organisation, une non reconnaissance des compétences et des problèmes de financement.    

Malgré une légère dégradation de la perception de leur qualité de vie au travail, la grande majorité des salariés et des dirigeants souhaitent continuer à évoluer dans le secteur de l'ESS.
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L’économie sociale et solidaire (ESS), le secteur où il fait bon travailler ? À voir les résultats du baromètre 2017 réalisé par la mutuelle Chorum, qui se focalise sur la qualité de vie au travail dans le secteur, on pourrait le croire. 77% des salariés et 88% des dirigeants se disent satisfaits de leurs conditions de travail. De même, 71% des salariés et 89% des dirigeants sont satisfaits de leur travail lui-même. Globalement, les acteurs de l’ESS sont comblés. 

Pourtant, depuis 2013, le baromètre pointe un sentiment de dégradation de la qualité de vie au travail. "En 3 ans, la note de qualité de vie au travail dans l’ESS, qui s’élevait à 6,3/10 pour les salariés et 7,4/10 pour les dirigeants, passe à 6,1/10 et 7,2/10." À titre de comparaison, la note globale des salariés en France, tous secteurs confondus, était de 6,1 en 2013. 

 

Problème de financement 

 

"Il y a deux raisons spécifiques à cette tendance, explique Jean-Philippe Touboul, directeur associé d’Orientation durable, cabinet de formation et de recrutement de l’ESS. La première est une raison externe. Elle touche les financements. Certains acteurs de l’ESS dépendent du marché, mais d’autres des subventions. Ici, il y a un manque de visibilité."  De fait, les dirigeants pointent à 48% les relations avec les pouvoirs publics et les financeurs comme principale raison de la dégradation de leur qualité de vie au travail.

"La deuxième est un facteur interne : c’est le manque de clarté du projet", estime Jean-Philippe Teboul. "94% des dirigeants connaissent le projet, contre 74% des salariés. Cela crée un mal-être." 

 

Pression et charge de travail 

 

Selon les résultats du baromètre, pour les salariés, le changement d’organisation est responsable de la dégradation de leur qualité de vie au travail (51%), devant la reconnaissance des compétences, la question de la rémunération et celle de l’ambiance du travail. De manière générale, "la charge de travail (50%), la pression temporelle (54%) et les interruptions des tâches (62%) sont toujours ressenties par la majorité des salariés, note Chorum. 30% des salariés (contre 23% en 2013) interrogés ressentent des douleurs articulaires, une gêne dans le travail." 

 

Attachement à l’ESS

 

Malgré ces constats, la grande majorité des salariés et des dirigeants souhaitent continuer à travailler dans l’ESS. "Les entreprises sont face à un défi : transformer leur mode d’organisation et leurs métiers, innover dans leurs activités et leurs modes de financement, dans le respect des valeurs qui font partie de l’ADN de leurs projets", explique Chorum. 

Pour les y aider, la mutuelle conseille d’informer clairement et suffisamment les salariés des raisons de la mise en œuvre des changements ou encore de réguler la pression temporelle et la charge de travail des dirigeants.

Le sentiment d’avoir un métier qui a du sens, un métier utile aux bénéficiaires, est toujours largement partagé, autant par les dirigeants que les salariés. 

Marina Fabre
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