Publié le 01 avril 2020

SOCIAL

Violences conjugales, l'épidémie ignorée

C'est l'épidémie dont on ne parle pas et qui fait pourtant des ravages. Avec le confinement lié au Coronavirus, les violences conjugales ont explosé d'un tiers dans l'Hexagone. Si le gouvernement s'organise via des dispositifs d'alerte dédiés et un fonds d'un million d'euros pour aider les associations, ces dernières dénoncent son retard à l'allumage. "On paye ce qui n'a pas été fait", avertit la comédienne Eva Darlan. 

Violences conjugales coronavirus
En 2019, 149 féminicides ont été commis en France.
Amaury Cornu / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

On pourrait croire à une bonne nouvelle en apprenant que le 3919, numéro d’écoute dédié aux femmes victimes de violences conjugales, est moins sollicité depuis le confinement. A vrai dire, derrière cette baisse, se cache une plus sombre réalité. Pour ces femmes, confinées avec leurs agresseurs, appeler le 3919 est plus compliqué qu’habituellement. 

Or "la période de crise que nous connaissons et le confinement à domicile peuvent hélas générer un terreau propice aux violences conjugales", explique Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité. Les signalements de ces faits ont augmenté de 32 % en zone de gendarmerie et de 36 % en zone de police lors de la première semaine du confinement, a expliqué Christophe Castaner.

"Un enjeu de santé publique de premier plan"

Pour faciliter l’alerte, le ministre de l’Intérieur a annoncé que, dès aujourd’hui, le 114, numéro d’urgence destiné aux personnes sourdes et malentendantes allait être accessible aux femmes victimes de violences conjugales et ce pendant toute la durée du confinement. "Il permet d’appeler au secours sans se faire entendre", a-t-il fait valoir puisque ce numéro permet de recevoir des SMS. De même, le gouvernement a mis en place un système de signalements directement dans les pharmacies ainsi que la création de stand d’aides dans les centres commerciaux. 

Toutes les associations de lutte contre les violences faites aux femmes sont sur le pied de guerre. La Fondation des femmes vient de lancer un appel aux dons exceptionnel pour trouver des hébergements. Mais les critiques montent quant à la gestion de cette crise par le gouvernement qui n’a pas traité ce problème comme "un enjeu de santé publique de premier plan". Face à la crise sanitaire, le sujet est passé en second plan. Ce sont les associations qui sont montées au front, de suite, rappelant, comme le fait le collectif Nous Toutes qu’il est "déconseillé de sortir" mais pas "interdit de fuir". 

 

"On paye ce qui n'a pas été fait avant"

"On paye ce qui n’a pas été fait avant", s’emporte sur France Inter la comédienne Eva Darlan, très engagée sur ce sujet. "On a demandé pendant des années des formations des forces de l'ordre, et des hébergements ! On nous a toujours tout refusé. Et maintenant, on nous sort un système D, une sorte de solution miracle : que la population se protège elle-même, que les femmes se rendent en pharmacie ou dans les centres commerciaux (probablement fermés) pour être protégées !", dénonce-t-elle. 

Face à la situation, le gouvernement vient de créer un fonds d’un million d’euros pour aider les associations, il a également réservé 20 000 nuits d’hôtel en plus pour éviter la cohabitation mais les hébergements ne sont toujours pas assez nombreux pour accueillir les victimes. La France en compte environ 6 000 aujourd'hui, une offre sous dimensionnée selon les associations. Si la mise en place d’un Grenelle des violences conjugales en septembre dernier a été saluée par les acteurs du milieu, les annonces ont été accueillies de manière mitigée. Les associations réclamaient qu’un milliard d’euros soit débloqué pour faire face à ce fléau mais le gouvernement n’a pas cédé. En 2019, 149 féminicides ont été commis en France. On estime à plus de 200 000 le nombre de femmes victimes de violence conjugale chaque année.  

Marina Fabre, @fabre_marina


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