Publié le 21 novembre 2017

SOCIAL

ESS : "Les premiers mois gouvernementaux ont été une période d’inquiétude", selon Hugues Sibille

Dans le cadre du mois de l'économie sociale et solidaire (ESS), Hugues Sibille, président de la Fondation Crédit coopératif et président du Labo de l'ESS, revient sur le changement de tutelle, la nomination du nouveau haut-commissaire et les premières mesures. Cette figure emblématique de l'ESS se veut optimiste pour l'avenir et appelle les acteurs à s'ouvrir aux secteurs clés que représentent l'économie collaborative, circulaire, du vieillissement mais aussi de l'alimentation durable.

Photo Hugues Sibille le labo de less
Hugues Sibille est le président de la Fondation Crédit coopératif et du think tank Le Labo de l’ESS.
Le Labo de l'ESS

Novethic : Jusqu’alors placée sous l’autorité de Bercy, l’Économie sociale et solidaire (ESS) est désormais sous la tutelle du ministère de la Transition écologique et solidaire. Que vous inspire ce changement ?

Hugues Sibille : Être à Bercy a été une victoire, car nous étions au cœur de la décision et du changement de modèle économique. Mais faire partie de la "transition écologique et solidaire" peut aussi être pertinent, car l’ESS a vocation à construire un nouveau modèle de développement durable et équitable. Par ailleurs, le fait d’être rattaché à un ministre d’État, connu et estimable, numéro 3 du gouvernement, peut présenter des avantages au plan des arbitrages interministériels. Finalement, plus que le rattachement, ce qui compte est la volonté politique d'agir.

Nicolas Hulot a justement mis un certain temps à se pencher sur ce dossier...

Il a été pris par d’autres urgences. Si nous le comprenons, nous nous sommes quand même sentis orphelins et mal à l’aise. En particulier, l’annonce de la diminution des contrats aidés a été perçue comme une provocation. Les premiers mois gouvernementaux ont été une période d’inquiétude et de questionnements. La nomination d’un Haut-commissaire à l’ESS et à l’innovation sociale en septembre peut redonner du souffle à la politique publique. Christophe Itier a pris le sujet à bras le corps et a annoncé des premières mesures qui semblent aller dans le bon sens. Ainsi, les 25 millions d’euros récupérés pour le monde associatif ont été salués comme un geste positif.

L’économie sociale et solidaire a plus de 100 ans. Comment évolue-t-elle ?

La notoriété de l'ESS a fortement progressé. De plus en plus d’acteurs (élus, comptables, juristes, banquiers, conseillers de chambres de commerce, enseignants...) savent désormais ce que c’est. Et un jeune diplômé de grande école sur deux souhaite travailler dans le secteur. Tout un symbole ! La loi-cadre de 2014 a précisé le périmètre et reconnu le secteur, dans une vision ouverte avec l’agrément Esus (Entreprise solidaire d'utilité sociale) donné aux sociétés commerciales. Un grand nombre d’outils et de véhicules de financement et d’investissement (fonds propres, dette, épargne...) ont été créés. Il y a encore des trous dans la raquette pour certains segments, comme les phases d’amorçage, mais globalement il y a plus en plus d’argent disponible. Et quand je dis plus d'argent, ça ne veut pas dire plus de subventions.

L'ouverture de l'ESS à l'économie réelle a justement divisé le secteur. Ce clivage est-il désormais dépassé ?

Oui, heureusement. La loi définit l’ESS comme un "mode d’entreprendre". Aujourd’hui, parler de modèle socio-économique, de qualité de service, de retour sur investissement, d’excédents devient possible. Encore faut-il ne pas perdre l’essentiel : un projet d’utilité sociale. Nous devons être favorables au changement d’échelle non pour croître mais pour augmenter notre force de transformation sociale. On peut avoir une vision d’ouverture - sur l’investissement à impact social par exemple - tout en restant vigilants sur nos valeurs autour de la gouvernance (participative) et de la propriété sociale (réinvestissement des excédents). Le débat doit porter sur ce point en sachant que le chemin de crête, ouverture et vigilance, n’est pas toujours facile. L’enjeu reste de gagner la bataille des idées auprès de l’opinion, des politiques, des économistes afin de sortir l’ESS d’une conception de réparation ou de marginalité.

Nicolas Hulot appelle aussi à un changement d’échelle, comment y arriver ?

Pour cela, nous devons améliorer les écosystèmes régionaux d'accompagnement et développer des stratégies de filières plus fortes en faisant émerger des entreprises de taille intermédiaire sur des secteurs à potentiel. Comme par exemple l’économie du vieillissement dans laquelle l’ESS est déjà présente. L’économie circulaire où l’on peut aller beaucoup plus loin que le recyclage classique. Le secteur de l’alimentation durable de qualité par des circuits-courts solidaires. Il s’agit de répondre à une attente forte des consommateurs. Plus largement, l'ESS doit se pencher sur le cas de l’économie collaborative, en proposant des offres fortes sur des secteurs révolutionnés par le digital tout en défendant des emplois de qualité, une protection, du collectif, du sens... Ainsi, je le rappelle : Airbnb ou Blablacar ne sont pas des coopératives.

Propos recueillis par Concepcion Alvarez @conce1


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