Publié le 30 mai 2013

SOCIAL

Groupe SOS : leader atypique de l'entreprise sociale

Figure de proue de l'entrepreneuriat social en France, le Groupe SOS n'en est pas moins un acteur hors norme. Cette holding associative a assis son modèle de développement sur des méthodes de gestion inspirées de l'entreprise privée tout en conduisant des activités largement liées aux financements publics.

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© Groupe SOS

En 2009, le Groupe SOS ne comptait « que » 2700 salariés, ce qui en faisait déjà un géant de l'économie sociale. En 2012, le cap des 10 000 est dépassé, après les reprises successives d'Alpha et Hospitalor, deux groupes associatifs hospitaliers et de maisons de retraite. Et les perspectives d'avenir s'orientent vers un développement à l'international, jusqu'en Corée du Sud. Aucune entreprise de l'économie sociale et solidaire, à laquelle est rattaché l'entrepreneuriat social en France, ne dépasse le tiers de l'effectif de « SOS ». Quant à l'expansion internationale, elle contredit le discours ambiant d'un entrepreneuriat social orienté sur des emplois « locaux et non délocalisables ». Si le développement du leader de l'entreprise sociale en France est, un cas unique, il reste relié, par certains aspects, à son environnement d'origine : l'économie sociale et solidaire.

Cœur de métier : la santé et l'action sociale

La première association, créée en 1984, s'occupait de prise en charge des toxicomanes (1). SOS Drogue international a inventé des dispositifs d'accueil, de réduction des risques, milité pour les salles d'injection dont les pouvoirs publics viennent d'engager une expérimentation.

Changer les modes d'actions et innover pour améliorer le service : telle est la marque de fabrique du groupe qui a déployé ses activités sur tous les champ sanitaire et social : toxicomanie, Sida, hébergement d'urgence, aide à l'enfance, hôpitaux, soins infirmiers, crèches, maisons de retraite... selon le rapport d'activité portant sur l'année 2011 (le dernier disponible), « les financements du groupe proviennent à 90 % de la gestion d'établissements sociaux, de soins et dédiés au grand âge ». De ce point de vue, le Groupe SOS est représentatif de l'économie sociale qui regroupe la majorité des structures et des emplois sur ces secteurs, selon une étude conduite en 2012 par Philippe Frémeaux, éditorialiste d'Alternatives Economiques, pour le compte de la fondation Charles-Léopold Mayer.

Les 10 % restant de l'activité correspond à ce qui pourrait s'assimiler au pool de start-up créées depuis une dizaine d'années par le groupe. Ces structures, tantôt associatives, tantôt avec un statut commercial répondent à une stratégie de développement multi sectorielle : restauration d'insertion (L'Usine, traiteur éthique « Té »), conseils en mobilité durable (Voiture & Co), conseil et financement d'activités d'utilité sociale (Auxilia, Le Comptoir de l'innovation). Très en vue du fait des innovations sociales qu'il recèle, ce pool représente 300 salariés.

CPAM et collectivités locales : les premiers clients

Le concept d'entreprise sociale tel qu'il est défendu en France par le Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves, présidé depuis 2010 par Jean-Marc Borello, dirigeant fondateur du Groupe SOS), fait de l'hybridation des ressources (publiques et privées) un élément structurant de son modèle économique en plus de l'encadrement de la lucrativité (le Groupe SOS, est à 100 % non lucratif). Il permet de conjuguer une activité en secteur concurrentiel à une finalité sociale (2). C'est ce qui conduit des associations comme Voiture & Co à développer une clientèle de collectivités locales en quête de conseils et méthodologies en mobilité durable tout en nouant un partenariat avec Renault, sur une base de contribution en moyens financiers et en compétence.

Toutefois, cette hybridation des ressources reste largement orientée vers les fonds publics pour le Groupe SOS. Du fait de la prépondérance de ses activités sur le champ sanitaire et social, son premier financeur est la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) à hauteur de 210 millions € sur les 430 millions € de budget (chiffre 2011), les collectivités locales et la CPAM apportant 82,5 % des ressources du groupe. Une part qui passe à 78 % en 2012 du budget global qui atteint 560 millions € suite, notamment, à l'intégration d' Alpha Santé.

Cette prédominance des fonds publics vient contredire en partie un autre élément du discours de l'entrepreneuriat social qui se conçoit comme une solution à la baisse des fonds publics. Le Groupe SOS, qui associe une gestion rigoureuse à un principe de non lucrativité de son activité (réinvestissement de 100 % des excédents de gestion dans l'activité sans possibilité de distribution de dividende) illustre surtout sa capacité à fournir des réponses innovantes et pérennes aux besoins sociaux que l'Etat peine à satisfaire dans un cadre d'action publique.

La qualité de gestion d' « SOS » semble reconnue par les banques puisqu'elles lui prêtent plusieurs dizaines de millions d'euros par an pour financer le développement du groupe. A titre d'exemple, la seule restructuration du groupe Alpha a coûté 12 millions €, financées par les banques. Et pour séduire ces banquiers, le Groupe SOS dispose d'un autre atout. Depuis sa création, Jean-Marc Borello a fixé comme règle d'acquérir l'immobilier dont les associations avaient besoin (bureaux, hôpitaux, lieux d'événementiel). Ce qui fait de « SOS » un groupe associatif à la tête d'un patrimoine évalué à 500 millions €.


(1) Jean-Marc Borello, Les Pieds sur terre, la tête dans les étoiles, éd. Rue de l'Echiquier, avril 2013

(2)L'Entreprise du XXIe siècle sera sociale (ou ne sera pas), Jean-Marc Borello, François Bottolier-Depois, Nicolas Hazard, éd. Rue de l'Echiquier, mars 2012.

Philippe Chibani-Jacquot
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