Publié le 02 novembre 2017

SOCIAL

À partir du 3 novembre, les femmes travaillent gratuitement

Le 3 novembre à 11h44 et 9 secondes. C’est le moment exact à partir duquel les Françaises vont commencer à travailler bénévolement et ce, jusqu'à la fin de l'année, a calculé le collectif Les Glorieuses. En cause : l'écart salarial de 15,8 % entre les femmes et les hommes.


À partir du 3 novembre, les travailleuses françaises vont travailler gratuitement à cause des inégalités salariales. L'année dernière, la date était fixée au 7 novembre. "Il y a un recul de l’égalité salariale en France", explique Les Glorieuses, le collectif féministe à l’origine de ce calcul. Au total, cette année, le nombre de jours ouvrés non payés est de 39,7, correspondant à un écart de 15,8 %. Et encore, si le calcul était basé sur tous les secteurs et tous de temps travail confondus, l’écart salarial serait en réalité de 25,7 %. 

Des inégalités dues à plusieurs facteurs. D’abord, les "interruptions" au cours de la carrière des femmes notamment dues à la maternité. En France, par exemple, selon le rapport Glassdoor de 2016, l’écart de rémunération augmente de 12 points lorsqu’une femme a des enfants. De même, les femmes doivent faire face à un sexisme systémique et des stéréotypes qu'elles ont parfois elles-mêmes intériorisés. "Les femmes sont concentrées dans un ensemble de catégories d’emplois limités, peu rémunérateurs et dans des niveaux hiérarchiques inférieurs", notent ainsi Les Glorieuses. 

L’égalité pour 2234

Comme l’année dernière, le collectif invite les femmes et les hommes à quitter leur travail à 11h44 le 3 novembre. Un "geste symbolique" qui s’inspire des méthodes islandaises. En 1975, face aux inégalités salariales, les travailleuses d'Islande étaient descendues dans la rue pour réclamer l’égalité. Ce Women’s Day Off a été déterré en 2005 par plusieurs associations. Dans un pays aussi petit (300 000 habitants), l’absence des femmes avait eu des répercussions immédiates sur l’économie. 

"Nous n’attendrons pas 170 ans pour accéder à l’égalité", préviennent Les Glorieuses reprenant un rapport du World Economic Forum qui avait estimé, en 2016, que les femmes seraient autant payées que les hommes en… 2 186. Mais le WEF a revu sa copie ce jeudi 2 octobre, finalement il faudra attendre jusqu'en... 2234. 

Pour y remédier, le collectif propose des solutions : s’unir en entreprise, négocier son salaire, exiger la transparence de l’entreprise, revaloriser les emplois moins bien payés, etc.

Les inégalités, un coût de 62 milliards pour les entreprises 

Et les entreprises ont tout à y gagner. Selon un nouveau rapport de la Fondation Concorde, un think thank économique indépendant, les inégalités salariales entre les femmes et les hommes génèrent 62 milliards de pertes annuelles pour les entreprises françaises. 

Plus largement, une égalité stricte aurait des effets très positifs sur l'économie française. "Le différentiel de salaire net versé entre les femmes et les hommes représente en moyenne 3 525 euros par an et atteinte de manière agrégée 33,6 milliards d'euros par an. Ce "manque à gagner" en terme de salaire net, a également des répercussions sur la consommation et les recettes fiscales", explique le think thank.

À l'échelle mondiale, employer plus de femmes permettrait d'injecter 5 800 milliards de dollars dans l'économie. En France, la retombée s'élèverait à 44,3 milliards d'euros. Mais il y a encore un long chemin à parcourir : le taux d'activité d'activité des femmes n'est que de 49,4 % contre 76,1 % pour les hommes dans le monde. 

Marina Fabre @fabre_marina


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