Publié le 12 mai 2014

SOCIAL

Nef : appel à la mobilisation pour la première banque éthique française

La NeF veut devenir la première banque éthique française. Cette coopérative de finances solidaires a lancé une campagne pour populariser le concept et mobiliser les 10 000 sociétaires dont elle a besoin. L’objectif de la NeF (Nouvelle économie fraternelle) : allier transparence et refus de la spéculation. Concrètement, l’épargne des clients de cette banque d’une forme nouvelle servira à financer des projets vertueux tant au plan environnemental que social.

logo mobilisation
Logo de la campagne de mobilisation lancée par la coopérative
© Nef

"Proposer aux épargnants d'exercer leur responsabilité grâce à une banque  qui leur explique en toute transparence quels projets finance leur argent" : voilà la définition de la banque éthique selon Jean Marc de Boni, le président du directoire de la NeF. Une banque qui n’existe pas encore en France car la NeF n’en a pas le statut.

Créée en 1988, la NeF est une société coopérative de finances solidaires. A ce titre, elle peut donc collecter des fonds pour financer des crédits aux entreprises équitables bios ou sociales et solidaires. Elle en publie chaque année la liste. Elle ne peut en revanche pas offrir toute la palette des services bancaires. Depuis sa création, la NeF souhaite devenir une banque à part entière. Mais il aura fallu plus de 16 ans pour qu'elle puisse espérer concrétiser cette ambition. Forte de ses 34 000 clients/sociétaires, et dotée d’un capital de 31 millions d'euros, ses dirigeants ont décidé de franchir le cap.

Depuis le mois de mars 2014, la NeF mène ainsi une campagne de mobilisation sur les réseaux sociaux. Une campagne qui poursuit un double objectif : obtenir d’au moins 10 000 sociétaires afin de pouvoir transformer ses statuts lors de son assemblée générale extraordinaire, qui se tiendra le  20 mai prochain. Et faire connaître à un public plus large le concept de banque éthique. A ce jour, le compteur de votes indique plus de 8000 voix.

"C'est très compliqué de créer une nouvelle banque en Franceʺ explique Jean-Marc de Boni. "Une fois le vote obtenu, il faudra encore obtenir les autorisations de la Banque de France. Nous pouvons espérer pouvoir proposer des comptes d'épargne a vue dans quelques mois, des comptes pour les entreprises en 2015 et de véritables comptes courants pour particuliers en 2016."

 

La banque éthique : un modèle qui séduit l’Europe

 

Les banques éthiques rassemblent  un nombre modeste de clients engagés et très motivés. Mais leur développement annonce des changements de comportement de certains citoyens qui veulent être des consom’acteurs, y compris dans la gestion de leur épargne. Leurs services constituent une petite révolution. En rendant compte très précisément des entreprises qu'elles financent, des raisons pour lesquelles elles le font, elles changent la relation des banques à leurs clients. Elles sont comptables envers eux  de leurs engagements. Dans son manifeste, la NeF s’engage  à ne pas spéculer et à offrir une transparence active et totale sur les financements.

Cet engagement explique sans doute le succès des banques éthiques qui se sont considérablement développées depuis la crise financière de 2008, notamment en Europe de l'Ouest. Triodos est un exemple marquant de ce phénomène. L’établissement est présent en Belgique, mais aussi aux Pays-Bas, au Royaume Uni, en Espagne et en Allemagne. La banque néerlandaise, qui se présente comme ʺla première banque durable au mondeʺ, affiche des taux de croissance de  plus de 20 % et gagne plus de 80 000 clients par an. Ses homologues, GLS en Allemagne et Banca Etica en Italie, ont des perspectives équivalentes.

 

Une aspiration populaire


"Cette crise financière a mis au jour l'opacité dans laquelle les banques classiques réalisent leurs opérations ʺ précise Jean-Marc de Boni. "Les gens se sont aperçus que leur épargne servait à financer des entreprises responsables d'actes environnementaux et sociaux qu'ils condamnent par ailleurs. Ils souhaitent que leur bas de laine soit utilisé non  pas pour supprimer des emplois mais plutôt en créer, pas pour détruire l’environnement mais aider à le protéger. C'est le principal moteur de leur intérêt pour nous".


La transformation de la NeF mettra sans doute beaucoup de temps à bousculer le secteur bancaire français mais sa campagne remet sur la table l’idée de la finance éthique pour les particuliers. Si l’opération lancée en mars est menée jusqu’à son terme, elle pourrait permettre de relancer les questions des clients sur l’utilisation de leur épargne.  Il pourrait s’agir d’une opportunité pour les produits financiers ISR (Investissements Socialement Responsable) à condition qu’ils puissent donner des gages réels de bénéfices environnementaux et sociaux.

 

Actualisation (30 mai) :

Le changement de statut de la Nef a été adopté en assemblée générale le 24 mai dernier. Le projet de transformation de la coopérative en établissement bancaire a recueilli  une très large adhésion. La Banque de France doit désormais se pencher sur la question. C'est elle qui délivre en effet les agréments pour le territoire français.

Anne-Catherine Husson-Traore
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