Publié le 08 novembre 2012

SOCIAL

Babyloan : quand la finance participative est aussi solidaire

Le concept du crowdfunding décolle en France et séduit des milliers d'internautes en quête de sens et de proximité pour leur épargne. Zoom sur Babyloan, spécialisé sur le microcrédit solidaire, à l'occasion de la Semaine de la finance solidaire, qui se déroule du 9 au 16 novembre.

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Avant le crowdfunding, il y avait les Cigales

Si Internet a changé la physionomie et l'échelle de la finance participative, le principe de la création d'une communauté d'épargnants pour financer des projets rejetés par les banques est loin d'être neuve. Elle appartient aux pionniers de la finance solidaire qui, dès les années quatre-vingt, ont imaginé les clubs d'investisseurs Cigales, puis les coopératives financières de capital risque comme Garrigues.
La Nef, qui fonctionne comme une banque a pour principale caractéristique de publier chaque année, pour ses 30 000 clients, la liste exhaustive des prêts octroyés durant l'année. Babyloan ou encore Spear, tout deux labellisés Finansol, prolongent aujourd'hui le concept en s'appuyant sur web.
La Semaine de la finance solidaire qui se déroule du 9 au 16 novembre sera l'occasion de mieux connaître cette finance participative... parce que solidaire.
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Quand les gouttelettes rêvent de former de grandes rivières. La finance participative, émanation française du crowdfunding qui nous vient des Etats-Unis, invite les individus à décider par eux-mêmes de la destination de leur épargne. Via des plateformes internet, l'épargnant est mis en relation avec des porteurs de projets, créateurs d'entreprises et choisit en quelques clics à qui il souhaite attribuer son argent, de quelques dizaines à quelques centaines d'euros. Le crowdfunding mise donc sur l'agrégation de nombreux contributeurs pour atteindre les sommes requises. En France, le phénomène est apparu il y a cinq ans avec My major company, spécialisé dans le financement de projets culturels. En 2012, les nouvelles plateformes se multiplient et diversifient une offre déjà complexe. Du don sans contre partie au prêt rémunéré, cinq branches se distinguent sur un secteur qui, bien qu'en forte croissance, cumule au plus une dizaine de millions d'euros en circulation (contre 1,2 milliards d'euros en 2011 aux Etats-Unis, un chiffre qui devrait plus que doubler en 2012).

A l'image du géant américain Kickstarter, les premiers acteurs français se sont lancés dans le don avec contrepartie pour financer des projets culturels ou de l'économie numérique (Kisskissbankbank ou My major company). La contribution ouvre le droit, par exemple, à voir son nom figurer sur la pochette du disque financé. Mais il est aussi possible de prêter son argent avec ou sans intérêt (Babyloan, Spear, Friendsclear, Prêt d'Union) à des entrepreneurs. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne certaines plateformes propose d'investir directement, en fonds propres à la manière des business angels.

Participatif ET solidaire

Dans cet environnement jeune et déjà très divers, Babyloan, créé en 2008, fait déjà partie des anciens. Avec près de 20 000 membres depuis sa création et des prêts qui devraient les 2 millions d'euros en 2012, c'est aussi l'une des plus belles réussites actuelle. Babyloan, dont l'activité doublera entre 2011 et 2012, est la plateforme européenne leader sur le segment du microcrédit solidaire et trois clics. Les internautes débloquent de petites sommes (à partir de 20 €) afin de financer le microcrédit d'un petit entrepreneur situé dans l'un des treize pays du Sud référencés sur le site, mais aussi en France (depuis 2011).

L'activité de prêt a été labellisée par Finansol qui regroupe les acteurs de la finance solidaire. « Pour Finansol, la nature des projets est primordiale. Ils doivent porter une forte utilité sociale et/ou environnementale. C'est là qu'il existe un début de frontière avec la finance participative », explique Vincent Belec, chargé de projets à Finansol. L'activité de Babyloan concerne majoritairement le financement d'activités économiques portées par des exclus du système bancaire dans les pays du Sud du fait de leur pauvreté. « Le comité du label regarde aussi de très près le mode d'accompagnement des projets », précise Vincent Belec. Babyloan travaille en partenariat avec des institutions de microfinance (IMF) qui mettent en avant un certain nombre de leurs clients. Ces entrepreneurs sont en passe d'obtenir leur microcrédit ou viennent de l'obtenir et l'argent prêté par les « babyloaniens » vient refinancer ces IMF. « Notre valeur ajoutée sociale est d'apporter aux IMF une ressource financière gratuite, contrairement aux fonds de refinancement classiques qui demandent à être rémunérés », explique Arnaud Poissonnier.

Le circuit de l'argent est donc moins direct que ce que perçoit le prêteur. Mais il apporte un certain nombre de garantis. D'une part, celle d'être remboursé par l'IMF, même en cas de défaut de paiement de l'entrepreneur. D'autre part, ce dernier bénéficie d'un accompagnement de l'IMF sensé augmenter les chances de réussite économique.

Régles allégées contre engagement responsable ?

En raison de la non rémunération des prêts, Babyloan a pu installer son concept sans avoir à répondre des lourdes réglementations en matière bancaires, notamment celle qui oblige à passer par une banque pour délivrer les prêts en raison du monopole bancaire sur l'activité de prêts rémunérés en France. Mais plus globalement, les acteurs du crowdfunding, réunis au sein de FinPart en France et du European crowdfunding network, militent pour une réglementation allégée afin de lever ces freins à leur développement.
Mais les risques d'ouvrir une brèche pour une activité financière sans contrôle n'est pas négligeable et un tel allègement, ne pourrait s'imaginer sans engagement de la part des acteurs. « Il pourrait être instauré un double plafond des montants unitaires par prêteur et de montant global par projet », au-delà duquel l'activité ne pourrait plus être assimilée à de la finance participative, propose Arnaud Poissonnier. Le collectif FinPart était censé publier une charte pour le secteur en septembre afin d'édicter un cadre d'activité responsable. Elle serait toujours en cours de rédaction.

Philippe Chibani-Jacquot
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