Publié le 19 février 2008

SOCIAL

Micro-crédit : lancement de la Grameen-Crédit Agricole Foundation

En présence du professeur Yunus, fondateur de la Grameen Bank et prix Nobel de la paix 2006, la banque française a lancé le 18 février à Paris une fondation dotée de 50 millions d'euros en faveur du micro-crédit. En croissance de 30% par an, le secteur compte 150 millions de bénéficiaires à travers le monde, pour un encours de 30 milliards de dollars.

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Muhammad Yunus

Grameen Danone Foods pour la nutrition et l'emploi

Muhammad Yunus a créé (voir article lié) en 2006, la Grameen Danone Foods pour développer des micro-usines, dont la 1ère a ouvert dans le nord du Bengladesh en novembre 2007. Objectif : fabriquer un aliment frais pour lutter contre la malnutrition et créer de l'emploi localement, en finançant des fermiers en amont de la filière et des structures de distribution en aval. Danone a également lancé Danone Communities, un fonds ISR pour le développement d'entreprises à finalité sociale constitué de 60 millions d'euros. Cette SICAV est gérée par IDEAM, filiale du Crédit Agricole en charge de l'investissement socialement responsable, qui s'adresse autant aux investisseurs institutionnels qu'aux particuliers, en premier lieu des salariés du groupe. 10% du fonds est investi dans du « social business ».

« C'est une initiative totalement désintéressée », souligne d'emblée Pierre Carron, président du Crédit Agricole, en présentant la « Grameen - Crédit Agricole Microfinance Foundation », lancée au siège parisien de la banque. Dotée de 50 millions d'euros par le Crédit Agricole, la fondation a pour mission de développer, partout dans le monde, des initiatives en faveur du micro-crédit grâce à une assistance financière et technique - une quinzaine de salariés du Crédit Agricole y seront affectés. C'est le premier partenariat de ce type qu'une grande banque entreprend avec la Grameen Bank (« la banque des villages »), créée au Bangladesh par le professeur Yunus en 1983. Inventeur du micro-crédit, celui-ci a permis depuis à 7 millions d'emprunteurs de créer une activité agricole ou artisanale grâce à l'octroi de petites sommes, prêtées sans caution. 78 000 villages dans 60 pays ont ainsi bénéficié de 6 milliards de dollars pour sortir du « cercle vicieux de la pauvreté ». Un véritable « contrat moral, reposant sur des procédures simples, sur la proximité et la confiance », explique Muhammad Yunus, qui connaît aujourd'hui un succès considérable. Le micro-crédit compte en effet 150 millions de clients à travers le monde, pour un encours de 30 milliards de dollars. Les grandes banques et les investisseurs privés commencent à s'y intéresser car, potentiellement, le secteur représente 1, 5 milliard de bénéficiaires et connaît une croissance de 30% par an. Une centaine de fonds dédiés à la micro-finance ont été recensés en 2007. La Grameen Bank affiche quand à elle un résultat net de 20 millions de dollars pour 2006, et plusieurs institutions de micro-finance ont été intégrées en bourse.

La pauvreté, un « mécanisme artificiel »

« C'est le début d'un nouveau type de relations entre les institutions financières et les pauvres du monde entier », déclare Muhammad Yunus, rappelant qu'aujourd'hui 7% des bénéficiaires sont des femmes au Bangladesh, et que leur micro-activités ont permis une « véritable transformation de la société ». « Près de 100% de leurs enfants sont désormais scolarisés, 21 000 étudiants bengladais sont allés à l'université grâce aux bourses du micro-crédit. Il n'y aucune raison que les pauvres restent pauvres, poursuit-il. C'est un mécanisme imposé artificiellement qu'il est possible d'enrayer en une seule génération. »
Muhammad Yunus est d'ailleurs allé plus loin en prêtant de l'argent aux mendiants pour qu'ils vendent des produits en porte à porte. Avec succès, puisque « 60% d'entre eux sont parvenus à rembourser des sommes prêtées sans aucune contrainte en retour », souligne t-il. Cet éloge du « social business » a su convaincre les dirigeants du groupe Crédit Agricole, créé lui aussi au départ pour permettre aux exclus du système bancaire d'échapper aux usuriers. « L'esprit d'initiative n'est pas réservé aux gens riches et privilégiés, ajoute Georges Pauget, directeur du Crédit Agricole. Et on peut utiliser la capitalisme sans lui être asservi ». La fondation vise également, pour 2009, le lancement d'un fond dédié à la micro-finance, s'adressant notamment aux investisseurs socialement responsables pour atteindre un budget de 150 millions d'euros.

Loin d'avoir atteint la plénitude de son développement, le secteur a désormais besoin d'être consolidé. Plus de 10 000 organismes existent à travers le monde, de taille très variées, mais beaucoup d'entre eux sont freinés par le manque de fonds propres et de moyens techniques. D'où l'idée de cette fondation, créée pour les aider à vivre sur le long terme. « Il est essentiel de renforcer les organismes de micro-crédit lorsqu'ils entrent dans leur phase intermédiaire de croissance, souligne Georges Pauget. Après les premiers succès vient généralement une étape plus incertaine, qui nécessite un appui technique et financier pour devenir ensuite autonome», précise-t-il. Par ailleurs, si le micro-crédit n'est plus désormais un phénomène marginal, sa répartition géographique - le taux de pénétration s'élève à 38% en Asie contre 8,5% en Afrique- reste très inégale. D'où l'idée de s'appuyer sur le téléphone mobile : on compte 3 fois plus d'abonnés au portable que de personnes « bancarisés » dans le monde, notamment en Afrique. Accéder aux services du micro-crédit via le mobile fait donc partie des enjeux à venir pour le secteur.

Véronique Smée
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