Publié le 10 décembre 2018

SOCIAL

Droits humains : Moins de 5 % des grandes entreprises mondiales affichent des mesures tangibles

La déclaration des droits de l'Homme fête ses 70 ans ce 10 décembre. Pourtant, malgré les textes internationaux et réglementations locales, la question des droits humains reste très mal appréhendée par les grandes entreprises au niveau mondial, selon une étude réalisée par l’agence de notation extra-financière Vigeo Eiris.

En moyenne, les entreprises obtiennent 33/100 en matière d’engagements à respecter les droits humains sur leurs lieux de travail, dans leurs activités et leur chaîne d’approvisionnement.
@Adek Berry/AFP

Respect des droits syndicaux, du consentement des populations locales, respect de la vie privée et du droit de la propriété, lutte contre le travail des enfants, non-discrimination… Les droits humains concernent les entreprises, mais celles-ci ne sont pas toujours à la hauteur.

"Soixante-dix ans après la déclaration universelle des droits de l’homme et sept ans après l’adoption des Principes directeurs des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l’homme, ce domaine reste un des thèmes de responsabilité sociale et un champ de risques parmi les moins pris en considération par les entreprises", alerte l’agence de notation extra-financière Vigeo-Eiris.

Les résultats obtenus par 4 585 entreprises cotées scrutées dans 60 pays ne sont pas bons (1). En moyenne, elles obtiennent la note de 33/100 en matière d’engagements à respecter les droits humains sur leurs lieux de travail, dans leurs activités et leurs chaînes d’approvisionnement. Un score qui signifie qu’elles ne "parviennent pas à satisfaire aux exigences minimales" à respecter selon les textes de référence internationaux.

La France en tête de classement

Seules 5 % des entreprises affichent des "engagements tangibles". C’est-à-dire avec des "objectifs visibles, exhaustifs, précis, portés par des structures appropriées et des dirigeants de haut niveau hiérarchique, en appui sur des moyens documentés assortis de dispositifs de contrôle, de recueil des réclamations et des plaintes et des outils dédiés de cartographie des risques et de reporting".

En majorité, les entreprises ne fournissent pas d’explications, ni d’indicateurs sur la nature, le périmètre et les modalités de leur système de gestion de risque. Les disparités sont relativement fortes entre les entreprises, les notes allant de 0 à 88/100, et entre les pays.

À ce jeu, la France est en tête. Les entreprises tricolores sont soumises à un reporting ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) depuis une décennie et à la loi sur le devoir de vigilance. Cette dernière leur demande d’établir un plan cartographiant les risques en matière de droits humains et rendant compte des mesures mises en place pour les prévenir et les atténuer.

Premier decile entreprises droits humains vigeo eiris

Classement du premier décile des entreprises cotées à l’échelle mondiale en matière de droits humains

Moins de 50 % des entreprises controversées réagissent

Les secteurs les moins performants selon l’étude sont le tabac, les services financiers liés à l’immobilier, la distribution spécialisée et l’alimentaire. "Adeptes de l’externalisation et peu proactifs sur la gestion des risques", ils obtiennent moins de 30/100. Un autre classement, Know the Chain (2) souligne aussi les faibles scores de l'industrie de l'habillement et de la chaussure qui, malgré les différents scandales, ont à ce jour "échoué à éliminer l'exploitation des travailleurs vulnérables dans leur chaîne de valeur". 

À l’inverse, les banques de développement et agences bancaires obtiennent les meilleurs scores. Elles atteignent environ 50/100. Des scores qui restent cependant relativement faibles pour des têtes de pont. 90 % des secteurs d’activité obtiennent entre 24 et 37/100.

En cas de controverses – plus de 1 300 recensées en 2018, touchant principalement les banques diversifiées et le secteur minier – près de la moitié des entreprises ne répondent pas aux allégations. Seulement 1,4 % des entreprises mises en cause sont proactives et 7 % prennent des mesures correctives.

"Pour rendre la mondialisation à la fois durable et souhaitable pour toutes les parties prenantes, les entreprises devront changer, passer d’une attitude passive à une meilleure compréhension du lien entre leur intérêt propre et le respect des droits humains", conclu Fouad Benseddik, directeur des méthodes de Vigeo Eiris.

Béatrice Héraud @beatriceheraud 

(1) L’étude est disponible en anglais

(2) Know the chain, une initiative de Humanity United the business and human rights resource center. Le classement 2018 est disponible ici


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