Publié le 27 octobre 2011

SOCIAL

L'Economie sociale et solidaire en quête de reconnaissance

La 4e édition du mois de l'Economie sociale et solidaire (ESS) se tiendra en France, en novembre, à travers 1500 manifestations. Un secteur qui reste méconnu du public alors qu'il emploie 10% des salariés en France et 11 millions en Europe.

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Bruxelles veut soutenir l'économie sociale

Dans la « communication sur la RSE » publiée le 25 octobre, Bruxelles souligne que l'économie sociale représente 10 % des entreprises européennes et qu'elle emploie plus de 11 millions de travailleurs rémunérés.. La Commission veut promouvoir leur développement en les aidant à accéder « aux moyens financiers, notamment à ceux de l'UE en faisant appel aux fonds structurels », en prenant « des mesures destinées à améliorer leur visibilité et un environnement réglementaire simplifié (notamment une future proposition de statut pour la fondation européenne) ». Ces mesures seront examinées lors de la conférence sur l'économie sociale et les entreprises sociales, que la Commission européenne accueillera le 18 novembre 2011 à Bruxelles.

"Mon oncle, Pierre Fournier, était au début des années 70 l'un des instigateurs du mouvement écologiste en France, avec René Dumont", déclare l'acteur Bruno Solo, pour expliquer son engagement en tant que parrain de la 4e édition du mois de l'Economie sociale et solidaire (ESS). "J'ai donc grandi avec cette idée qu'il y avait d'autres solutions. Une autre économie possible, où on répartirait mieux les bénéfices et où la richesse serait redistribuée de manière équitable. Cette économie existe : associations, mutuelles, coopératives en sont des illustrations formidables", poursuit-il. Et cette économie, c'est l'ESS, fonctionnant sur un ensemble de valeurs partagées : libre adhésion, lucrativité limitée, gestion démocratique et participative, solidarité entre les membres, utilité collective ou utilité sociale du projet et mixité des financements entre ressources privées et publiques.

Méconnue des Français, l'ESS emploie pourtant plus de 10% des salariés, soit 2,3 millions de personnes. Par ailleurs, "dans notre vie quotidienne nous croisons tous ces initiatives, que ce soit par exemple via les services à la personne, ou nos mutuelles. Mais l'ESS est si fragmentée que les gens ne voient pas que cela fait partie d'un tout", indique Claude Alphandery, ancien résistant et président du laboratoire de l'ESS. Ce mois de l'ESS est donc "un moment important" car il permet d'avoir "une vraie visibilité", et de montrer la "vitalité de l'ESS dans chaque région" souligne Jean-Louis Cabrespines, président du Conseil national des chambres régionales de l'économie sociale (CNCRES). "L'année 2011 revêt une importance particulière, à cause de la crise économique et financière que nous traversons, mais aussi parce qu'à six mois des présidentielles, c'est un moment important de la vie politique française", poursuit-il.

Une loi-cadre en 2012

"Cette crise pourrait être une opportunité unique de changer le modèle économique dominant où sont privilégiés les gains financiers. Nous voulons que l'ESS soit reconnue comme un véritable acteur économique à part entière. Il nous appartient d'interpeller les élus pour privilégier l'individu sur le capital", ajoute encore Jean-Louis Cabrespines. Mais " comment basculer d'un modèle économique à l'autre ?", s'interroge Claude Alphandery. "Comment passer d'une économie qui enrichit les privilégiés et dont la gouvernance échappe aux citoyens à une économie plurielle, donnant sa place à des initiatives dont les finalités sont sociales ?" Cette voie "n'est pas une utopie", estime l'ancien résistant.

Un peu moins optimiste, Gérard Andreck, président du Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l'économie sociale (CEGES), et président directeur général de la Macif, insiste sur les "problèmes de visibilité et de reconnaissance" de l'ESS, qui ne se posera pas en solution alternative "tout de suite" d'après lui. "En 1981, Michel Rocard parlait déjà d'économie sociale. Cela représentait 3-4% du PIB. Trente ans plus tard, cette économie représente 10%..." L'urgence pour lui, c'est de communiquer sur l'ESS, mais surtout d' "avoir une loi-cadre" à ce sujet en 2012. Un avis partagé par Jean-Louis Cabrespines : il faut pour l'ESS "une loi de référence comme l'est celle de 1901. Ce texte devra comprendre le périmètre de l'ESS et une sorte de charte des droits et des devoirs des acteurs du secteur". Cette "reconnaissance législative" pourrait s'appuyer sur les préconisations du rapport parlementaire rédigé par le député du Nord Francis Vercamer (Nouveau Centre), "L'économie sociale et solidaire, entreprendre autrement pour la croissance et l'emploi".

Peser dans les débats pour la présidentielle

Gérard Andreck concède cependant un "changement de comportement et un intérêt" des pouvoirs publics à l'égard des acteurs de l'ESS, car le secteur "résiste mieux à la crise, et connaît même une création d'emplois nets". " Avec l'élection présidentielle, nous disposons actuellement d'une excellente fenêtre de tir", analyse-t-il, "mais nous devons faire du lobbying relativement vite car les politiques et les 'forces de l'argent' ont une forte capacité à se ressaisir". C'est pourquoi l'ensemble des acteurs de l'ESS, a dressé une liste de 20 propositions aux candidats à la présidentielle, parmi lesquelles : «arrêtons de ne calculer que le rendement économique et investissons dans notre capital social et humain», «interdisons les écarts trop importants de rémunération», «associons les employeurs de l'ESS à l'élaboration des politiques publiques, au même titre que les organisations patronales nationales». "Il faut faire changer le système, mais le chemin sera long", craint le président de la Macif.


Ioana Doklean
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