Publié le 09 octobre 2012

SOCIAL

« L'économie sociale et solidaire doit influer sur l'ensemble du secteur privé »

En favorisant le développement économique des entreprises de l'économie sociale et solidaire (ESS), Benoît Hamon, ministre délégué à l'ESS et à la consommation, mise sur l'émancipation d'un secteur dont les pratiques et les modes de gouvernance pourraient influer sur l'ensemble de l'économie. Première phase de cette mise sur orbite : la création de la Banque publique d'investissement.

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La création de la Banque publique d'investissement (BPI) devenant une urgence gouvernementale, c'est aussi le financement des entreprises de l'économie sociale et solidaire qui connaît un coup d'accélérateur. Le projet de loi sur la BPI doit être présentée en conseil des ministres le 17 octobre pour une mise en œuvre d'ici la fin de l'année. Dès le rapport de préfiguration rendu à François Hollande durant l'été, l'affectation de 500 millions d'euros dédiés aux investissements dans l'ESS était apparue à côté du financement des PME. La somme reste modeste au regard des 20 milliards confiés à la BPI, mais « pour la première fois, nous allons mettre l'ESS au cœur du redressement productif », se réjouit un conseiller. Surtout, « ces 500 millions sont un minimum », s'empresse-t-on d'assurer au sein de l'équipe ministérielle.
Benoît Hamon a annoncé le 26 septembre dernier que les fonds dédiés à l'ESS seraient investis en suivant une répartition par secteurs d'activité : transition énergétique, recyclage, réemploi... Sur ces deux dernières filières, les entreprises de l'ESS jouent un rôle d'innovation particulièrement remarqué sur le réemploi de textiles, d'équipement électriques ou informatiques ou encore sur les techniques de recyclage. Le ministre souhaite « donner des moyens à ce secteur et des marges de croissance supplémentaires » qui, après avoir été pionnier, fait face à la concurrence des grands groupes tels que Véolia.

« Sortir de la réserve d'indiens »

En insistant sur le potentiel économique des acteurs de l'ESS, Benoît Hamon pousse en avant l'idée qu'un tiers secteur économique, porteur d'utilité sociale, a toute sa place entre une économie administrée et un secteur privé lucratif. Il aurait même un rôle à jouer dans une réorientation plus humaine de l'économie : « L'ESS démontre, presque scientifiquement qu'une entreprise qui s'impose une échelle de salaire de 1 à 10 est efficace sur son métier, qu'elle innove, qu'elle exporte », insiste-t-on dans l'équipe ministérielle. « Nous travaillons à ce que cette économique sociale et solidaire ne soit plus une réserve d'indiens, qu'elle influe sur le reste de l'économie parce qu'elle aura créé des activités et des emplois. »
Face à la démultiplication des concepts tels que celui de l'économie positive et responsable lancé récemment par Jacques Attali et qui englobe, l'économie sociale, le social business de Danone ou les démarches RSE de grands groupes, le ministère de l'ESS semble vouloir borner le territoire : « Un rapport RSE, ce n'est pas de l'ESS. Toute pratique volontaire de RSE est positive, mais ce n'est pas en replantant des arbres en Amazonie, que l'on s'exonère de protéger les emplois en Europe », rappelle un conseiller.

Développer les coopératives de salariés

Reconnaissance institutionnelle des réseaux d'acteurs, identification des structures par un label font partie des chantiers qui occupent l'équipe de Benoît Hamon. « Nous sommes dans le temps de l'action », annonce-t-on au sein du cabinet. Sous-entendu, après la phase de concertation, ce sont les services de Bercy, auquel est rattaché le ministère de l'ESS, qui planchent sur la faisabilité et le périmètre des mesures qui seront présentée devant l'Assemblée nationale dans le courant du premier semestre 2013. L'appui au développement des coopératives y occupe une large place. Au programme : débloquer la capacité d'investissement des coopératives, instaurer un droit préférentiel aux projets porté par les salariés pour la transmission ou reprise d'entreprise, faciliter la création de groupes de coopératives.
Ces mesures illustrent les intentions précitées du ministère. Le capital des sociétés coopératives de production (Scop) est détenu en majorité par les salariés. Ces salariés sociétaires désignent en leur sein leur dirigeant en respectant le principe de vote un homme égal une voix, déconnectant ainsi le niveau de capital détenu de l'influence du vote du sociétaire. De ce fait, le dirigeant doit adopter des pratiques managériales plus participatives afin de convaincre en premier lieux les salariés du bienfondé de sa stratégie au service de l'entreprise et de ses emplois.
Ce mode de management n'a pas empêché des Scop de devenir leader sur leur marché dans des secteurs très variés comme Chèque Déjeuner ou encore Acome, en pointe sur la produit de fibres optiques et les câbles télécom. Avec ce projet de loi, Benoît Hamon espère voir décoller en nombre et en taille et en influence ces coopératives qui représentent aujourd'hui 2000 entreprises et 40 000 emplois.


Philippe Chibani-Jacquot
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