Publié le 02 septembre 2010

SOCIAL

Pollution : Shell et Basf condamnés par la justice brésilienne

Après avoir tour à tour détenu l'usine de fabrication de pesticides de Paulinia (Brésil), Shell et Basf viennent d'être condamnés par un tribunal brésilien, suite aux conséquences sanitaires de la pollution du site. Les deux géants font appel. Basf réfute toute responsabilité environnementale et Shell nie les impacts sanitaires de cette pollution aux pesticides.

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Le 19 août dernier, le Tribunal brésilien de Paulinia (État de São Paulo) condamnait le pétrolier Shell et le groupe chimique Basf pour « dommages moraux causés à la collectivité ». En cause, la pollution des sols et des eaux souterraines aux alentours de l'usine de Paulinia, une fabrique de pesticides détenue tour à tour par Shell et Basf. L'association des travailleurs exposés aux substances chimiques (Atesq), l'Association de lutte contre les polluants (ACPO) et le Ministère du Travail avaient porté plainte contre les deux multinationales en 2007. La justice brésilienne leur aura donc donné raison, condamnant Shell et Basf à verser près de 628 millions de dollars, notamment pour couvrir les frais médicaux des victimes.

La responsabilité environnementale du site entre les mains de Shell

Dès son inauguration par Shell en 1977, l'usine produit des pesticides dont certains, l'aldrim et le dieldrin notamment, sont déjà connus pour leurs impacts environnementaux néfastes. La vente des-dits pesticides au Brésil est d'ailleurs interdite en 1985, mais d'après un rapport de Greenpeace paru en 2001, l'usine maintient leur fabrication jusqu'en 1990 pour alimenter le marché extérieur. Le Ministère de la Santé interdira définitivement la production et le commerce de ces substances en 1998.
La fabrique change de main en 1995. Vendue à la firme chimique American Cyanamid Co, elle devient la propriété de Basf en 2000, lorsque le géant allemand rachète Cyanamid. Fermée deux ans plus tard, l'usine sera à nouveau vendue à Shell en 2008.

D'après Greenpeace, de nombreuses fuites et l'incinération sauvage des déchets ont infesté les sols de pesticides et de métaux lourds. Nombres d'études scientifiques indépendantes commandées par les autorités locales font également état de concentrations de substances toxiques supérieures aux seuils réglementaires. Inhalés, ingérés, absorbés par la peau, les pesticides et métaux lourds semblent favoriser les incidences de cancers de la prostate, de la thyroïde, altérer la fertilité et engendrer des dysfonctionnements endocriniens.

En 2001, Shell reconnaît publiquement que le site de l'usine et ses alentours sont pollués. Or, malgré la vente à Cyanamid-Basf, la responsabilité environnementale du site lui revient.
Car lorsque Shell a vendu la fabrique à Cyanamid en 1995, le contrat ne stipulait pas de transfert de responsabilité environnementale. Suite à un audit environnemental, l'accord entre les deux firmes prévoyait la réhabilitation du site par Shell, sous la surveillance du Département Environnement de l'État de São Paulo, mais ne remettait pas en cause les activités de l'usine. La ligne de défense de Basf tout au long du procès sera donc toute tracée : la faute revient à Shell.

Shell réfute les conséquences sanitaires de la pollution

En revanche, pour le géant pétrolier, il n'est pas question d'assumer financièrement la charge des traitements médicaux. Auditionné par la juge du Travail Maria De Ceirqueria, Shell affirme que la « littérature médicale n'a jamais apporté la preuve entre les pesticides DDT et les altérations endocriniennes », et ajoute que « de récente études portant sur les effets des pesticides sur l'organisme humain font état d'un recul, et non d'une augmentation de l'incidence des cancers. » Le groupe rappelle par ailleurs que « des examens médicaux des salariés, dont les résultats montrent de faibles taux d'altérations » ont été périodiquement effectués. Shell a effectivement ouvert une clinique « indépendante » en 2001, proposant à ses anciens salariés de nombreux examens médicaux. 25O employés ont ainsi bénéficié de plus de 2000 consultations. Pour le pétrolier, les résultats de ces examens sont formels : « il n'existe aucun lien entre nos opérations et les maladies de nos anciens employés. »

Le Centre de référence en santé du travail de Campinas (ville voisine de Paulinia) a également examiné 69 anciens salariés de l'usine. D'après son rapport, 56 d'entre eux présentent des troubles sérieux au niveau de l'appareil génital, une altération de la fertilité ou une affectation de la prostate. Le Centre a également recensé 10 cas de tumeurs malignes et 21 cas d'hypertension et de troubles digestifs. En 2005, l'incidence des cancers masculins de la thyroïde dans les alentours de Campinas était 166 fois supérieure à la moyenne. D'après l'Atesq, une cinquantaine de personnes seraient mortes suite à cette contamination.

Si les deux industriels perdent en appel, ils devront verser près de 29 000 euros à chacune des 1000 victimes recensées, qu'il s'agisse d'anciens salariés, de leurs enfants ou des agriculteurs voisins de l'usine.


Anne Farthouat
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