Travail forcé, mauvaises conditions d’hébergement, réduction en servitude… une filiale de Vinci vient d’être mise en examen en raison de ses pratiques sociales sur ses chantiers au Qatar, accusations que le groupe de BTP réfute. À seulement quelques jours de l’ouverture de la Coupe du monde, alors que la sélection de l’équipe de France vient d’être dévoilée, l’annonce du tribunal de Nanterre ajoute une nouvelle controverse à l’encontre de cet événement sportif. 

La Coupe du monde de football doit débuter le 20 novembre au Qatar. Mais avant même que le premier ballon ne soit lancé, l’événement sportif suscite de nombreuses controverses. La dernière en date se trouve du côté de Vinci. Le tribunal de Nanterre a décidé la mise en examen d’une filiale de la société française spécialisée dans le BTP, suite à la plainte déposée par plusieurs associations dont Sherpa et le Comité contre l’esclavage moderne.
Plusieurs chefs d’accusation pèsent sur Vinci Construction Grands Projets, dont la réduction en servitude, le travail forcé, les conditions d’hébergement incompatibles avec la dignité humaine. "Cette mise en examen constitue un signal fort contre l’impunité des multinationales, se félicite Sandra Cossart, la directrice de Sherpa. Elles peuvent être pénalement sanctionnées quand elles tirent profit des conditions de l’esclavage moderne."

Vinci nie les accusations


Le groupe de BTP nie cependant ces accusations et affirme travailler étroitement avec la justice à ce sujet. Dans un communiqué, Vinci déclare avoir lancé dès 2014 des audits par des tiers indépendants sur ses chantiers au Qatar, menés par QDVC, l’entreprise dont Vinci Constructions Grands Projets détient 49% du capital. Selon France Info, l’avocat de l’entreprise prévoit de former un appel pour annuler cette mise en examen.
Sherpa a porté plainte en 2015 pour travail forcé, suite à un déplacement sur le terrain pendant lequel les membres de l’association avaient recueilli des témoignages des employés. La plainte avait été classée sans suite en 2018. Mais elle a été relancée en 2019, avec constitution de partie civile, six anciens employés s’y étant joint. Les projets visés par la plainte des associations concernent des infrastructures de transport au Qatar dont les projets ont été lancés avant l’attribution de la Coupe du monde de football à l’Emirat.
Mais la mise en examen décidée par le tribunal de Nanterre arrive à seulement quelques jours du premier coup de sifflet de l’événement sportif qui se tiendra du 20 novembre au 18 décembre. Celui-ci enchaîne les controverses, en premier lieu en raison des conditions de travail sur les chantiers de la Coupe du monde. Amnesty International alerte depuis plusieurs années sur la situation des droits humains dans l’Emirat, et a lancé une campagne "Qatar 2022, les droits humains ne doivent pas être hors-jeu".

Un bilan climatique contesté


Mais c’est aussi sur le plan du climat que la Coupe du monde est attaquée. Les températures élevées dans le désert qatari ont forcé la construction de stades de foot climatisés. L’organisation assure que l’événement sera neutre en carbone, ce que contestent les associations. Cinq plaintes dans plusieurs pays européens ont été déposées contre la Fédération internationale de football (Fifa) auprès des autorités de réglementation de la publicité pour allégations trompeuse.
Les appels au boycott se sont par ailleurs multipliés contre la Coupe du monde de la part de personnalités sportives ou non, et de municipalités. Alors que la sélection de l’équipe de France vient tout juste d’être annoncée, les autorités sportives françaises tentent de ramener la conversation sur l’aspect sportif.


"Aujourd’hui il est important que l’on rééquilibre, qu’on parle plus du sportif", affirme ainsi Amélie Oudéa-Castera, la ministre des Sports au micro de France Info. Selon elle, les questions sociales et environnementales devront se dérouler sur un autre terrain. "Cette Coupe du monde est aussi l’occasion de mettre un coup de projecteur sur ce pays, et de continuer à pousser les feux diplomatiques pour le respect des droits humains, pour la transition écologique", assure-t-elle.
Arnaud Dumas, @ADumas5

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