Publié le 14 janvier 2021

SOCIAL

Huile de palme : les États-Unis ferment la porte à un grand producteur mondial pour non-respect des droits humains

L’huile de palme de Sime Darby, un des principaux fournisseurs des géants de l’agroalimentaire, se voit fermer le marché américain par l’agence des douanes et de la protection des frontières (CBP). Une interdiction liée aux graves abus en matière de droits humains dont l’administration américaine dit avoir la preuve. 

Huile de palme iStock yusnizam
L’huile de palme de Sime Darby, un des principaux fournisseurs des géants de l’agroalimentaire, se voit fermer le marché américain par l’agence des douanes et de la protection des frontières
@yusnizam

Après les polémiques sur l’impact sanitaire puis environnemental (déforestation, destruction des habitats des ourangs-outans…), c’est désormais l’impact social de l’huile de palme qui est mis en lumière. Fin décembre, l’agence de presse américaine Associated Press (AP) a publié une enquête montrant le recours de producteurs malaisiens et indonésiens au travail forcé ou au travail des enfants. Y compris chez des fournisseurs de géants industriels comme Sime Darby.

Le deuxième producteur malaisien et le plus grand au monde par la taille de ses plantations est pourtant un des fondateurs de la table ronde sur l’huile de palme responsable (RSPO). Il affiche 97% de production certifiée sous ce label et fournit à ce titre des grands noms de l’agroalimentaire comme Nestlé ou Unilever, de la cosmétique comme L’Oréal ou de l’industrie pétrolière. Face aux nouvelles accusations, il vient cependant de se voir refuser l'entrée aux portes du marché américain.

Outre l’enquête d’AP, l’agence américaine des douanes et de la protection des frontières (CBP) dit s’appuyer sur plusieurs sources indiquant une violation d’une dizaines de points de l’Organisation Internationale du Travail. Parmi celles-ci des conditions de travail proches de l’esclavage, du travail forcé, notamment chez des enfants, ainsi que les violences physiques et sexuelles… comme le dénonçait notamment l'association Liberty Shared dans une enquête suivie d'une pétition pour que le CBP prenne des mesures. "Nous pensons qu’il existe des problèmes systémiques dans toutes les plantations de Sime Darby", a déclaré à Reuters Ana Hinojosa, la directrice exécutive de l’application de la loi sur les recours commerciaux du CBP.

Une pratique systémique dans le pays ? 

Selon Sime Darby, il s’agit de cas isolés, qui proviendraient de "brèches" dans la mise en œuvre des "politiques très strictes" de l’entreprise en matière sociale, rapporte Reuters. Pourtant, le pays, où 80% de la main d’œuvre est étrangère, est connu pour ses conditions de travail problématiques. En 2020, trois groupes malaisiens ont d’ailleurs été bannis des Etats-Unis en raison de soupçons de travail forcé : le producteur d’huile de palme FGV Holdings et le producteur de gants en latex Top Glove.

C’est un coup dur pour Sime Darby. Selon l’entreprise, les échanges commerciaux avec les Etats-Unis comptent pour 5 millions de dollars de chiffre d’affaires annuels mais c’est toute la réputation du groupe qui est entachée. Depuis la mesure américaine prise fin décembre, le cours de l’action est à la baisse. Dans son communiqué, le CBP appelle ainsi les consommateurs américains à plus de vigilance sur la provenance des produits qu’ils achètent, d’autant que l’huile de palme est quasi omniprésente dans leurs achats quotidiens…"Les consommateurs américains peuvent aider à mettre fin à l'esclavage moderne en choisissant d'acheter des produits dont ils savent qu'ils sont d'origine éthique et humaine", souligne l’agence dans le communiqué de presse diffusé à l’occasion de l’interdiction des produits de Sime Darby.

Le producteur a assuré qu’il allait travailler avec les autorités américaines pour apporter des réponses à leurs inquiétudes. Si celui-ci ne prend pas les mesures adéquates, il risque aussi de s’exposer à la défection de ses clients et investisseurs. C’est ce qui s’était produit il y a dix ans pour l’un de ses concurrents, Asia Pulp and Paper alors visé par une campagne de Greenpeace pour son rôle dans la déforestation indonésienne. Un retour de bâton qui avait amené le groupe a revoir complètement sa politique environnementale.

Béatrice Héraud, @beatriceheraud


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