Publié le 18 juillet 2017

SOCIAL

Minerais du conflit : l’autre combat des entreprises américaines contre Donald Trump

Il n’y a pas que sur le climat que les entreprises américaines s’opposent à Donald Trump. Elles s’engagent aussi contre la vaste remise en cause du Dodd Frank Act et, en particulier, de la section 1502. Cette disposition oblige les entreprises à être transparentes sur l'utilisation de certains minerais à risques.

RDC Milice Minerais du conflit

AFP

La section 1502 est en sursis. Cette disposition obligeait depuis trois ans les sociétés cotées aux États-Unis à rendre des rapports publics à la SEC, l'autorité de régulation boursière, pour détailler la provenance de certains minerais issus des zones de conflit. Mais la Chambre des représentants a voté le 13 juin dernier un texte qui remet en cause l'ensemble du Dodd-Frank Act, dont sa section 1502. Le projet doit désormais être présenté au Sénat. En attendant, le président américain pourrait agir par décret pour suspendre au moins pendant deux ans l'application de cette réglementation.

En coulisses, certaines entreprises s'activent depuis des années pour obtenir une telle dérégulation. "Le Dodd-Frank Act dans son ensemble est critiqué par la base du parti républicain depuis sa création après la crise financière de 2008. Ce texte a provoqué la colère de bon nombre d'entreprises qui ont essayé depuis des années d'en limiter la portée. Et avec Donald Trump, ils sont maintenant en position de le faire", résume Michael Smith, analyste RSE chez EcoVadis.

High-tech et joaillerie s'engagent

Mais dans le même temps, de nombreuses entreprises américaines sont en train de s'engager publiquement en faveur de la section 1502. Un mouvement de rébellion comparable à celui qui a émergé pour défendre l'Accord de Paris. Dans le secteur de la high-tech, des mastodontes comme Apple, Intel, Microsoft ou HP ont ainsi prévenu qu'ils ne changeraient pas de cap tout comme Tiffany & Co dans le secteur de la haute joaillerie.

Signet, le plus grand détaillant au monde de bijoux en diamants, a, quant à lui, décidé de prolonger pour quatre années supplémentaires le reporting lié à la section 1502, long et complexe à mettre en œuvre. "Quelle que soit l'issue du débat sur l'avenir de la législation, notre groupe maintient son engagement en faveur d'un approvisionnement responsable parce que la confiance de nos clients en dépend", résume David Bouffard, son vice-président.

Dans des termes nettement moins diplomatiques, Mark Hanna, le directeur marketing de Richline group, l'un des leaders de la joaillerie aux Etats-Unis, assène sans détour : "Honnêtement et c'est peut-être sévère de le dire comme ça, mais je suis surpris que la priorité de M. Trump soit d'éliminer toutes ces régulations auxquelles son équipe ne comprend rien".

Pression des consommateurs et des actionnaires

Pour ces groupes, il n'y a tout simplement aucun intérêt à stopper un train déjà lancé sur de bons rails. "Bon nombre d'entreprises m'ont fait part de cette même réflexion : quand vous avez commencé à faire du reporting, à mettre en avant vos efforts de transparence, c'est très difficile de s'arrêter. Parce qu'il y a cette pression extérieure, venue des actionnaires, de vos propres employés, qui ne va faire que s'accentuer", résume Michael Rohwer, directeur adjoint du réseau BSR.

Ceux qui seraient tentés de tourner le dos à la section 1502 prennent un risque réputationnel fort sur le sol américain. Et ils s'exposent à une concurrence internationale qui, elle, entend bien continuer à s'engager. "Je ne vois pas les entreprises américaines abandonner leurs efforts de transparence alors qu'il reste d'autres législations en place si elles font du commerce en Europe par exemple ou avec certains États américains comme le Massachusetts ou la Californie", analyse ainsi Michael Rohwer.

Le risque d'un système à deux vitesses

Sans compter que beaucoup d'entrepreneurs se demandent désormais si Donald Trump, visé dans une enquête sur les liens entre sa campagne et la Russie, ira bien au terme de son mandat et donc de ses projets. "Si c'est un démocrate qui arrive à la Maison-Blanche après Trump avec une majorité à ses côtés, il remettra en place cette législation", prévient simplement Michael Smith d'EcoVadis.

Impossible pourtant de savoir quelle est la proportion d'entreprises qui maintiendront leurs engagements à long terme. Le vrai risque est de voir s'instaurer un système à deux vitesses. Pour Lauren Compere, directrice générale de Boston Common Asset Management, qui pilote une coalition d'une centaine d'investisseurs responsables sur ce sujet, "il y a un groupe d'entreprises qui vont déjà bien au-delà des obligations légales. Mais en tant qu'investisseur, ce qui m'inquiète, ce sont les centaines d'autres entreprises qui ne seront plus obligées d'être transparentes si la section 1502 est supprimée. Et qui ne feront plus d'efforts". À celles-ci, elle adresse un message simple : "Si vous faites machine arrière, les investisseurs se demanderont ce que vous cachez !"

Fannie Rascle, @fannierascle


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