Publié le 11 février 2013

SOCIAL

L'Impact investing vise aussi les bénéfices sociaux

Une étude de la banque JP Morgan annonce la montée en puissance de l'impact investing dans le monde. Ce type d'investissement cible des entreprises garantissant une double rentabilité sociale et financière. En France l'impact investing vise tout particulièrement à faire converger des fonds propres vers les entreprises sociales en quête de changement d'échelle.

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Près de 6 milliards € investis en 2012, 6,7 milliards € prévus en 2013... L'impact investing reste une niche à l'échelle de la finance mondiale, mais le rythme de croissance et les acteurs impliqués attestent de son développement. A commencer par la banque JP Morgan qui montre son intérêt en signant, pour la troisième année consécutive, une analyse du marché de l'impact investing d'où sont issus ces chiffres. L'étude Perspectives on Progress, the Impact Investor Survey a permis de sonder 99 investisseurs dans le monde*. Elle a été réalisée en partenariat avec le Global impact investing network (GIIN), un réseau qui regroupe de grandes fondations comme la Fondation Rockfeller, les grands noms de l'audit et du conseil (KPMG, Ernst & Young, MacKinsey) et bien sûr des investisseurs (DBL, Huntington capital, Banque Lombard et Odier). Avant de se soucier d'impact investing, ces derniers sont souvent orientés vers l'économie verte, l'ISR ou encore les marchés émergents.

Prouver la double rentabilité

Selon le GIIN, « l'impact investing est un investissement réalisé dans des entreprises, organisations et fonds qui ont l'intention de générer un impact social et/ou environnemental mesurable en même temps qu'un retour financier. » Le refinancement d'une institution de microfinance dont l'objectif est de favoriser l'entrepreneuriat des personnes exclues du système bancaire est un exemple de cette double rentabilité. L'agriculture et l'alimentation, la santé sont avec la microfinance des secteurs particulièrement visés par les investisseurs. Les taux de retour financiers varient entre 5 % (taux attendu en France) et 10 %, voire plus dans le cas de réussites fulgurantes dans des économies émergentes. De quoi séduire des investisseurs étrangers aux cercles de la finance solidaire mais ouverts à l'éthique de leurs placements.
L'étude montre ainsi que le marché est majoritairement nord américain pour ce qui est de la provenance des fonds (56 % de l'encours contre 27 % venant d'Europe) mais ce sont les pays du Sud qui attirent en priorité les financements. Le tiers des investisseurs affirment investir en Afrique subsaharienne et/ou en Amérique latine, à égalité avec l'Amérique du Nord.
Le concept de double rentabilité dépasse celui de RSE. Si la RSE valide la prise en compte par une entreprise conventionnelle de son influence sociale et environnementale, les entreprises visées par l'impact investing assument l'ambition de mettre leur activité économique au service d'un impact social positif. Cela implique d'en apporter les preuves. C'est pourquoi les outils de mesure de l'impact social fleurissent aujourd'hui, à commencer par la Grille Iris (Impact reporting and investment standards http://iris.thegiin.org) promue par le GIIN ou encore le Social return on investment (SROI http://www.thesroinetwork.org). Cette méthode britannique formule une note synthétique du « retour sur investissement social » à l'instar des agences de notation. Le champ des impacts sociaux visés est très large : de la réinsertion professionnelle à l'amélioration des conditions de vie d'une population cible (habitat, alimentation, accès aux soins...) en passant par une amélioration de l'environnement.

Et en France...

En France, les acteurs sont peu nombreux à ce jour. Le fonds d'investissement Phitrust est le seul à être engagé sur le secteur, tandis que le Comptoir de l'innovation, dirigé par Nicolas Hazard, par ailleurs vice-président du Groupe d'entreprises sociales SOS, devrait annoncer ses premiers investissements d'ici quelques semaines. Ces deux société d'investissement ciblent, les entreprises sociales dotées d'un fort potentiel de développement. « Il existe peu d'outils financiers solidaires pour des besoins en capitaux de 500 000 € et les banques classiques ont du mal à comprendre le modèle de la double rentabilité (...) Nous avons créé le Comptoir de l'innovation pour attirer d'autres personnes que le noyau militant de la finance solidaire », résume Nicolas Hazard. Le ticket d'entrée au capital du Comptoir de l'innovation s'élève à 100 000 €.
Le positionnement marketing de l'impact investing se situe donc à mi-chemin entre la finance éthique et la finance solidaire. Il emprunte à la première la méthodologie du rating afin d'objectiver les décision d'investissement ainsi que la promesse d'un rendement financier acceptable afin d'attirer les investisseurs. Et il prend à la seconde la volonté de financer une économie plus humaine.
Le grand écart de la double rentabilité reste pour l'heure acrobatique. Les sondés de l'étude JP Morgan estiment atteindre leurs objectifs financiers et sociaux sur les deux tiers de leurs engagements et leur principal défi est d'attirer plus de capitaux adaptés à ce type d'investissement. Deux sous catégories sont d'ailleurs apparues qui séparent déjà le petit monde de l'impact investing entre les investisseurs anglo-saxons, plutôt adeptes du « financial first » tandis que les européens ambitionnent d'être « impact first ». Chacun définissant ainsi leurs priorités.


*Le chiffre de 6 milliards € représente les engagements des 99 sondés sur 2012. Il est probable que l'étude de JP Morgan ne couvre pas l'ensemble des acteurs du marché mais donne une tendance. Ces derniers ont investi 27 milliards € depuis qu'ils font de l'impact investing.

Philippe Chibani-Jacquot
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