Publié le 01 avril 2021

SOCIAL

Les massacres de la junte remettent la Birmanie sur la liste des pays à fuir

Longtemps la Birmanie a figuré sur les listes d’exclusion des grands investisseurs nord européens parce que les droits humains y étaient bafoués quotidiennement. Puis le pays est devenu une destination touristique, mais les évènements tragiques de 2021 le remettent sur la carte des exclusions. Les fonds de pension néerlandais sont pris à partie et Total est appelé à cesser de verser à la junte les revenus de l’exploitation gazière. Tragique répétition de l’histoire !

Manifestation en Birmanie contre la junte militaire Myat Thu Kyaw NurPhoto NurPhoto via AFP

@Myat Thu Kyaw/NurPhoto/NurPhoto via AFP

Il y a vingt ans, Total figurait sur les listes d’exclusion des grands investisseurs nord européens à cause du chantier controversé du pipeline Yadana qui devait transporter le gaz liquide de Birmanie vers la Thaïlande. La compagnie pétrolière française contestait les accusations de recours au travail forcé. Mais elle figurait malgré tout sur la liste des 16 entreprises les plus exclues par les investisseurs nord européens pour non-respect des droits humains, publiée par Novethic en 2012.

Dix ans plus tard l’histoire se répète tragiquement, la junte militaire a refermé la parenthèse semi-démocratique déjà entamée par les persécutions des Rohingyas et tire désormais à balles réelles sur les manifestants pacifistes qui brandissent leurs trois doigts serrés. Plus de 400 Birmans sont déjà morts et l’organisation Justice For Myanmar tente de ranimer le mouvement de boycott international.

Elle a interpellé les deux principaux fonds de pension néerlandais, ABP et PFZW. Elle les accuse de détenir deux milliards d’actions d’entreprises à exclure immédiatement de leurs portefeuilles. Elles classent ces entreprises en deux catégories. "Neuf d’entre elles ont un lien direct et ancien avec le régime militaire où des entreprises qu’il contrôle", dont Adani Ports et Posco, deux habitués des listes d’exclusion. Onze autres sont accusées d’avoir des relations commerciales directes avec des sociétés détenues par l’État birman. C’est le cas de compagnies pétrolières, comme Shell, Chevron et Total.

Appel à la transparence

Les fonds de pension interpellés ont rappelé leurs engagements sur l’investissement responsable et précisé qu’ils n’avaient pas d’investissement direct en Birmanie. Ils ajoutent qu’ils faisaient de l’engagement auprès des entreprises dont ils sont actionnaires pour les inciter à respecter les droits humains. Au début du coup d’état en février, Total a fait partie des signataires de la déclaration des entreprises responsables opérant en Birmanie.

Ce texte précise que "les signataires opèrent en toute transparence en Birmanie où ils respectent les conventions de l’Organisation Internationale du Travail et les Principes Directeurs des Nations Unies sur le Respect des droits humains par les Multinationales" Les signataires ajoutent que "leurs engagements à respecter les droits humains en Birmanie contribue significativement à favoriser le développement de la démocratie en Birmanie".

Un mois plus tard Total est appelé à cesser de financer la junte par le collectif d’ONG que rassemble Justice for Myanmar. Selon ses calculs, Total a versé 239 millions d’euros en 2019 au régime birman en taxes et participations dans des entreprises d’Etat qu’elle voudrait le voir l’appelle à geler.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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