Publié le 06 novembre 2019

SOCIAL

Quatorze ans plus tard, la France publie sa feuille de route contre la malnutrition

C'est un fléau que les politiques publiques n'arrivent pas à endiguer. Alors qu'un quart de la population mondiale subit l'insécurité alimentaire, la France vient de se doter d'une feuille de route en la matière, quatorze ans après la dernière stratégie mise en place. En plus d'une décennie, la situation s'est considérablement dégradée et devrait s'aggraver avec le réchauffement climatique.

Malnutrition unicef
Un enfant de moins de cinq ans sur trois souffre de malnutrition.
Unicef

Quatorze ans. C’est le nombre d’années qu’il a fallu attendre pour que la France se dote d’une feuille de route contre la malnutrition. C’est dire si la stratégie mise en place en 2005 était obsolète au vu des grands changements qui ont marqué la dernière décennie, comme la crise alimentaire mondiale en 2008. Au total, c’est un quart de la population mondiale, soit plus de deux milliards de personnes qui vivent dans l’insécurité alimentaire.

"Des réformes importantes ont été engagées pour pallier les dysfonctionnements internationaux, mais force est de constater qu’en 2019 la sécurité alimentaire tend à se dégrader", reconnaît le Quai d’Orsay. "La cause principale de l’insécurité alimentaire reste la pauvreté des ménages ruraux, et cette insécurité peut être aggravée par les situations de conflits ou le changement climatique".

Développement de l'agroécologie

D’où le lancement, le 22 octobre dernier, de la nouvelle stratégie internationale de la France pour la sécurité alimentaire, la nutrition et l’agriculture durable, par Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères. D’autant que la lutte contre la malnutrition correspond au deuxième objectif de développement durable adopté par les Nations Unis en 2015.

La France a défini cinq axes de développement pour la durée 2019-2024, du développement des systèmes agricole et alimentaire durables comme l’agroécologie "pour faire face au changement climatique et à l’érosion de la biodiversité" à la structuration de filières agroalimentaires durables "pour favoriser la création d’emplois décents dans les territoires ruraux".

"L'agriculture est rarement une priorité, la nutrition encore moins"

Si la publication de cette nouvelle stratégie marque une avancée dans la lutte contre la malnutrition, certaines associations sont critiques. "Une analyse allant dans le bon sens mais des objectifs sans feuille de route ni indicateurs", dénonce dans un tweet la Coordination Sud. "Il n’y a par exemple aucun exemple chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre", souligne dans le Monde Peggy Pascal, directrice du plaidoyer de CCFD-Terre solidaire. D’autant que l’Agence française pour le développement (AFD) témoigne dans le quotidien : "À l’heure actuelle, les demandes qui nous sont adressées concernent surtout les questions d’infrastructure, de pacification, d’éducation. L’agriculture est rarement une priorité, la nutrition encore moins".

Un problème d’autant plus important que, d’ici 2050, il faudra nourrir près de 10 milliards d’humains alors même que la planète va se réchauffer. "La sécurité alimentaire sera de plus en plus compromise par le changement climatique à venir en raison de la baisse des rendements, en particulier dans les régions tropicales, de l’augmentation des prix, de la réduction de la qualité des nutriments et des perturbations de la chaîne d’approvisionnement", a ainsi expliqué Priyadarshi Shukla, coprésident du Groupe de travail III du Giec. Si les températures mondiales augmentent de 2°C en moyenne, le risque d’instabilité de l’approvisionnement alimentaire sera hautement élevé, notaient les chercheurs du Giec en août dernier.

Marina Fabre @fabre_marina 


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

SOCIAL

Droits humains

Le respect des droits humains par les entreprises est devenu crucial pour les investisseurs ou les ONG. Elles dénoncent les violations commises contre des peuples autochtones ou les communautés locales ce qui peut compromettre de nombreux projets, en particulier dans le secteur extractif.

Olivia Gregoire 1

Olivia Grégoire : "Le devoir de vigilance européen, c’est le sens de l’histoire économique"

Alors que l'Union européenne doit adopter une directive sur le devoir de vigilance des multinationales, la ministre en charge de l'Économie sociale, solidaire et responsable, Olivia Grégoire, défend la position de la France, premier pays à avoir légiféré en la matière. Si les lobbys pèsent, la...

 Senat et loi climat @Jacques Paquier

Devoir de vigilance : Les sénateurs délèguent la compétence au tribunal de commerce, au grand dam des associations

Les tribunaux de commerce pourraient bientôt devenir les seuls compétents pour juger les affaires fondées sur le devoir de vigilance. C'est ce qu'ont voté les sénateurs, fin septembre, contre l'avis du gouvernement. Les associations craignent que cette mesure ne vide de son sens la loi de 2017 qui...

Vaccin Covid 19 Byjeng

Covid-19 : En privant les pays pauvres de vaccin, les laboratoires alimentent "une crise des droits humains sans précédent"

Alors que les géants pharmaceutiques ont été applaudis pour leur rapidité à produire un vaccin pendant la pandémie de Covid-19, l'ONG Amnesty International les accuse, dans un nouveau rapport, de ne pas respecter les droits humains en fournissant quasi uniquement les pays riches, au détriment des...

Deforestation changement sol Free Photos de Pixabay

2020, année la plus meurtrière pour les défenseurs de l’environnement

Le nombre de défenseurs de l'environnement assassinés dans le monde ne cesse d'augmenter. Le nouveau rapport de Global Witness recense au moins 227 meurtres, dont la moitié en Colombie. Un record alors que les trois quarts des victimes luttaient contre la déforestation dans des pays en...