Publié le 18 mai 2020

SOCIAL

#Guillotine2020 : le retour de bâton pour les stars, déconnectées de la réalité pendant le confinement

Le Covid-19 a fait tomber les stars de leur piédestal. Pendant le confinement, depuis leur baignoire remplie de roses, leur maison de campagne, leur villa à Beverly Hills... les célébrités ont appelé les citoyens à "rester positifs" voire à "lutter contre le consumérisme" alors qu'elles-mêmes vantent dans des publicités des voitures ou des sacs de luxe. Une déconnexion de la réalité qu'elles payent sur les réseaux sociaux avec l'ascension du hashtag #Guillotine2020. 

Celebrite coronavirus 2 1
Pharrel Williams, Marion Cotillard, Madonna, Juliette Binoche et Jennifer Lopez... les stars sont de plus en plus accusées d'être déconnectées de la réalité.
Instagram

C’est une tribune publiée dans le Monde le 6 mai qui a mis le feu aux poudres. Un collectif de personnalités, de Madonna à Juliette Binoche en passant par Cate Blanchett, Robert de Niro ou encore Marion Cotillard a appelé les citoyens à lutter contre un "retour à la normal". "Le consumérisme nous a conduits à nier la vie en elle-même : celle des végétaux, celle des animaux et celle d’un grand nombre d’humains. La pollution, le réchauffement et la destruction des espaces naturels mènent le monde à un point de rupture", écrivent ainsi 200 artistes et scientifiques. Mais, alors que les appels pour un monde d’après plus durable se multiplient quitte à brouiller le message, cette tribune devient la risée des réseaux sociaux. 

"Personnellement, j’avoue que je n’en peux plus de ces tribunes où le nombre et la notoriété des signataires tentent vaille que vaille de masquer la vacuité des idées et l’indigence du texte. Est-ce qu’on est vraiment obligés de subir ça ?", s’interroge le chercheur, spécialiste de l’environnement et membre du Giec François Gemenne. Au-delà du fond, c’est aussi la cohérence qui est pointée du doigt. Alors que les signataires appellent à mettre fin au "consumérisme", les internautes ont retrouvé les publicités dans lesquelles les célébrités du collectif ont tourné. On voit ainsi Robert de Niro vanter les voitures Kia, Marion Cotillard égérie de Dior ou encore Juliette Binoche dans une publicité pour la banque Crédit Agricole. 

Effondrement du "culte de la célébrité"

Ce retour de bâton est un des effets du Covid-19. "Parmi les impacts sociaux du Coronavirus, se trouve la disparition rapide du culte de la célébrité", tranche dans le New York Times, la chroniqueuse Amanda Hess. Et cette tendance se traduit par un hashtag qui a pris son envol sur Twitter #Guillotine2020. Les appels des stars confinés dans leur villa avec piscine à rester "positifs" ne passent plus. Alors que le Covid-19 est parfois surnommé le "virus des inégalités" tant les métiers des plus précaires -caissières, éboueurs, camionneurs- sont en première ligne, les happenings des stars paraissent déconnectés de la réalité. 

"Les riches et les célébrités veulent désespérément prouver que nous sommes dans le même bateau, en fait, l’épidémie a montré à quel point c’était faux", analyse dans The Guardian la journaliste Arwa Mahdawi. Le contrecoup est sans appel pour les célébrités, même les plus populaires. Madonna et son journal du confinement écrit depuis sa baignoire remplie de rose. Pharrel Williams, depuis sa luxueuse villa de Beverly Hills, qui demande à ses followers de faire un don pour les personnels soignants. Gal Gadot, la star de Wonder Woman, qui s’exclame que "Rester à la maison" est son "superpouvoir". Tous sont ciblés par ce #guillotine2020, devenant le symbole des inégalités. Et la France n’échappe pas à cette tendance.

"La déconnexion des élites culturelles et intellectuelles"

Leila Slimani est une des premières célébrités à en avoir fait les frais. La lauréate du Goncourt 2016 pour son roman Chanson Douce a écrit, à la demande du Monde, son journal de bord du confinement. Un journal un peu trop rose écrit depuis sa maison de campagne, bien loin de la vie des travailleurs de la "première ligne". "Être confiné dans une grande maison de campagne en Normandie n’est pas un supplice. C’est un luxe, des vacances. Plein de gens sont confinés avec enfants dans des trous de souris, plein de gens souffrent", prévient un internaute.

Même réaction d’indignation pour le journal du confinement de Marie Darieusecq publié dans Le Point. La romancière, exilée dans sa maison de campagne au Pays-Basque évoque les "biches" qui "broutent dans notre jardin en friche" et des trajets en voiture pour aller voir la mer. Une expérience bien éloignée de ce que vivaient, pendant le confinement, des millions de Français.

"Pour de nombreuses personnes, voir des stars faire étalage de leurs richesses et présenter le confinement comme une opportunité créative a fonctionné comme un révélateur des inégalités sociales et de la déconnexion des élites culturelles et intellectuelles. La violence expressive, qui est une constante sur Internet, est d’autant plus forte qu’elle se trouve ici des justifications morales", résume le chercheur Romain Badouard dans Le Monde. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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