Publié le 28 juin 2018

SOCIAL

Ramon, Mina, Jean-Marie, Francky… Ils ont perdu leurs terres et leurs proches à cause de la déforestation

Paris organisait mercredi 27 juin une réunion avec les États signataires des Déclarations d'Amsterdam pour mettre fin à l'importation de produits responsables de la déforestation d'ici 2020. Pour l'occasion, plusieurs leaders de communautés autochtones ont fait le déplacement dans la capitale pour témoigner des conséquences de la déforestation sur leur quotidien : expulsions forcées, violences, assassinats...

Palmiers a huile cote d ivoire Papischou
Des récolteurs de graines issues de palmiers à huile en Côte d'Ivoire.
@Papischou

Cinq minutes… C’est le temps de parole accordé aux acteurs de la société civile pour témoigner des conséquences directes de la déforestation. Ils ont fait le déplacement depuis l’Indonésie, la Colombie, le Libéria, la République démocratique du Congo. Mais ils n’ont eu que quelques minutes pour expliquer aux gouvernements et aux entreprises de l’agroalimentaire comment notre consommation effrénée affecte leur vie au quotidien et les met en danger.

Ce mercredi 27 juin, se tenait pour la première fois à Paris – et en toute discrétion - une réunion des États signataires des Déclarations d’Amsterdam. Ils sont sept pays à avoir pris l’engagement de mettre fin à la déforestation d’ici 2020 et à soutenir un approvisionnement à 100 % en huile de palme durable : France, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni, Italie, Danemark et Norvège.

Assassiné pour avoir défendu ses terres

Ramon, Mina, Jean-Marie et Franky sont venus expliquer que la déforestation généralisée entraîne aussi des violations des droits des communautés, une menace pour leurs moyens de subsistance et des expropriations de terres. C’est en voulant défendre ses terres ancestrales qu’Hernán Bedoya, leader d'une communauté colombienne, a été assassiné le 8 décembre dernier, criblé de 14 balles par des paramilitaires en moto aux ordres d’entreprises véreuses. C’est son fils Ramon, 18 ans, qui le représente désormais.

"Les entreprises agissent main dans la main avec les paramilitaires. Elles viennent chez nous et nous déplacent de force pour faire de l’huile de palme, de l’agriculture intensive, des plantations de bananes ou des cultures illicites de coca, raconte le futur étudiant en droit. Elles coupent les arbres, assèchent nos rivières et nous privent de nos moyens de subsistance. Mon père, qui était le leader de la communauté, a été assassiné parce qu’il n’a pas voulu céder ses terres." 

Ramon Bedoya va continuer le combat et va dédier sa vie à la défense de sa communauté. Sa mère et ses six frères et sœurs continuent de vivre sur leurs terres, dans le Choco, au nord-ouest de la Colombie. Ils font pousser du riz et du maïs pour leur consommation personnel. Jusqu’à quand ? "Les entreprises vont continuer à nous mettre la pression, beaucoup de nos voisins ont déjà été déplacés de force, mais nous devons résister. C’est pour ça que je suis venu à Paris aujourd’hui, pour raconter au monde entier ce que nous vivons."

18 terrains de foot défrichés chaque minute

Franky Yafet vient quant à lui d’Indonésie, un pays dévasté par les plantations de palmiers à huile. En mai dernier, il a coordonné une lettre signée par plus de 200 représentants de communautés ou d’ONG indonésiennes pour demander à l’Union européenne de mettre fin à l’utilisation d’huile de palme dans ses carburants. Avec succès puisque celle-ci devrait disparaîtra des transports européens d'ici 2030.

"Pour nous, les forêts ne représentent pas que du bois et des ressources économiques, mais c’est notre maison. Leur destruction va également entraîner la disparition de nos traditions, nos langues et nos rituels. Tout ça pour planter des palmiers à huile à grande échelle et enrichir des investisseurs étrangers. D’ores et déjà, notre modèle socio-culturel, basé sur l’entraide, a été transformé en un modèle plus individualisé et dépendant de l’argent. Il crée plus de vulnérabilité et engendre des conflits sociaux", se désole le leader autochtone indonésien.

Il met en cause l'accroissement de la consommation mondiale pour les produits responsables de la déforestation. Selon la Commission européenne, la consommation de bœuf, de soja et d’huile de palme dans la seule Union européenne entraîne chaque minute le défrichage de l’équivalent de 18 terrains de football de forêt tropicale…

Concepcion Alvarez, @conce1


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