Publié le 14 janvier 2014

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SOCIAL

Peuples autochtones : en Inde, les Dongria Kondh font plier le géant Vedanta

Un peuple autochtone de quelques milliers de personnes, qui a souvent été comparé aux Navi hollywoodiens du film Avatar, vient de réussir à faire annuler un projet minier de plusieurs milliards de dollars porté par une multinationale cotée à Londres : Vedanta Ressources. Le ministre de l'Environnement indien a rejeté, le 10 janvier 2014, l'ultime recours de la compagnie. C'est l'épilogue d'une saga qui mêle droit des peuples, stars hollywoodiennes, ONG, investisseurs responsables, gouvernement et tribunaux indiens. Chronologie d'une saga à rebondissement.

Dongria Kondh Vedanta Survival
En Inde, les Dongria Kondh, peuple autochtone de quelques milliers de personnes a fait annuler un projet minier de plusieurs milliards de dollars porté par Vedanta Ressources, une multinationale cotée à Londres.
© Survival

 

2008-2010 : La résistance s'organise

En Inde, dans la région pauvre d'Orissa, les Dongria Kondh sont une tribu représentant près de 8 000 personnes. Le groupe minier Vedanta commence à exploiter la bauxite sur leurs terres dès les années 2000. Il faut attendre les premières pollutions engendrées par l'exploitation de ce minerai et un nouveau projet, pour que la tribu s'oppose à l'installation d'un complexe sur sa montagne sacrée couplant extraction minière et usine de production d'aluminium.

Dès le départ, l'ONG Survival International les soutient et donne une ampleur internationale à leur combat. Celui-ci prend une tournure planétaire quand on les compare à la tribu des Navi du film de James Cameron Avatar.

 

2010-2012 : Investisseurs et tribunaux entrent en jeu

 

Le rapport d'Amnesty International et de l'agence de notation extra financière anglaise EIRIS, à destination des actionnaires de Vedanta met le combat des Dongria Kondh à l'ordre du jour de son assemblée générale de juillet 2010 à Londres.

Progressivement, le conflit devient le symbole du prix élevé que doivent payer les entreprises extractives confrontées au rejet des populations locales. Il illustre notamment les nouveaux risques auxquels sont confrontés entreprises et investisseurs, cartographiés dans une étude de Novethic.

En août 2010, le gouvernement gèle le projet qui représente 2,7 milliards de dollars d'investissement. Vedanta perd 30 % de sa valeur boursière le jour même. Mais le groupe anglo-minier ne renonce pas et saisit les tribunaux indiens pour obtenir l'annulation de la décision gouvernementale.

 

2013-2014 : L'ultime bras de fer

 

L'assemblée générale de Vedanta, à l'été 2013, est une nouvelle fois perturbée par les ONG qui interpellent l'entreprise sur sa politique sociale et environnementale. Aviva Investors, l'un des actionnaires, souligne publiquement les contre-performances financières de l'entreprise et les lient à sa gestion calamiteuse du dossier des Dongria Kondh. D'autres investisseurs comme l'église d'Angleterre ont déjà vendu leurs actions en signe de protestation.

Vedanta devient un cas d'école d'entreprise controversée pour violation des droits humains. En avril 2013, la Cour Suprême indienne ordonne que soient réalisés des référendums dans chacun des douze villages des Dongria Kondh concernés par le complexe minier. Malgré les intimidations, ils votent contre, à l'unanimité. Cette consultation devient le premier référendum environnemental organisé en Inde.

En janvier 2014, le ministère de l'Environnement indien annonce qu'il annule définitivement le projet.

Cette longue bataille devrait faire jurisprudence et inciter les grands groupes miniers à obtenir le consentement préalable des populations locales. Pour Stephen Corry, le directeur de Survival International : "on croit souvent à tort que la défense des droits des peuples indigènes est un combat perdu d'avance, particulièrement lorsque de puissantes multinationales telles que Vedanta y sont impliquées. Mais cette heureuse issue prouve que le plus fort ne l'emporte pas toujours sur le plus faible".

A.C.Husson-Traore
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